Cette Chronique date du 1er février 2013. Mais, au vu des discussions que je vois nourries, ici, là et partout, quant à un «projet de société», qui d’une «vision», ou encore d’un «programme», ces écrits-là ne sont pas encore frappés de prescription quinquennale. Juste un rappel collectif à ne pas perdre de vue l’essentiel. Comme dirait un vieil ami qui s’est donné vocation d’éduquer : «Même au volant d’une Ferrari, celui qui ne sait où aller, tournera en rond à Mahamasina. Tandis que, même en rampant, il peut espérer atteindre Miarinarivo».

On me dit « projet de société », je réponds « charte des valeurs ». Les meilleurs projets échouent s’ils ne sont pas adossés aux meilleures intentions et aux sentiments les plus généreux. Un régime de verrouillage politique, une administration d’accaparement économique, un système de pillage des ressources du pays, une structure affranchie de tout souci de l’intérêt général, une organisation contre le développement de Madagascar et des Malgaches : voilà ce qu’on a vécu ces soixante dernières années. La « Charte des valeurs » devra spécifier l’engagement solennel à entreprendre exactement le contraire, désormais.
Un Président de la République intègre, entouré des meilleurs techniciens. Garant, certes, de la Constitution, mais surtout rempart des valeurs dites républicaines, chantre du comportement citoyen, dépositaire du meilleur de la sagesse de notre société. Pourquoi le nom d’Andrianampoinimerina lui a survécu, en bien, dans la mémoire collective ? Personne n’est sans défaut, mais ses contemporains et ses successeurs ont magnifié son œuvre. Deux siècles après sa disparition, nous continuons à nous référer à ses discours, qu’il faudrait, d’ailleurs, compiler et rééditer à l’usage des écoliers.
L’éducation justement, cet outil formidable pour changer le monde, doit être la priorité des priorités. Les pays dits émergents ont mis en place un système éducatif dont ils récoltent aujourd’hui les dividendes. L’éducation de qualité pour tous est fabrique de valeur ajoutée : levain de la démocratie, levier du développement humain, intrant de la croissance économique.
Les hommes et les femmes de bonne volonté nourrissent, sans aucun doute, cette générosité pour le pays. Que les uns et les autres ambitionnent de mettre les valeurs et les principes au service d’un pouvoir qui ne soit plus le pouvoir pour le pouvoir, est plutôt rassurant. Même si le souci d’un éparpillement fatal est parfaitement légitime. Se tiendront inévitablement ce qu’on peut déjà appeler de « primaires des vertueux » : entre humilité et lucidité, partager ses idées, et ne pas craindre de les voir triompher, appropriées, récupérées, reprises, par tous les autres. La générosité d’une victoire par procuration.

Par Nasolo-Valiavo Andriamihaja