Îles Barren
Fin du périple sur une note optimiste
Les scientifiques de Blue ventures collectant des données sur les récifs coralliens des îles Barren
L'expédition scientifique organisée par Blue ventures a permis de collecter des données et des informations sur les récifs coralliens des îles Barren. Les avis et les constatations des pêcheurs locaux et migrants ont été également recueillis.
Alors que le soleil se couche sur Morondava, l’expédition Blue ventures prend également fin. Les membres de l’équipage débarquent du boutre qui fut leur maison durant deux semaines.
Au cours des 18 derniers jours, l'équipe a effectué un aller-retour Morondava-Maintirano, en passant par les neuf îles isolées de l’archipel de Barren.
Les études et les recherches se sont portées tant sur des pentes récifales abritées qu'exposées à travers 12 différents sites autour des îles, aboutissant à des diagnostics écologiques.
L’équipe scientifique a pu collecter des données importantes sur les substrats récifaux, ainsi que sur les familles de coraux et d’algues. Les observations aideront les scientifiques à comprendre ce qui rend ces coraux résilients, c'est-à-dire capables de se remettre de chocs tels qu’une augmentation de la température de la mer, ou le passage d'un cyclone.
En outre, les informations collectées ont montré que les communautés de poissons de ces récifs sont plus diversifiées. De même, une plus grande biomasse que celles que l’on trouve dans d’autres zones de l’ouest et du sud-ouest de Madagascar est observée dans les récifs coralliens des îles Barren.
« Ces récifs sont parmi les mieux préservés de Madagascar, pourtant ils portent déjà des marques significatives de l’exploitation humaine », note Charlie Gough, un scientifique marin de Blue ventures.
« Ainsi, les plus grandes espèces de carnivores telles que les requins, les carangues et les thons sont absentes de ces récifs, bien que les îles elles-mêmes soient couvertes de leurs carcasses », précise-t-il encore.
Pendant que l’équipe sous-marine se chargeait du suivi des récifs, l’équipe de la communication recueillait les perceptions des populations locales, mais également celles des pêcheurs migrants, de l’état et de l’évolution des ressources marines.
Pêches illégales
La plupart des personnes interviewées ont constaté une diminution des ressources. Mais malgré ce constat, les pêcheurs opèrent toujours dans l'archipel. En effet, la zone des îles Barren demeure plus productive que d’autres endroits de Madagascar.
La migration des pêcheurs Vezo des régions sud ou Est vers ces îles commence à inquiéter les pêcheurs locaux. Ces derniers voudraient conserver ces récifs et les populations de poissons qu’ils abritent en bonne santé pour les générations futures.
Mais ce qui préoccupe surtout les pêcheurs sans distinction et fait l'objet d'une plainte commune, ce sont les opérations de pêche destructrice menées dans la zone des îles Barren. Cela inclut l’utilisation de matériels de plongée pour la collecte de concombres de mer et l’emploi de longs filets de pêche, appelés « filets barrages », parfois longs de 4 km.
« Les plongeurs-bouteilles, agissant illégalement sur ces récifs, ne laissent rien sur leur passage pour nous pêcheurs qui pratiquons des méthodes traditionnelles et légales, ni pour nos enfants », s'insurge Velarison, pêcheur migrant d'Ampasimandroro.
Les autorités locales ont également affirmé que les pêcheurs illégaux sont les plus difficiles à contrôler. Par manque de moyens pour faire appliquer les lois locales et nationales, le nombre des opérations de pêche illicites n'a cessé d'augmenter, plus particulièrement d'une manière accélérée depuis ces deux dernières années.
Au bout du périple, les membres de l’équipe Blue ventures se sont dispersés, afin d'exploiter et d'étudier les données collectées au-dessus et sous la mer durant l'expédition. Le public bénéficiera des informations et des résultats qui seront publiés dans un futur proche.
------- Une aire marine protégée localement gérée -------
Les interviews ont révélé quelques inquiétudes sur la création prochaine d’une aire marine protégée dans les îles Barren.
Plusieurs pêcheurs migrants craignent que l'archipel ne soit fermé complètement à toute activité de pêche, les empêchant ainsi d’exploiter les ressources de la zone. Ils ont donc suggéré que sa gestion prenne en compte les besoins des populations.
Cette conception correspond bien à la méthode de Blue ventures qui est d’aider les communautés à gérer les ressources par la mise en place d’une aire marine protégée de catégorie 5, convenant mieux à cette large région, que par une fermeture permanente des îles.
« Cela représente une grande opportunité pour la population de Maintirano de pouvoir travailler avec l’appui de Blue ventures. Les intéressés géreront les ressources de manière durable, avec l’approbation des pêcheurs traditionnels mais également des autorités locales et nationales », anticipe Norbert Sebany, président de l'association Melaky miaro ny tontolo an-driakany, c'est-à-dire l'association Melaky protégeant l'environnement marin.
------- La tortue de mer fêtée à Maintirano -------
Comme Blue ventures vient de s’installer à Maintirano, l’arrivée de toute l’équipe dans la capitale de la région Melaky fut donc une occasion pour faire la fête.
Elle a lancé ses activités à Maintirano en fanfare par la tenue d’une sorte de festival autour de la tortue de mer. Les réjouissances furent menées par Thomas, un pêcheur Vezo d’Andavadoaka et membre de l’équipe Blue ventures, au cours de l’après-midi du dimanche 4 décembre sur la place du marché.
Après les discours introductifs des autorités locales et du directeur de recherche de BV, le Dr Alasdair Harris, une série des jeux et de quizz ainsi qu’une présentation sur la vie des tortues de mer se sont succédé.
Accueil chaleureux
La projection d’un film sur le voyage solitaire d’une tortue de mer, avec un doublage en dialecte vezo pour que toute l’audience puisse comprendre, a clôturé les festivités de ce dimanche après-midi.
« Voir et écouter un Vezo, qui sait autant sur l’environnement marin et qui nous l’explique dans notre propre dialecte, signifie que nous pouvons comprendre et apprendre tous ensemble », s'est réjoui un pêcheur migrant d'Ampasimandroro Maintirano à l'issue de la projection.
Plus de 500 personnes, adultes et enfants, ont assisté à l'évènement. L’accueil chaleureux de la population de Maintirano promet une continuation dans de meilleures conditions du programme de Blue ventures pour 2012.
« Avoir participé au festival des tortues de mer a été formidable. Ce que nous avons enseigné aidera tout le monde à reconsidérer les pratiques, non seulement des Vezo qui chassent les tortues mais aussi de ceux qui les achètent, vendent et consomment leur viande. Le festival s'adressait à tous sans exception », a conclu Thomas Thomas, assistant de recherche de Blue ventures.
Textes et photos : Blue ventures
Vero Andrianarisoa
Mardi 13 decembre 2011