À quoi ressemble une fête sans pétards,  sans circulation, sans manifestation ?  À un jour de deuil. Ce qui est normal dans une ville devenue morte à cause des mesures intempestives prises par la commune urbaine d’Antananarivo. Quelle idée saugrenue que de bloquer tous les accès au centre ville pour permettre l’organisation du Carnaval de Madagascar. Déjà en temps normal, c’est l’enfer pour traverser la ville d’un bout à l’autre. Là, c’est pratiquement impossible à moins d’y consacrer toute une journée avec tout le désordre et la belle anarchie qui règnent dans une ville sans foi ni loi. Mais il faut comprendre que l’organisateur de ce carnaval a dû casquer une fortune pour pouvoir dicter sa volonté à la mairie.
Pour une manifestation qui perturbe l’ordre public comme le craignent les autorités, difficile de trouver mieux. On aurait dû trouver un autre endroit pour ce carnaval. C’est d’autant plus compliqué qu’il n’existe pas de solution de rechange pour alléger la circulation. Mais le carnaval permet de donner une allure de fête à un événement dont l’essence et l’importance ont été souillées par les politiciens.
À quelques jours de la fête nationale, on ne sent pas la moindre ferveur populaire. Les gens semblent plus excités en d’autres occasions comme Pâques ou Pentecôte que pour fêter le retour à l’indépendance dont chacun voit aujourd’hui les résultats. Pour beaucoup, il est synonyme de pauvreté chronique, d’insécurité, de corruption, de trafic, d’assistanat, d’instabilité politique…
Pour certains, la fête passe complètement inaperçue, n’était-ce l’arrivée providentielle d’un Père Noël du 26 juin qui distribue vivres et habits à la place des bonbons et des jouets. Moins d’aisance, moins de liberté enlèvent à la fête tout son sens, empêchent la population d’être enthousiaste. C’est tant mieux pour les autorités dont on ne comprend pas la logique en interdisant les pétards tout en important des feux d’artifices pour un budget qui peut nourrir les indigents pendant quelques jours.
Et puis, on peut peut-être museler les pétards mais on ne peut pas tout contrôler. À preuve, l’incident qui a failli tourner au drame à Toliara où un vermifuge a «intoxiqué» près d’une centaine d’élèves. Désarçonnés par cette intolérance imprévisible, le ministre de la Santé et celui de l’Éducation se sont confondus à chercher un bouc émissaire et se sont permis le cynisme d’accabler les victimes. Ils ont, au final, allégué une intoxication alimentaire pour apaiser la tension qui commençait à monter. Difficile de trouver la cause exacte de cet incident malencontreux.
La fête nationale a été l’occasion, pour certains, de manifester leur désapprobation. Et quand ils ne peuvent ni manifester dans la rue ou dans un stade, ni conspuer le Président lors du défilé militaire à Mahamasina, ils cherchent tous le moyens pour exprimer leur colère. Le verorisme en fait partie. Il s’agit de former des vers pour composer l’effectif d’une véritable armée capable de déstabiliser tout un régime par des actions discrètes , imprévisibles et efficaces. Il n ‘a rien à envier à une arme chimique. On en aura vu des ver…tes et des pas mures.

Par Sylvain Ranjalahy