Une réunion spéciale de l’Organe mixte de conception pour parler uniquement de la vanille et de l’insécurité qui règne autour de l’or noir dans la région de Sava. C’est rare pour être souligné. Certes, la vanille est un produit qui rapporte beaucoup de devises et dont Madagascar reste le premier producteur mondial, mais de là à tenir une réunion dare dare avec les divers responsables concernés, c’est intriguant. Non pas que la vanille dont le cours mondial atteint les sommets, ne soit pas importante pour le pays, mais on aurait aimé que l’État en fasse autant pour les autres produits et les autres sujets.
Il n’y a jamais eu de réunion spéciale concernant le trafic de bois de rose, d’or ou de tortues malgré les appels aussi bien des Ong locaux que de la communauté internationale et des bailleurs de fonds. Pire, aucune réunion de ce genre ne s’est jamais tenue pour parler de l’insécurité, de la prolifération des armes, de l’implication des éléments des forces de l’ordre dans des actes de banditisme. Pourtant, la situation a atteint des proportions qui dépassent l’entendement, comme la recrudescence de la barbarie,  le manque total de «moralité» et «d’éthique» des criminels qui vont jusqu’à violer des religieuses ou tuer des hommes d’église.
Il n’y a aucune réaction de l’État, ne serait-ce qu’une compassion à l’endroit des victimes pour montrer qu’il existe un État soucieux des mésaventures de sa population, partageant sa joie et sa peine. On laisse tout passer au point de «légaliser» les vindictes populaires faute de condamnation ferme et d’arrestation des auteurs. Il en est de même des kidnappings. Autant les crimes autour de la vanille peuvent causer de graves préjudices à l’économie, autant les kidnappings constituent un véritable poison.
On aura beau élaborer le meilleur code minier et pétrolier du monde, on aura beau confectionner le meilleur code des investissements de la planète, si les investisseurs ne se sentent pas en sécurité,  si les risques de rapt, d’enlèvement ou de prise d’otage sont assez élevés, personne n’osera mettre ses pieds et ses sous ici. Même les touristes ne viendront pas pour les beaux yeux des lémuriens. Ces derniers pourchassés de leur fief pour être consommés, ont d’ailleurs demandé asile dans les îles voisines. Le nouveau Président français songerait bien peupler les îles éparses de ces immigrés indésirables chez eux.
Eh oui, le tourisme avait accusé un coup après le lynchage d’un Français et d’un Italien sur la plage de Nosy Be en octobre 2013. Il avait suffi que l’État français déclare Nosy Be zone orange pour que les touristes le boudent. Avec les kidnappings à répétition qui frappent la communauté indienne d’origine française ainsi que les Français, les Chinois et les Malgaches, Madagascar risque d’être mis au ban des investisseurs et des touristes. Le nombre de rapt et d’enlèvement est nettement supérieur au nombre de prise  d’otages de Boko Haram ou de Daech. La seule différence est la demande de rançon dont le montant n’est jamais révélé mais on peut aisément imaginer qu’il constitue un joli pactole avec lequel on peut construire de nouvelles prisons pour isoler ces criminels.
La prise de responsabilité se limite jusqu’ici aux conférences de presse pour annoncer des sanctions qui ne verront jamais le jour, des mesures qui resteront de belles intentions. On attend que les déclarations se transforment en actes, que les réunions soient suivies d’actions, que les intentions se concrétisent. C’est le seul moyen de rassurer la population, de juguler les vindictes populaires, de lancer le développement. Avant les projets structurants, c’est la sécurité qu’il faut d’abord structurer. Ce n’est pas le plus facile.

Par Sylvain Ranjalahy