À refaire, ce serait le mot qui pourrait résumer le séminaire annuel de la société civile à Madagascar qui a choisi de travailler cette année-ci sur les droits humains. À refaire, non pas dans le sens des maitresses d’école qui nous demandaient de refaire nos devoirs car ils étaient mauvais, au contraire, la qualité des interventions a été superbe, les échanges intéressants et conviviaux. Notons la présentation très pointue et à la fois très accessible des deux dames du Centre d’études et de recherches juridiques au sein de l’Université d’Antananarivo. Elles nous ont livré des analyses de la perception par la société malagasy de leurs droits. Pour résumer en quelques mots, les Malgaches ne connaissent qu’intuitivement leurs droits. Les personnes qui connaissent bien tous les droits humains, qui les défendent éprouvent une profonde gêne à en parler car elles ne jouissent pas elles-mêmes de ces droits.
Parmi les moments forts de ce séminaire, à notre avis, furent les travaux par commissions durant lesquels les participants ont eu plus de deux heures pour partager des témoignages, débattre et voir le futur. Quatre thématiques sur la table : l’égalité de genre ; la jeunesse, l’insertion et la réinsertion, l’accès de la population rurale à la santé, et finalement la protection des défenseurs de l’environnement. On a pu lire de nombreux papiers, vu des reportages, des pétitions, des appels sur Clovis Razafimalala. Mais le voir en vrai, raconter avec ses propres termes, Power Point et photos à l’appui, tout ce qui s’est passé et à quoi lui et ses camarades font actuellement face, était tout simplement vibrant. Notre homme a été le porte-parole de l’organisation Lampogno sur le thème « les défenseurs de l’environnement et la nécessité  de l’engagement de la société civile pour leur protection ».
Intimidation sur intimidation, pressions, tentative de destruction de ses biens et de sa personne, détention abusive, la liste de ce qu’il a pu endurer est trés longue. Mais l’homme garde le sourire et considère sa mésaventure comme une aventure positive. Il affirme même que quand il était détenu, cela lui a permis de voir par lui-même l’efficacité ou non du système juridique, la puissance effective des trafiquants et le poids qui s’abat sur les bonnes personnes dans ce système. De temps à autre, le bonhomme arrive encore à placer des blagues.
Révélation de l’année : il existe bel et bien des Malgaches défenseurs des droits de l’Homme qui sont réfugiés en Europe. Depuis que les efforts de Clovis et des compagnons ont eu une dimension internationale, les trafiquants et leurs complices malgaches ont tout fait pour les éliminer d’une manière directe ou indirecte. La fuite à l’étranger, pour une personne qui défend son pays est pire que l’emprisonnement, voire pire que la mort.
Dans la grande salle, des petites voix chuchotent. Beaucoup se posent des questions : a-t-on assez de courage pour aller aussi loin que cet homme et ses compagnons ? Mais quand on y pense bien, la question est plutôt : aura-t-on le même courage car il ne s’agit plus d’aller loin ou pas. Les défenseurs des droits de l’Homme sont de plus en plus exposés à toutes les formes d’élimination dans notre pays.
Les arrestations répétitives de lanceurs de boutades en tous genres sur Facebook se multiplient. C’est pour que cette « manière » de répression devienne des « faits divers ». Le premier en la matière l’affaire de Hiary Rapanoelina qui a été comme un petit séisme pour nous les internautes, les médias, et pour le peu de citoyens qui s’intéressent encore à autre chose qu’aux selfies et à la surexposition de leurs petites personnes sur les réseaux sociaux. Petit à petit, les arrestations deviennent banales. Le grand nettoyage a commencé. Notre tour ? Ce n’est juste qu’une question de temps.

Par Mbolatiana Raveloarimisa