 03-09-2010

| Expression | Chronique de Vanf | Idées et débats | Courrier des lecteurs |

| POLITIQUE
Raharinaivo Andrianantoandro |
« La présidence de l’UA n’a pas d’incidence sur la crise » |
Le porte-parole du parti Tiako i Madagasikara insiste sur l’importance de sortir le pays de la crise et annonce son soutien à toutes initiatives qu’il estime sincères et visant à faire revenir Madagascar à l’ordre constitutionnel. |
• Pensez-vous que le deuxième report de votre procès puisse avoir une raison politique ?
– Possible. Officiellement, mon avocat m’a dit que le procès est reporté pour le 6 avril parce que la partie civile était, une fois de plus, absente. Mais il se peut que le procès ait été ajourné pour faire en sorte que j’ai l’impression d’une épée de Damoclès suspendue au dessus de ma tête. Mais il est tout aussi probable que ce soit un signe de bonne volonté. Qui sait ? Le pouvoir ne veut peut-être pas créer des troubles. Me condamner et m’envoyer en prison ne ferait, effectivement, que semer des troubles dans l’esprit des gens. Cela ne favoriserait pas non plus le climat de sérénité, condition de l’élection libre, transparente et démocratique qu’il veut absolument organiser.
• Est-ce pour profiter de cette brèche que vous revenez aujourd’hui sur le devant de la scène après plusieurs mois de silence ?
– Vous n’avez peut-être pas tort. Lorsque le Parquet m’a accordé une liberté provisoire, on m’a clairement fait comprendre que je devais faire profil bas parce qu’une épée de Damoclès était en permanence suspendue au dessus de ma tête. Mais j’ai surtout pris du recul parce que l’alternance doit aussi se faire dans la direction de la lutte. Aujourd’hui, les affaires nationales prennent une tournure telle que je pense qu’il est temps pour moi de revenir sur la scène politique. Avec Andry Rajoelina qui insiste sur la tenue des élections tout en refusant de mettre en place le gouvernement tel que prévu par les accords de Maputo et d’Addis Abeba, qui insiste pour que les membres de l’Assemblée constituante élus à l’issue de ce scrutin unilatéral deviennent les députés de la quatrième République, je trouve cela inacceptable. C’est pourquoi j’ai décidé de sortir de mon silence et de m’exprimer à nouveau. Il faut sortir de cette crise et faire pression sur Rajoelina pour qu’il revienne à la table des négociations, et pour qu’il ne croie pas être le seul à détenir la vérité. C’est sans doute aussi pour cela que Fetison Andrianirina a pris l’initiative de convoquer la réunion du Carlton les 4 et 5 février prochains.
• Comment expliquez-vous justement cette initiative qui n’aurait reçu ni l’aval du parti, ni celui de la mouvance, encore moins celui du président Ravalomanana ?
– Le TIM a été invité, et le TIM sera présent.
• Mais cautionnez-vous cette forme d’initiative personnelle qui s’assimile à une volonté de faire cavalier seul ?
– Nous n’émettrons aucun jugement là-dessus. Le plus important, c’est que nous serons présents. Si nous ne venons pas à ce rassemblement, ce serait autre chose. De toutes les façons, il a dit qu’il ne dirigerait pas lui-même la réunion. Il en est juste le catalyseur. Maintenant, dire que c’est une initiative heureuse ou malheureuse, l’avenir nous donnera la réponse. Toujours est-il que c’est une initiative qui converge vers le même objectif que le nôtre : celui de revenir à l’ordre constitutionnel.
• Êtes-vous d’accord avec Fetison Andrianirina quand il dit que peu importe la mise en œuvre des accords, du moment que l’esprit consensuel est maintenu ?
– Le TIM n’a rien contre toute initiative tendant vers l’objectif commun. Le président fondateur ne nous a pas interdit d’aller à la réunion du Carlton des 4 et 5 février, donc nous y serons. Dans l’état où se trouve le pays aujourd’hui, toutes les initiatives tendant vers le retour à l’ordre constitutionnel méritent d’être soutenues. Ce n’est pas pour soutenir bêtement Fetison Andrianirina, mais il faut trouver des solutions de sortie de crise. Le pire est encore devant nous si nous ne faisons pas attention.
• Quelle concession le TIM serait-il prêt à faire pour sortir de la crise ?
– Nous n’allons quand même pas le révéler avant les négociations. Sachez juste que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis.
• Comment comptez-vous faire accepter ce point de vue aux extrémistes de votre camp ?
– Les extrémistes sont minoritaires. S’ils ne l’étaient pas, ils ne seraient pas des extrémistes.
• L’initiative de la HAT d’organiser des élections ne tend-elle pas déjà vers le retour à l’ordre constitutionnel ?
– Mais l’organisation du scrutin est d’ores et déjà contestée. Ce n’est pas parce que Rajoelina le dit haut et fort que l’élection sera forcément libre et transparente. Cela doit être suivi d’actions concrètes.
• Mais la HAT amorce déjà la mise en place de
la CENI, et organise des ateliers de consultation, non ?
– Parlons-en de l’élection et de la CENI. Nous avons déjà un projet d’ordonnance relatif à cet organe. Sera-t-elle réellement indépendante, autant dans ses pouvoirs, dans son organisation que dans sa composition ? Il faut aussi discuter du type d’élection qui sera organisée en priorité. Ne faut-il pas d’abord organiser une conférence nationale, puis adopter la Constitution par voie référendaire ?
• Il y a eu une opportunité de discuter de tout cela lors des ateliers de préparation, pourquoi n’êtes-vous pas venu ?
– Vous n’êtes pas sans savoir que c’est une initiative unilatérale. Comme tout ce qui n’est pas inclusif, cela ne peut pas marcher. C’est pour cela que les résolutions n’ont pas été publiées. Les organisateurs savaient que celles-ci n’auront aucune valeur. Une élection boycottée par les autres acteurs politiques n’a aucune valeur. Ils ont reproché la même chose aux scrutins de 2007. Mais c’était aussi un piège. On nous invite, et si d’aventure, nous participons à ces rencontres, les organisateurs vont se servir de notre présence pour dire que la réunion a été inclusive, les résolutions consensuelles, et donc que nous les cautionnons. C’est d’ailleurs pour cela que je ne suis pas personnellement allé à la réunion convoquée par la médiature. Je me suis fait représenter par une personne dont la voix ne compte pas et qui n’avait même pas pris la parole, mais qui était là, juste pour écouter.
• Votre présence à la réunion organisée par la médiature et à celle du Carlton signifie-t-elle que vous accordez la même importance aux deux rendez-vous ?
– Ce sont deux rendez-vous différents dans la
mesure où au Carlton, aucune décision ne sera prise. Ce sera une séance de brainstorming. À Ivato, une décision a été prise, et c’est pour ne pas cautionner celle-ci que je n’y suis pas allé personnellement.
• Est-ce parce que le mouvement de rue ne prend plus que vous changez de tactique ?
– La lutte se passe de deux manières. Il y a les descentes dans la rue, en plein air. Nos manifestations depuis Ambohijatovo, puis au Magro, dans la rue, sur la place du Treize-Mai, devant les ambassades, étaient destinées à montrer aux Malgaches et à la Communauté internationale que nous sommes contre l’alternance non-démocratique, et que nous réclamons le retour à l’ordre constitutionnel. C’est aussi pour montrer que le peuple n’est pas seulement celui qui soutient le camp Rajoelina. Mais cela fait un an que ça dure. Les gens sont fatigués. Quand en plus, ils doivent trimer pour trouver de quoi manger, ils ne peuvent pas tous les jours être présents sur la place publique.
• Ne serait-ce pas parce que vous n’arrivez plus à rallier la foule ?
– Je n’irai pas jusque-là. Néanmoins, il est certain que les dirigeants du mouvement sont menacés et sont contraints de rester en retrait. Sans leaders, les gens ont du mal à suivre le mouvement.
• Le TIM est-il satisfait de l’élection du président du Malawi à la tête de l’Union africaine ?
– Ce ne sont que des fantasmes. La présidence de l’Union africaine n’a aucune incidence sur la situation à Madagascar. Dire que Kadhafi avait un penchant pour Andry Rajoelina est faux. Le président libyen voulait rester président de l’Union africaine et pour y arriver, il n’a pas hésité à se rapprocher de tous ceux qui étaient susceptibles de le soutenir. C’est pourquoi il a approché Dadis Camara et Andry Rajoelina. Croire qu’avec le président du Malawi à sa tête, l’UA serait plus du côté de notre mouvance relève aussi du fantasme. Toute la Communauté internationale, de la SADC à l’UE, en passant par les États-Unis, la France, l’Union africaine, l’OIF, est tout simplement contre l’alternance non-démocratique au pouvoir.
• Comment voyez-vous ces déplacements des membres de la HAT à l’étranger ?
– Cela traduit leur affolement.
• Vous, êtes-vous plutôt confiant ?
– Nous sommes confiants dans la mesure où le monde entier reconnaît que notre cause est juste. Mais nous ne pouvons l’être tout à fait parce que si les sanctions tombent, ce n’est pas la HAT qui sera sanctionnée, c’est le peuple malgache.
• Vous serez aussi sanctionnés, non ?
– Personnellement, ne pas obtenir de visa pour un pays étranger ne me fait pas tellement peur. Et comme je n’ai aucun compte à l’étranger, cela ne me touche pas.
• Les trois mouvances seront-elles tout de même satisfaites que les sanctions tombent parce que cela acculera la HAT ?
– C’est la HAT qui sera satisfaite parce que le
peuple s’appauvrira encore plus, et elle pourra l’asservir davantage.
Propos recueillis par
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Lova Rabary-Rakotondravony
Date : 03-02-2010 |
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