Comme s’il ne pouvait plus respirer, il avance dans le salon avec un mouchoir dans une main et un livre dans l’autre. Chaussettes dépareillées, petite taille, du haut de ses 26 ans, Fred ressemble à n’importe quel jeune Africain. Mais, son regard est d’une profonde tristesse qu’on ne peut rater, mais qu’on ne peut expliquer. On est le 18 décembre 2016, l’équipe se presse un peu autour de lui car la situation semble grave dans son pays et elle n’ira pas en s’améliorant dans les jours à venir en se référant aux agissements de son président.
Fred vient du pays de Kabila qui était à la veille du jour de la fin de son mandat officiel. Mais depuis toujours, l’homme fort du pays de Fred n’a jamais donné signe de la possibilité d’une alternance intelligente et démocratique. Ne serait-ce que pour cela, on peut facilement comprendre ce regard triste du jeune homme. Puis, on le présente. Fred Bauma est parmi les membres de la « Lucha » ou Lutte pour le Changement, un mouvement citoyen de la République Démocratique du Congo. Il y a presque un an et demi, il a été arrêté avec d’autres activistes africains en marge d’une réunion pour la relance du mouvement Filimbi, une autre action citoyenne en RDC. Certains ont pu s’extirper et sont jusqu’à maintenant en exil. D’autres, notamment ceux du mouvement Y’en à marre du Sénégal, ont été détenus durant quatre longs jour. Fred quant à lui à été sous les verrous durant un an et huit mois.
Kabila pratique la chasse aux résistants, il tire, tue tous ceux qui osent avoir une voix dissidente à la sienne. On n’ose même pas imaginer ce qui a pu se passer dans ces prisons durant la détention du jeune homme. Après d’âpres négociations, des actions de soutien de par le monde, des pressions politiques Fred a retrouvé la liberté depuis maintenant trois mois. Forcé à l’exil, sa liberté n’est que provisoire et le risque d’arrestation et de violence envers sa personne sont tout à fait réels. Il semble paré d’une humilité et de calme incomparable. Seulement, cette tristesse qu’il cache au fond de l’âme en dit long sur le chemin parcouru et le combat qu’il doit encore mener.
19 décembre, fin du mandat de Kabila qui démontre bien qu’il ne partira pas. À minuit, la population se mobilise pour un concert de sifflets et de casseroles pour signifier la fin du règne. Mais au matin du 20 décembre, les informations arrivent à Luncha et Filimbi, on compte déjà au moins une trentaine de morts sans compter les disparus. Pendant ce temps, les activistes sur le terrain sont enlevés, l’accès à internet et à l’électricité est coupé. Le déploiement militaire montre parfaitement que Kabila, qui n’est même plus président entre en guerre contre son propre peuple.
Sacré Fred, consulté de par le monde, il garde la tête sur les épaules. Malgré une situation catastrophique et une liberté très provisoire, il veut retourner à Goma. Quand on voit à quel point ses yeux brillent juste à l’idée de retourner chez lui, on comprend finalement que la tristesse qu’il cache n’est pas à cause de ce qu’il a pu vivre en prison. Son âme est triste car il est loin de celle pour qui il est né : sa République Démocratique du Congo.
Une pensée aux 18 autres activistes Congolais qui viennent d’être enlevés hier.

Par Mbolatiana Raveloarimisa