Trois morts au test physique du concours d’entrée à l’école de gendarmerie d’Ambositra. Plus d’un millier de candidats se sont inscrits comprenant aussi bien des hommes que de jeunes filles. Si la carrière militaire a toujours été considérée comme une opportunité d’ascension sociale, à preuve, le nombre d’officiers généraux dans l’armée, cette ruée est loin de justifier un engouement naturel pour l’homme au képi. Elle illustre plutôt le désarroi de la jeunesse désemparée par une situation sociale qui ne lui assure le moindre avenir. Parmi les candidats figuraient des postulants dont la taille était en-dessous de celle exigée. D’autres présentaient des anomalies sanitaires alors que les trois qui y ont laissé leur vie n’avaient certainement pas les aptitudes physiques pour finir une épreuve de 1000 m. C’est dire la détermination de ces jeunes à sauter sur toutes les occasions pour tenter leur chance à leurs risques et périls. Devenir gendarme, qu’importe cinq barrettes à défaut de cinq étoiles, est une sacrée chance pour réussir dans la vie. L’année dernière, soixante douze élèves de l’école d’officiers de Moramanga ont dû être exclus pour avoir acheté leur admission.
La réputation des gendarmes classée numéro un dans la liste du Bianco sur la corruption n’a pas freiné l’enthousiasme des candidats, encore moins la fréquence des faits divers impliquant des gendarmes. Mais c’est peut-être ce qui explique cette motivation pour se faire enrôler, quitte à payer une fortune. Une fois sous le drapeau, on se fait rembourser par mille et une manières.
Les jeunes n’ont d’ailleurs pas le choix. Ce genre de concours comme celui des douanes, de la police et de la magistrature sont les seules créations d’emploi à mettre au crédit de l’État, il est logique qu’il fasse l’objet d’une ruée. Les moins diplômés jettent leur dévolu sur les affres des entreprises franches alors que ceux qui n’ont que leur corps comme diplôme risquent leur vie dans une aventure au Moyen Orient et se laissent arnaquer par des démarcheurs sans scrupule. Le drame est que le système éducatif semble destiné à ne produire que cette catégorie de gens, à en juger le dernier rapport de la Banque mondiale sur l’éducation nationale.
Hélas, l’économie étant ce qu’elle est, ce n’est pas demain la veille que la situation pourra changer. On n’échappera pas aux vocations artificielles où on exerce un métier qu’on ne sait pas et pour lequel on n’est pas fait. Il faudra attendre que les projets structurants du Président soient fonctionnels pour qu’on puisse espérer de nouveaux emplois dignes et faisant vivre leur homme. On piaffe d’impatience de voir sortir de terre les Zones économiques spéciales octroyées aux Mauriciens et aux Chinois. Pour le moment, tout reste flou autour de ces projets mais s’ils ont le même impact que celui d’Ambatovy, on pourra s’attendre à un vrai décollage de l’économie. On croise les doigts pour qu’il ne s’agisse pas d’une nouvelle forme de pillage des richesses et de racket en échange de quelques intéressements en faveur d’une minorité. Autrement dit, il faudra plusieurs…mandats.

Par Sylvain Ranjalahy