La déliquescence de l’État a franchi un autre pallier à Anjozorobe avec cette fusillade meurtrière entre gendarmes. On veut réduire l’histoire à une prise de responsabilité des gendarmes légaux mandatés  pour une mission officielle, face à un gendarme subalterne, garde du corps d’un officier général, ancien commandant de la gendarmerie, se trouvant sur place pour une cause «familiale». Ce dernier a été abattu sans état d’âme par ses frères d’armes. C’est la façade dans cette triste affaire qui ternit, une nouvelle fois, l’image de la gendarmerie sérieusement entamée durant l’année dernière. On se souvient des vives altercations entre un officier de la gendarmerie devenu sénateur et un officier général en quête d’une troisième étoile qu’il vient d’obtenir, à Ambohijatovo le 29 mars 2016, des éléments d’élite de la gendarmerie impliqués dans une affaire de kidnapping à Toamasina , d’un officier général limogé pour avoir favorisé soixante-douze candidats au concours d’entrée à l’école de Moramanga, d’un officier général engagé dans une affaire de cristal à Tsiroanomandidy….
Une descente aux enfers qui n’a pas encore fini sa course. À l’allure où vont les choses, d’autres scandales viendront encore ternir l’étoile de la gendarmerie. Il est évident, qu’ à chaque fois, il s’agit d’une affaire de gros sous. C’est encore le cas dans cet imbroglio d’Anjozorobe où il est clair que l’enjeu est l’exploitation d’une carrière minière. Que ce soit le gendarme tué ou les gendarmes qui l’ont tué ils défendent des intérêts financiers et économiques importants dans cette guerre. Deux clans sont aux prises. L’un faisait partie d’anciens loueurs de la carrière, il a été expulsé pour n’avoir pas honoré le contrat avec le propriétaire qui veut reprendre ses activités coûte que coûte. L’autre appartient aux associés du propriétaire qui défend ses droits selon une décision judiciaire.
Jusque là, tout semble très simple. L’affaire se complique quand les gendarmes entrent en jeu. Qui est derrière le propriétaire de la carrière pour justifier l’envoi d’une colonne de la gendarmerie mandatée par le commandant de la circonscription régionale d’Analamanga ?  Un simple particulier pourrait-il bénéficier d’une telle faveur et d’une pareille protection ? Il faut que le grand manitou qui tire les ficelles derrière l’écran de fumée soit extrêmement important pour que les gendarmes s’y engagent corps et âmes. Suivez mon regard.
L’explication de la présence du garde du corps de l’ancien commandant de la gendarmerie est également « trop beau pour être vrai ». Voilà pourquoi beaucoup de gendarmes se retrouvent systématiquement dans la rubrique faits divers, dans les attaques armées et, désormais, dans les exploitations minières. Le Secrétaire d’État à la gendarmerie vient de décider de relever tous les gardes du corps d’officiers généraux pour mettre un terme à ces dérives. Mais les faits ont montré que ce sont les généraux eux-mêmes qui se trouvent dans le feu de l’action. Comme il y a cinquante deux nouvelles étoiles dans l’effectif des Forces armées, les choses se compliquent. Heureusement qu’on sait que tout le monde ne fait pas partie de cette ver…mine, le ventre mou des forces de l’ordre. Là où le bât blesse, c’est qu’on retrouve dans ces sales besognes des honorabilités du képi bleu qui risque d’ôter ce qui reste de crédibilité. aux gen..drames.

Par Sylvain Ranjalahy