Simple promeneur, touriste d’un jour ou vahiny venant d’ailleurs pour quelque temps auront très sûrement ce souvenir commun d’Antananarivo. La capitale juchée sur les collines d’Analamanga et ses rues et ruelles aux mille et un visages. Il n’est déjà pas évident de convaincre les touristes de rester quelques nuits dans la ville car beaucoup préfèrent en faire une escale forcée. Raison pour laquelle pleins d’hôtels s’agglutinent près de l’aéroport d’Ivato. En effet, il faut vraiment de la volonté et le goût du risque pour vouloir faire du tourisme dans une ville où il n’y a presque rien à voir.
On ne peut que faire des louanges aux efforts incom­mensurables déployés par l’Office Régional du Tourisme d’Analamanga ou ORTANA pour faire « vendre » une telle destination. Car, entre nous, que reste-t-il à voir   Les vestiges historiques ne sont plus que des ruines et les visiter avec des vahiny est très gênant. Il n’est pas du tout démesuré de dire qu’on a vraiment honte quand on prend l’initiative de faire le tour des sites historiques avec des hôtes étrangers. Par politesse, peut-être, ils font semblant de trouver intéressant ce que nous supposons être des vestiges de notre histoire.
Le palais de la reine n’est plus que des murs de béton que des chrétiens ont souillé avec des insignes en sacrilège de l’histoire. La structure du palais est totalement dénaturalisée car les techniques de réhabilitation n’ont, en aucun point, respecté ni la nature des matériaux ni les matières utilisées jadis. Le palais est sur pied, et alors ! Rien de plus. C’est un lieu devenu vide de sens et de sacré. Les antennes de relais de télécommunication qui poussent comme des champignons à quelques mètres des lieux viennent enfoncer le clou. Puis, quand on se promène dans la cour royale, l’œil avisé d’un connaisseur s’irritera en voyant ici et là l’utilisation à outrance du ciment pour de petites choses qui, pourtant, font perdre toute son authenticité à ce lieu.
Quelques mètres plus bas, le palais du Premier ministre. Tout aussi évidé et cannibalisé de sens. On a envie de se faire petite comme une souris quand on entre dans la pièce où les « vestiges » sont « mis en valeur » pour le bonheur des visiteurs   Oh grand Dieu, même le salon d’un malheureux « petit historien » et un quelconque banal collectionneur serait plus intéressant et bien entretenu. Quand les guides touristiques présentent fièrement que la verrière est maintenant réparée avec l’aide d’un tel pays, on voudrait être invisible. Fierté nationale, où es-tu
Entre les deux sites, la fresque en terre cuite à côté du palais de justice tombe en ruine, les deux dernières « maisons jumelles » en bois construites de manière authentique deviennent de plus en plus méconnaissables. Plus bas, le jardin d’Andohalo tient le coup autant bien que mal. Les ruelles jadis circuit des touristes sont impraticables à cause de l’insécurité. Les maisons traditionnelles tombent en ruine ou sont réhabilitées sans respect de l’architecture d’origine.
Mais il y a, à Antananarivo, une chose qui ne peut que rester dans la mémoire des visiteurs. Simple promeneur, touriste d’un jour ou vahiny venant d’ailleurs : c’est cette odeur fétide d’urine et de selles qui abonde dans toute la
ville. De la Haute ville et ses ruelles, de la ville moyenne et la place d’Antaninarenina jusqu’à la place de l’indépendance, Tanà a l’odeur des toilettes les plus exécrables du monde. Bref,  on attire peu de visiteurs mais on attire facilement les mouches bleues !
Mbolatiana Raveloarimisa