Le monstrueux meurtre perpétré sur ce garçon à Ambohitrarahaba, acte odieux qui serait le fait de petits adolescents du même âge, a défrayé les chroniques, la semaine dernière. Monstrueux. Odieux. Terrible. Abject. Qui est d’autant plus inquiétant car les présumés coupables sont des enfants, tout comme la victime. Il fut un temps où l’on se targuait d’être un peuple pacifique, prônant à tout-va l’idée de «fihavanana» et d’harmonie, quel que soit le sens que l’on veut bien donner à ces mots. L’avions-nous jamais été, ce peuple de fihavanana et de fraternité?
De tels actes, barbares et féroces, ne naissent pas d’une impulsion anodine. Comment des enfants préméditent-ils et exécutent-ils des gestes aussi inhumains, juste comme çà, un jour. «Juste comme çà» est-elle vraiment l’expression idoine, d’ailleurs? Je ne cesserai de dénoncer l’escalade de la violence dans laquelle nous vivons quotidiennement et qui, s’il manquait encore de preuves, déteint profondément sur nos enfants. Des enfants habitués à la violence, parce qu’elle vient partout, n’importe quand et par n’importe qui. Des enfants qui grandissent avec l’idée que l’insécurité fait banalement partie du quotidien et qu’il est normal qu’ils se retrouvent livrés à eux-mêmes, à prendre des décisions qui dépassent leur enfance. Car ce sont des enfants, que des enfants. Enfants de la démission sociale malgache, enfants de la pauvreté, celle de l’âme plutôt que du portefeuille. Enfants d’une générations de parents et d’aînés trop occupés à polémiquer inutilement et à attendre qu’un messie décide à leur place. Qu’avons-nous fait, à part laisser tomber nos enfants? Tombés dans l’ignorance crasse, dans la solitude la plus sombre et dans la perpétuelle recherche des moyens de s’évader de leurs existences en appelant cela «une quête de liberté», «un combat pour l’émancipation», ou même «la délivrance», pour certains. Un jour, ils commettent l’horreur et on se demande comment ils en sont arrivés là.
Comment ? En n’ayant aucun modèle sur lequel tracer leurs chemins. En ne bénéficiant d’aucun dialogue au sein de leurs familles. En grandissant dans la violence physique, psychologique, verbale, qui s’ajoute à la pression de la précarité.
Comment ? En étant les héritiers de décennies successives où l’éducation et la scolarité ne sont pas une priorité. En trainant dans les rues, dans les quartiers plutôt qu’à l’école et se retrouvant à gagner leur vie en lieu et place de leurs parents et tuteurs. Quel message reçoivent-ils, ces enfants et adolescents, sinon celui qui dit que tout adulte peut démissionner de ses engagements envers les plus jeunes et donc, les plus vulnérables.
L’acte meurtrier est odieux. Odieux au même titre que ces décennies de laisser-aller qui ont sacrifié et continuent de sacrifier nos enfants. Quand on écoute la réaction des uns et des autres dont une bonne partie s’avoue peu encline à faire confiance à la justice et désire un règlement au talion, on ne peut que constater que ces décennies sombres n’ont pas fini de nous hanter. Un proverbe africain dit «Il faut tout un village pour élever un enfant». Quand le village est en ruines, l’enfant est dévasté. Voilà ce que nous avons fait : saccager le village censé élever nos enfants.
Cette violence quotidienne, il faudra que nous l’arrêtions un jour. Sérieusement. Consciencieusement. Si nous espérons un jour léguer une terre de paix à nos enfants, c’est le moment d’éduquer des enfants en paix pour cette terre.

Par Mialisoa Randriamampianina