Cesare Pavese a dit : «On ne se souvient pas des jours, on se souvient des instants». On se rappelle que ce mois de Décembre 2016 est marqué par l’émergence de la peste qui tue depuis le 15 Novembre 2016 à Inosy – une nouvelle commune sur la côte Sud-Est de Madagascar qui ne figure pas encore sur les cartes nouvellement achetées à la FTM. Cette commune, sans Centre de Santé de Base, sans réseau téléphonique, loin du réseau routier, et encore moins d’héli­coptères est dans le district de Befotaka.
En attendant les données mises à jour qui seront collectées par l’équipe mixte de l’Institut Pasteur de Madagascar et du Ministère de la santé publique déployée sur place, on ne peut que constater un pouls paradoxal (pulsus paradoxus) et on perd son latin. Des rumeurs évoquent 60 cas de décès. Le député de Madagascar élu à Befotaka (pro-pouvoir) parle de 31 cas décès. Le ministre de la santé publique mentionne 6 cas de décès devant le sénat (et il embrouille les cartésiens car il slalome entre cas suspects et cas avérés de peste dans ses communications). Le 7 Décembre, en présence des journalistes nationaux et étrangers, son directeur de cabinet mentionne 4 cas de décès et deux cas confirmés par le test rapide à l’issue de la première journée d’investigation à Inosy. Le directeur de la veille sanitaire et de la surveillance épidémiologique clame haut et fort que depuis le début de la saison de peste (Août 2016), 51 cas confirmés sont recensés et aucun cas de décès. Son zéro cas de décès est difficile à croire sachant que le système de santé à Madagascar est souvent dépassé par la survenue de la peste et intervient habituellement en pompier après des déclarations de cas de décès associés à cette maladie. Responsabilité oblige, ce directeur devrait au moins accorder son violon à celui de son Ministre, faire un démenti de ses propos.
Durant la conférence de presse à Ambo­hidahy, des experts murmuraient qu’il pourrait y avoir des tests de diagnostics faux négatifs enregistrés à Befotaka suite à des prélèvements mal faits; et que les premiers cas de peste d’Inosy serait contractés dans une commune d’Iakora lors d’une veillée meurtrière.
Comme on ne saura jamais le nombre de femmes qui meurent suite à un accouchement, ni le nombre d’enfants malgaches vaccinés correctement contre la poliomyélite, ni le nombre d’enfants autistes, on ne saura peut-être jamais le nombre exact de cas de décès dans cette épidémie. Sauf si la délégation  spéciale héliportée dirigée par Monsieur le Ministre se rendant à Beforona puisse avoir la conscience aussi ouverte que les yeux. Pulsus paradoxus évocateur du système de santé malade à Madagascar contrairement aux déclarations fantaisistes faites lors de la Revue de la santé, grand staff à Antsiranana du 28 au 30 Novembre. Saluons le courage exemplaire et l’abnégation des femmes et hommes, professionnels de santé, qui assurent la riposte contre cette épidémie de peste ô ! combien préoccupante.
En somme, revenons à la case départ : savoir compter. Car vraisemblablement, nos experts et nos responsables étatiques ont du mal en mathématiques basiques comme dénombrer jusqu’à cent. Un mort est un mort et l’honnêteté intellectuelle dans ces cas de peste doit prévaloir plus que les calculs…politiques.

Par Mbolatiana Raveloarimisa