Mettre de l’huile sur le feu. On ignore où ce pouvoir veut en venir. Chaque fois que l’opinion attend de lui un geste d’apaisement et de retenue, il fait dans l’excès de zèle et la provocation. Alors que les émeutes à cause du délestage restent à craindre à tout moment malgré le déploiement massif des forces de répression dans les quartiers sensibles, voilà que l’État se complique la vie en condamnant le colonel Lylison René De Roland à un an d’emprisonnement ferme pour avoir incité la population à une ville morte. Un jugement d’autant plus rocambolesque qu’il a été pris par contumace, autrement dit un procès totalement déséquilibré et contestable. Un procès expéditif exactement de la même manière que Ravalomanana avait condamné Ratsiraka en 2004, que Rajoelina avait sanctionné Ravalomanana en2010. Voilà donc Rajaonarimampianina emboîter le pas à ses sinistres prédécesseurs avec un verdict digne d’une justice bananière.
Condamner à un an de prison un sénateur qui a choisi de s’auto-emprisonner depuis un an est tout à fait une décision inutile et abusive. L’État aurait dû montrer sa fermeté en mettant à exécution le mandat d’arrêt prononcé à l’encontre du sénateur. Il s’est montré incapable de le faire sortir de sa tanière et de l’arrêter. On peut donc aisément circuler en toute quiétude en dépit d’un mandat d’arrêt. Quand on sait que les forces de l’ordre comptent un millier d’officiers généraux et qu’ils ont toutes les peines du monde à mettre la main sur un petit colonel, on comprend pourquoi l’insécurité règne en maître, pourquoi les vrais bandits vivent à l’air libre.
L’État voulait visiblement envoyer un message fort à l’endroit de ceux qui tentent de profiter des difficultés socio-économiques à des fins politiques. Après l’arrestation en plein enterrement du secrétaire général de Mapar, en l’occurrence Augustin Andria­mananoro, l’année dernière, voilà une grosse tête de l’écurie de Rajoelina frappée en plein cœur. Celui qui veut absolument prendre le poste de chef de l’opposition et qui veut mobiliser la foule est averti. L’État semble adresser un avertissement clair et net. Dès qu’on touche à son intégrité, il ne fait pas d’état d’âme, quel que soit le «client». Avis donc aux amateurs.
Sûr de sa puissance et de son omnipotence, il ne s’embarrasse guère de scrupules ni de doigté. Il ne met même pas de gant avant de prendre des décisions qui risquent de tout embraser quand elles viennent aggraver tous les problèmes dans lesquels la population se trouve empêtrée.
Le colonel Lylison est loin d’être un saint, Valentin ou pas, et mérite certainement qu’on le juge avec tous les auteurs du coup d’État de 2009 et non pour une tentative ratée, mais l’État ferait mieux de s’occuper des vrais bandits comme les kidnappeurs, les trafiquants d’or, de tortue et de bois de rose.
La justice retrouvera sa crédibilité et sa notoriété le jour où elle osera condamner, les fraudeurs à la douane, les barons du bois de rose, les spoliateurs fonciers, les exploitants véreux miniers… Ce n’est pas avec ce genre de procès de tension qu’elle pourra reconquérir la confiance de l’opinion et juguler la vindicte populaire. Au contraire, elle risque de passer au gril en continuant de faire le pitre.

Par Sylvain Ranjalahy