Extrait du discours présidentiel lors de la célébration des 57 ans du retour de l’Indépendance :  » La violence prend souvent racine là où il y a la pauvreté et la misère tant économique que culturelle. La violence est à la fois cause et conséquence de l’instabilité. Je connais les intimidations et les menaces et les terreurs dont vivent nos populations, mais j’appelle tout un chacun à ne pas céder. Ne faisons pas vaincre la terreur ».

La fin de semaine a été riche en leçons non-apprises, tant politiques que sociales. La tension de la dernière décennie ne se résorbera pas de sitôt : les mêmes attitudes, pour les mêmes erreurs, pour les mêmes réactions et les mêmes problèmes – plus ou moins par les mêmes têtes, finalement. Et comme on le sait, l’escalade de violences n’a jamais été aussi inquiétante : meurtres de citoyens comme d’élus, kidnappings, banditisme armé, affaires de corruption et de trafics qui dépassent l’entendement. Nous ne cédons certainement pas, ni aux intimidations, ni aux menaces, ni à la terreur : nous tenons bon. Nous nous levons, en faisant de notre mieux pour ne pas transmettre nos inquiétudes à nos enfants et tenir jusqu’au bout du mois et, même jusqu’au bout de la journée pour les plus malchanceux.

Survivre, faire du mieux que l’on peut avec à peu près rien du tout, nous le faisons depuis tant d’années que nous avons acquis la triste réputation de « mahari-pery ». Ne pas céder, résister, on sait faire. Ce n’est donc pas de pieux conseils de survie, fussent-ils présidentiels, dont nous avons besoin, mais de solutions. Cependant, on se rend compte que les bombes lacrymogènes continuent à pleuvoir sur la foule ce week-end et que la liberté d’expression reste toujours en terre hostile. On découvre un nouvel assassinat d’élu, car rien n’arrête plus les bandits. On constate que l’affaire Razaimamonjy n’en finit pas de scandaliser la population. On apprend qu’un voisin s’est fait détroussé, qu’une connaissance s’est faite attaquée par des bandits armés, sachant que les risques pour que ce soit notre tour n’est ni hypothétique, ni minime. Mille et une source d’angoisses permanente qui échappent au pouvoir déclinant du citoyen malgache… Et nous tenons bon, encore. Nous ne cédons pas à la terreur, Monsieur le Président, parce que nous avons des enfants envers qui la promesse faite de protection, de sérénité, de gîte et de couverts, nous est chère. Nous ne cédons pas parce que nous avons la responsabilité de leurs vies entre nos mains.

Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’un signe qui nous fasse comprendre que ces mêmes enfants sont importants pour ceux qui détiennent le pouvoir. On veut bien une solidarité constructive entre élus et citoyens, mais de grâce, ne venez pas nous dire comment nous devrions nous comporter face à la violence et à la terreur: nous le faisons tous les jours, et encore plus sous cette présidence. Combattez plutôt les faiseurs de violence, de misères et de pauvreté, on passerait moins de temps à ne pas céder à la terreur et plus de temps à réaliser nos projets.

Par Mialisoa Randriamampianina