Monsieur Le Président,
Le bref discours que vous aviez tenu le 31 décembre dernier faisait l’éloge de « vos réussites » et de la confiance que la communauté internationale vous accordait. Vous y exprimiez également vos souhaits pour « le renforcement de l’union, de la solidarité, et de la confiance mutuelle. » Vous disiez aussi mesurer pleinement « la volonté et l’effort déployés par chaque famille, par chaque citoyen, pour faire face au quotidien et aux difficultés qui marquent encore la vie de notre nation. » Toutefois, nous avons le sentiment, Monsieur Le Président, que ce ne sont que des paroles en l’air puisque la cérémonie de présentation de vœux que vous allez diriger aujourd’hui ne fait qu’entretenir le fossé qui vous sépare des administrés dont vous dites vous préoccuper. Vous ne tirez aucune leçon du passé et faites simplement fi des recommandations et souhaits de la population qui vous ont été maintes fois communiqués.
Certes, il est compréhensible que vous présentiez vos vœux aux différents acteurs, nationaux et internationaux, qui animent la vie de la nation, mais vous auriez pu le faire différemment, si vous vous préoccupiez un tant soit peu du sort de vos compatriotes. Une carte de vœux signée de votre main pour chacun et la diffusion de votre discours sur les médias auraient suffi. Tout le monde, nous le supposons, aurait compris la démarche, et cela aurait été un signe de respect envers tous ceux qui souffrent et qui bataillent au quotidien pour survivre. Pourquoi conserver cette coutume dispendieuse du banquet présidentiel alors que vous savez pertinemment que la population ne l’approuve pas ?  Ou bien les 1400 invités que vous vous apprêtez à accueillir importent-ils plus que les 25 autres millions de Malgaches dont la majorité est littéralement affamée ?  Ne vous êtes-vous pas dit que l’argent dévolu à cette fête du paraître pourrait servir à des tâches plus nobles ?  Combien de ventres vides auriez-vous pu remplir avec l’addition de votre « petite » fiesta ?  Des ventres qui ne réclament pas des mets élaborés ni une coupe de champagne, mais simplement un plat et de l’eau potable, de façon régulière. Pourquoi cela vous semble-t-il si difficile à comprendre ? On sait pertinemment que vous allez encore rencontrer vos invités dans diverses autres occasions : ateliers, conférences, tables rondes et autres réunions tout aussi dispendieuses.
Vous fustigez ceux qui vous critiquent sans prendre la peine d’écouter ce qu’ils disent ni de vous mettre un instant à la place des plus démunis. Il ne s’agit pas de prendre une photo avec des pauvres ni de leur donner quelques couvertures de temps à autre, surtout en période de campagne électorale, pour prétendre que vous les aidez ! Vous avez le droit de soigner votre image mais pas sur le dos des plus pauvres ! Votre manque de décence et de considération pour vos compatriotes est tout simplement scandaleux !
Ne vous méprenez pas sur nos propos. Nous ne demandons pas la prise de mesures populistes ponctuelles qui ne feraient que servir votre ego et votre recherche de popularité en prévision des prochaines élections présidentielles. Nous réclamons une approche plus humaine et plus altruiste dans la gestion de votre mandat et de nos deniers. Vous n’êtes pas un roi et nous ne sommes pas vos sujets. Vous êtes un politicien auquel le peuple malagasy a prêté son pouvoir pour remplir des missions bien définies durant un mandat bien déterminé. N’abusez pas de vos prérogatives. Où en êtes-vous dans la réalisation de ces missions  ? Etes-vous réellement satisfait de ce que vous avez accompli ?  Si c’est le cas, votre capacité de vous suffire de peu et votre manque d’ambition sont sidérants !
La population malgache est plus importante que votre cour de 1400 personnes. C’est elle qui importe et c’est pour elle que vous devez chaque jour suer sang et eau. Nous n’arrêterons pas de crier pour elle tant que vous et votre équipe ne le comprendrez pas et tant que vous resterez imbu de vous-même.

Par Wake Up Madagascar – Mitsangàna Madagasikara