 03-09-2010

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Écoles « boîtes à sardines » |
Cent élèves par classe à Ambodin'Isotry |
La salle de classe boîte à sardines est une réalité malgache que les enfants des écoles publiques vivent tous les jours. Côté enseignants, faire de la pédagogie à plus de 100 élèves relève du défi. Tournée des pupîtres à l'Epp d'Ambodin'Isotry. |
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Deux WC seulement pour les besoins pressants des 689 élèves de l'école. |
Il n'est que 11 heures du matin mais les odeurs de latrines montent déjà jusqu'aux salles de classe. Elles émanent des deux toilettes, situées à l’entrée de l’école, mais aussi des flaques d'eau qui croupissent dans la cour. Bienvenue à l'école primaire publique (Epp) d'Ambodin'Isotry, l'un des quartiers les plus populaires de la capitale.
L’école est composée de six salles de classe pour 689 élèves. Pas besoin d'un tableau noir pour faire le calcul, cela représente une moyenne de 115 élèves par salle. Dix fois plus que ce qui est préconisé dans les pays à pédagogie avancée (autrement dit qui ont de l’argent), type Suède ou Norvège.
En montant l’escalier qui conduit aux classes, le visiteur est d’emblée frappée par l’odeur de moisissure qui imprègne les murs.
« L’école date de l'époque de la colonisation et n’a jamais été réaménagée », soupire Voahangy Razafindrakoto, enseignante en CM1. En 20 ans de services à l’école d’Ambodin'Isotry, elle ne se souvient pas avoir vu quelqu’un remettre une couche de peinture aux murs.
Faire de la pédagogie dans des salles de classe surpeuplée est un véritable tour de force. Le bruit, la prosmicuité, tout nuit à la qualité de l’enseignement, sans parler de l’effet de serre causé par les odeurs humaines qui se condensent.
Le problème est que l’établissement manque de tables, alors que les parents se bousculent au portail pour inscrire leurs enfants. Dans les classes, on doit jouer du coude pour prendre place à l’une des tables-bancs portant les stigmates de plus de cinquante rentrées scolaires. Chaque table reçoit trois élèves. C’est le cas de Volatantely (11 ans), Toky (10 ans) et Patricia (9 ans) qui se partagent la leur en affichant un calme étonnant. Ce n’est pas le cas de la petite Finaritra, âgée de 11 ans, qui ne supportait plus le manque de place et qui a obtenu la permission de s’installer sur une table libre dans coin de la salle.
En attendant 12 h 20, l'heure de la sortie, on s'agite sur les bancs. A cette heure, la plupart des élèves ne sont plus concentrés, car ils ont faim. « Il m'arrive d'aller à l'école sans manger le matin car le vary sosoa arrive en retard», confie Manambina, 14 ans, élève en CM1. Elle préfère sauter un repas plutôt que d'arriver en retard, comme la plupart des élèves qui affichent une réelle volonté d'étudier.
Salles sans ampoules
La maîtresse appelle à tour de rôle les enfants pour le test de français oral. Les voix résonnent étrangement dans la petite salle surpeuplée. La lumière arrive chichement par deux fenêtres - la troisuème est condamnée.
En hiver, l’éclairage est un vrai problème car deux salles de classe ne disposent pas d'ampoules.
« Si on arrive à s’en sortir, c'est grâce à l'appui de l'Ong Inter'Aide », laisse entendre Francise Razanarisoa, bibliothécaire de l'école. En fait, son titre n'est que formel car aucune bibliothèque n'est en service ici...
La volonté des enseignants aide beaucoup les élèves à réussir. Pour preuve, le taux des dernières épreuves du Cepe a quand même frôlé les 90 %. Des cours particuliers sont aussi organisés pour les enfants de niveau plus faible, pour seulement 100 ariary par jour, ce qui stimule les parents à y inscrire leurs enfants.
Le manque de personnel éducatif est un autre problème. Même si près de 2 000 enseignants sont recrutés chaque année dans le pays, l'Epp ne doit pas trop s'attendre à bénéficier de nouveaux instituteurs. «Trois de nos enseignants partiront en retraite l'année prochaine. Si cela continue, il ne restera que deux instituteurs d'ici trois ans », s'inquiète Voahangy Razafindrakoto, une de ceux qui cesseront leurs activités. Cinq enseignants payés par l'association des parents comblent un peu cette lacune. Une situation qui risque de compromettre l'avenir de ces enfants, dont les parents sont en général des marchands de légumes ou de brèdes.
Mais l'enseignement se poursuit bon gré mal gré. L'Epp d'Ambodin'Isotry est actuellement en période d'intégration de nouvelles méthodes dites d’approche par les compétences (APC). Mais que peut la méthode si le matériel ne suit pas ?
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Fanja Saholiarisoa
Date : 07-11-2007 |
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