Jeune et femme en politique à Mada­gascar. Les jeunes du Youth Leadership Training Programme de la Fondation Friedrich Ebert Madagascar ont apparemment mis le doigt sur un thème qui titille pas mal de monde. La salle de l’horloge, au café de la gare, était noire de monde et les questions comme les réactions venant des participants pleuvaient lors de la conférence débat organisée autour de ce thème. Jeunes et femme en politique, quels
sont les blocages   Politiciens, société civile et intellectuels ont chacun leur point de vue qui ne sont pas tous à prendre, ni à laisser. Au point où se trouve le pays, toutes les idées sont à analyser.
Les chiffres mettent en exergue une situation où la politique est en carence de participation directe, active et effective des femmes et des jeunes. Des signatures, des engagements, des projets ont été faits depuis presque une décennie aux niveaux national et international. Mais le constat, du moins pour le cas de Madagascar et l’Afrique en général, reste consternant. Ce n’est nullement en politique seulement que ce désengagement grandit. La politique est taboue car serait « dégelée ». À tort ou à raison, c’est ce que pense la grande majorité de la population. Mais à part les engagements « humanitaires ponctuels » les gens en général et surtout les femmes ne veulent plus se donner.
Beaucoup avancent que c’est le système qui fait que cela se passe ainsi. Mais est-ce vraiment la réalité   En effet, les études et ce que nous vivons, montrent bien que les jeunes eux-mêmes ne votent pas pour les jeunes ; les femmes elles-mêmes ne font pas confiance aux femmes. Certes, le système favorise le statu quo mais le gouffre grandit car la situation actuelle convient, d’une manière ou d’une autre, au plus grand nombre.
Les responsabilités sont partagées. La société civile a le devoir de faire naître, ou plutôt faire renaître l’inconfort des esprits face à la réalité ambiante. Il nous faut également faire comprendre au Malgache le pouvoir de l’action par soi et en groupe et finalement, faire agir le citoyen conscient. « Bien informés les hommes sont des citoyens, mal informés ils deviennent des sujets » disait Alfred Sauvy. Informons donc la masse de sa force politique.
Le citoyen, comme le rebelle, ne naît pas du ventre de leur mère, c’est la société qui les fabrique. Le citoyen, le politicien le dirigeant se cultivent dès le plus jeune âge. Foncièrement, le Malgache ne s’exprime pas, ne se positionne pas. Tout lui va. Mais entre accepter et agir en conséquence, il y a un grand pas à faire. Il nous faut également être conscient qu’en politique, il n’y a pas d’âge, il y a plutôt l’âge des manières de faire la politique. En gros, il y a des jeunes qui agissent comme les vieux loups et il y a des vieux qui peuvent tout à fait être de jeunes visionnaires. Le simple fait d’être jeune et femme ayant des postes politiques ne doit nullement être une victoire. Engager les femmes ne doit pas seulement se faire en termes de nombre mais aussi en matière de compétence, de vision, de programme. Que la majorité des hommes en politique soient des ignares  ne doit pas être une excuse pour tolérer la médiocrité du genre féminin.
La guéguerre entre société civile et société politique a été et sera infertile. Pour faire naitre et appuyer une génération de jeunes, de femmes, de jeunes femmes charismatiques, visionnaires et compétentes pour rehausser Madagascar dans le concert des Nations, collaborer est la meilleure option. Collaborer n’est pas copiner, collaborer commence par dialoguer.

Par Mbolatiana Raveloarimisa