Plus de quarante ans après sa diffusion sur TVM , le téléfilm «L’île au trésor» tiré du livre écrit par Robert Louis Stevenson revient à l’esprit grâce à l’actualité. Si jadis, le remplacement d’un haut fonctionnaire de l’État complètement inaperçu et relevait d’une banalité comme la passation entre deux techniciens d’égale compétence qui ne sont que des intérimaires au poste et ne se prêtaient pas à faire la Une des journaux, c’est devenu aujourd’hui une grosse information à cause de l’ampleur politique dont est fourré un limogeage ou Une nomination.
En trois ans, le Trésor en est à son troisième directeur général soit autant que de ministres des Finances. On ignore le motif du limogeage du dernier DG qui pourrait être tout simplement technique. Sa discrétion n’a pas permis d’en savoir davantage. Le fait que son prédécesseur a été relevé de ses fonctions pour des raisons technico-politiques et a fait beaucoup de résistance nécessitant l’intervention des forces de l’ordre pour l’arracher de son siège, laisserait croire à des similitudes. Faute de mieux, on préfère rester dans le domaine purement technique et arguer que son profil n’est pas celui recherché par le nouveau Grand argentier et que ses performances ne seraient pas de nature à rassurer une année avant l’élection présidentielle.
Il s’agit de bien gérer le nerf de la guerre pour gagner la guerre des nerfs.
Même s’ils savent que quoiqu’il fasse, un haut fonctionnaire de l’État a une mission politique dès qu’il accepte le poste et il en est ainsi depuis la seconde République, il convient de ne pas mettre hâtivement une étiquette dans le dos de ces techniciens qui restera collée à leur peau pour le reste de leur carrière. Ils ont fait des études surtout pour être au service de la Nation et non pas pour être asservis à un régime ou à un Président. La stabilité doit aussi concerner le maintien des techniciens à leur poste au nom de la continuité de l’État. On aimerait que le rapport du Conseil des ministres soit truffé de décisions concrètes et réalistes pour le développement en lieu et place des nominations à n’en plus finir chaque semaine et durant tout un mandat. Il n’est jamais facile pour un ministre ou un Directeur général limogé de trouver un poste pour sa reconversion étant donné qu’il y a peu de postes qui correspondent à leur rang. C’est la raison pour laquelle plusieurs anciens ministres et anciens chefs d’institutions essaient de se recaser dans le comité de réconciliation nationale pour mettre fin à la traversée du désert.
Ceci dit, ces nominations en série prouvent bien que Madagascar est bel et bien une île au trésor de techniciens. Reste à prouver leurs contributions au développement. L’île au trésor reste pour le moment l’un des pays les plus pauvres au monde alors que, contrairement au fameux film, l’endroit où se trouve la mine d’or n’est plus à découvrir. Seulement à la place des pirates, ce sont les trafiquants de tout acabit qui en profitent. La majorité de la population est réduite au silence. Comme l’or.

Sylvain Ranjalahy