Les chroniqueurs politiques Ismaël Razafinarivo, Maurice Tsiavonana et Soava Andriamarotafika ont raison de nous interpeller sur l’absence de mobilisation générale des Malgaches face à l’épidémie de peste, qui gagne du terrain depuis deux mois, qui n’arrête pas de tuer et qui bouleverse les relations entre les vivants et les morts selon le rite d’enter­rement des pestiférés. Pourquoi donc cette faible mobilisation   À mon avis, c’est une des conséquences des pratiques politiques en cours.
Des murs invisibles de séparation s’érigent de jour en jour , à l’intérieur de notre pays, entre les tenants du pouvoir et l’opposition avec tous ceux qui ne sont pas perçus comme politiquement corrects, ainsi que la  grande majorité des jeunes exclus du circuit économique et politique. À cause de ces murs invisibles de séparation, il est difficile de trouver tout d’un coup l’union, même face à un danger collectif. En plus, les conditions de vie de plus en plus dures de la majorité des Malgaches changent leur mode de relation. C’est le repli sur soi , le sauve-qui-peut, dans un milieu désordonné où l’incivisme entretient l’habitude de désobéir aux lois, aux normes et prescriptions.
Par ailleurs, les vestiges des conflits politiques mal résolus restent encore vivaces. Prenons l’exemple récent de l’élection ni…ni de sortie de crise de 2009. D’abord, au second tour de l’élection présidentielle de décembre 2013, selon les résultats officiels, 49% des électeurs se sont abstenus et 47% n’ont pas voté pour le vainqueur. Ensuite, dans un régime semi parlementaire de la IV° République, le parti arrivé au pouvoir n’avait pas un seul député élu sous son étiquette, à l’Assemblée Nationale.
À partir de là, le pouvoir en place est contraint de se maintenir dans un équilibre instable permanent. Une situation qui l’entraîne à se renforcer par tous les moyens, au détriment de l’apaisement. Or il ne peut pas à la fois exercer l’exclusion tout en voulant l’union et la mobilisation. La peste a révélé qu’il y a un malaise profond dans la société malgache.
Le deuil national de l’ancien Président de la République Albert Zafy a cependant démontré que si nous voulons, le pays tout entier peut se réunir et s’unir. À l’image de cette communion, lors des obsèques du Président Zafy, mobilisons-nous sans
arrière pensée. Ce n’est pas normal que la Communauté Internationale se mobilise avant nous. Dépassons tous les problèmes de séparation. Éveillons notre sentiment d »appartenance à une même nation pour éradiquer ensemble le plus tôt possible l’épidémie de peste à Madagascar en 2017. Comment pourrions-nous développer notre pays et attirer, sécuriser les investisseurs devant un tel danger mortel d’épidémie ?

André Rasolo