Que réservent les deux journées Knowlege fair organisées par la Banque mondiale aujourd’hui et demain à Anosy ?  Le thème de ces deux journées est fort alléchant en l’occurrence «Développement de Madagascar: réalités et potentialités». Le communiqué rajoute que c’est l’occasion pour la Banque mondiale de présenter les résultats de ses dernières recherches sur la pauvreté, la gouvernance locale, l’éducation et la santé, l’énergie et l’agriculture.
Des domaines sensibles où le tableau est plutôt noir partout. On connaît les réalités qui défraient la chronique tous les jours. On a peu d’espoir que la Banque mondiale présente un autre visage que celui que l’on vit et l’on voit au quotidien depuis au moins huit ans. Annoncer que la pauvreté a reculé semble utopique. Avec le passage du cyclone Enawo, le cours de l’ariary, la vérité des prix des biens et services en général, il y a de fortes chances que l’ancien revenu moyen de deux dollars se soit davantage effrité. Comme il n’y a pas presque pas de création d’entreprises donc d’emplois, ou plutôt avec les exploitants miniers informels chinois, on voit mal comment il peut s’améliorer. Ce serait absolument un miracle si la situation a changé en bien alors que les richesses sont pillées à travers l’exploi­tation minière sans règle, les trafics d’or , de bois de rose et de tortues chaque semaine.
Il n’y a rien à attendre non plus de la gouvernance locale toujours minée par la corruption et l’impunité. La série de vindictes populaires étendues sur tout le pays montre l’impuissance de l’État à appliquer la loi et la rupture incontestable de la relation entre le pouvoir et ses sujets. À force de laisser régner la corruption au sein de la Justice et des forces de l’ordre, on en arrive à une situation où la population retire le pouvoir qu’il a remis à l’État. Et il semble compliqué de rétablir la situation qui paraît irrépressible.
On a l’impression qu’il n’y a pas de gouvernance du tout, à en juger le drame d’Antsakabary où les policiers ont joué les  justiciers. L’affaire se corse et il se chuchote que la communauté internationale va s’en mêler. En tout cas, il est difficile de parler de gouvernance en occultant l’affaire Antsakabary dans laquelle l’État est pour le moment resté silencieux. Sa seule action reste le limogeage du ministre de la Sécurité publique mais c’est plutôt une prudence cauteleuse car on a préféré se débarrasser d’un ventre mou du gouvernement longtemps sur la sellette plutôt que de sanctionner les acteurs de cette expédition punitive, ce qui risque de secouer toute la caserne des policiers, voire la stabilité du gouvernement assise sur l’omnipotence des forces de l’ordre.
Les chiffres ne sont guère meilleurs concernant l’éducation et la santé. Certes, la Banque mondiale a été pour beaucoup dans le recrutement de dix mille enseignants sans qualification chaque année depuis 2014, mais cela n’empêche pas un taux de dépérdition scolaire et de déscolarisation inquiétant qui empire d’une année à l’autre. Pareil pour la santé où les organismes onusiens n’ont de cesse de tirer la sonnette d’alarme concernant le taux de mortalité à la naissance, le taux de mortalité infantile avant l’âge de cinq ans… En outre, le taux de vaccination reste faible surtout après les grosses rumeurs concernant certains types de vaccin qui ont refroidi l’ardeur des parents.
L’énergie est ce qu’elle est. On a hâte de savoir si la position de la Banque mondiale a changé à ce propos. Pourquoi s’attarder sur un domaine qui ne concerne que 15% de la population en majorité tananarivienne   La «réalité» est que les délestages ont complètement paralysé la vie socio-économique de tout le pays.
Enawo a certainement hypothéqué la production pour cette année. La culture de vanille a été massacrée a Antalaha alors que les rizières ont été inondées dans plusieurs endroits. Les prix au détail ont déjà été boostés par la sécheresse avant d’être éperonnés par Enawo. Le riz risque d’être hors de prix pendant la période de soudure qui s’annonce dure pour les sous.
Quand aux potentialités, on sait qu’elles sont là depuis l’époque du Gondwana. Elles ne sont jamais devenues réalités et restent fictives comme le développement. Les potentialités dépassent toujours hélas, les réalités.

Par Sylvain Ranjalahy