Des journalistes parmi les victimes de la peste. Quoi de plus naturel et normal. Le contraire aurait étonné alors que des personnes que l’on croyait définitivement à l’abri figurent parmi les malades. Il fallait s’y attendre comme on s’attendait à ce que des journalistes soient tués en Afghanistan ou au Mali. Cela n’a rien d’exceptionnel et fait partie des éventualités et risques pris par ceux qui ont fait le choix d’informer la population avec sérieux et professionnalisme, d’embrasser ce métier sacré. On ne peut pas aller au bout d’un canon et espérer en sortir vivant ou intact.
Les journalistes n’ont pas de combinaisons de cosmonautes imperméables à toutes les bactéries pour être absolument immunisés. Le tout est de prendre les précautions nécessaires avant, pour limiter les risques, pendant, pour avoir des soins appropriés et après, pour éviter les rechutes. Si dans ces conditions un journaliste a eu le malheur de figurer parmi les victimes de la peste, c’est tout simplement parce qu’il a fait son travail de la manière la plus professionnelle possible en allant sur le terrain, côtoyant les malades, comptant les morts pour mieux informer l’opinion. C’est leur travail, comme soigner est celui des médecins exposés au même risque mais qui n’ont pas fait un scandale quand leurs collègues ont été contaminés par la maladie. Ils n’ont même pas cherché à connaître lequel des malades est le coupable.
Et le devoir de son entourage familier et surtout professionnel et de lui donner les meilleurs soins comme l’a fait L’Express. Et la peste se soigne  parfaitement. Les journalistes reprendront leur travail quand ils auront terminé leur traitement, sans la moindre crainte de stigmatisation. Ils font notre fierté et le total soutien du journal.
On ne voit pas pourquoi cela vaut un communiqué d’une page à moins de vouloir dénigrer pour le plaisir ou par désir de nuire. Si l’effet recherché est de tenter de traiter en paria un titre ou des journalistes, on peut dire que la cible est ratée.  Le journal et les journalistes gagnent en crédibilité, étant donné que les faits prouvent qu’ils ne se contentent pas des communiqués ou de l’internet pour pondre un article digne de ce nom.
Accuser quelqu’un d’avoir transmis la bactérie sans en avoir la certitude ni la preuve relève d’une déplorable bassesse. Elle est d’ailleurs caractéristique d’une presse friande d’affirmations gratuites et écervelées.
La transmission peut se faire de mille manières, dans mille endroits. Les restaurants, les gargotes, les spectacles, les marchés, les bus, les mariages, les cultes, les exhumations, les enterrements sont autant de cadres favorisant la propagation de la bactérie.
Personne n’est à l’abri de cette maladie qui qu’il soit, où qu’il soit. Même les patrons de presse sont des victimes potentielles. On se demande qui va signer les communiqués si tel était le cas. On n’en est pas encore là et on ne le souhaite pas. Pour le moment on met en place la… ripeste pour juguler la propagation de ce genre de comportement lamentable.

Par Sylvain Ranjalahy