C’est ce jour, 10 novembre, que devrait être entérinée l’élection d’Audrey Azoulay, à la tête de l’UNESCO. The Times of Israël, du 15 octobre 2017, saluait son élection sans enthousiasme excessif : «Bienvenue en Israël, la nouvelle directrice française et juive de l’UNESCO ne changera pas immédiatement l’institution».

Le scepticisme des Israéliens s’explique par la multiplication des résolutions présentées par les pays arabes et adoptées par l’UNESCO. En juin 2012, l’UNESCO fait de l’église de la Nativité de Bethléem, en Cisjordanie, un site palestinien. En octobre 2015, la décision 185EX/15, classe le caveau des Patriarches et la tombe de Rachel comme sites musulmans et ordonne de «retirer les deux sites palestiniens de la liste du patrimoine national israélien». En avril 2016, à l’initiative de plusieurs pays arabes, le conseil exécutif de l’Unesco adopte une décision sur la «Palestine occupée» visant à «sauvegarder le patrimoine culturel palestinien et le caractère distinctif de Jérusalem-Est». Le 7 juillet 2017, une initiative arabe fait classer le tombeau des Patriarches dans la Vieille Ville d’Hébron, en Judée, comme site palestinien sous le nom de mosquée d’Ibrahim. Le judaïsme, qui est né avant le christianisme lequel précède l’islam, considère pourtant comme ses Pères fondateurs Abraham, Isaac et Jacob, tous ensevelis à Hébron. Le 26 octobre 2017, une résolution sur Jérusalem-Est, portée par des pays arabes, évoque «l’Esplanade des mosquées», comme l’appellent les musulmans, et non «le Mont du Temple», comme l’appellent les juifs. Comble : les noms juifs sont mis entre guillemets.

Dans ses décisions et résolutions, l’UNESCO prend la précaution de toujours souligner «l’importance de la Vieille Ville de Jérusalem et de ses remparts pour les trois religions monothéistes». N’empêche, le 10 novembre 2016, l’évêque catholique Mgr Vincent Jordy, président du conseil épiscopal pour l’unité des chrétiens et les relations avec le judaïsme, écrivait à Irina Bokova, alors directrice générale de l’UNESCO, pour «dénoncer une résolution (qui) semble ignorer le lien du peuple juif et, en conséquence, de la tradition chrétienne, avec Jérusalem». Jérusalem et le temple de David achevé par son fils Salomon, en l’an 1000 avant J.-C., avant sa destruction par le roi perse Nabuchodonosor II, lors de l’exil des Juifs à Babylone, six siècles plus tard ; Jérusalem et le second temple, détruit par les Romains, en l’an 70. La mosqée al-aqsa est bâtie sur le sanctuaire du Temple de Jérusalem, le «saint de saints» où n’entrait qu’une fois par an, au Yom Kippour, le grand prêtre. L’an prochain à Jérusalem, avaient-ils l’habitude de se souhaiter, pendant les 2000 ans d’exil…

L’élection d’Audrey Azoulay, qui a promis de recentrer l’UNESCO sur ses missions culturelles, a également été accueillie avec fierté par l’association Essaouira-Mogador, au Maroc. Cette association siège à la maison Dar Souiri dans la Kasbah el Jadida, quartier conçu selon un plan rectangulaire en damier, à partir de 1863, à l’usage des commerçants musulmans, juifs et chrétiens. Son père André Azoulay (un Michaël Azoulay est rabbin à Neuilly-sur-Seine) est le président fondateur de l’association depuis 1992. Dans un discours d’octobre 2016, il disait : «La cité des alizés  a été, pendant le 19ème siècle, l’un des espaces culturels et spirituels phares où régnaient une convergence et une fraternité entre islam et judaïsme. C’est à Essaouira qu’islam et judaïsme ont eu la proximité la plus longue et la plus lucide, nourrie, modelée et façonnée par l’enracinement des identités de l’un et de l’autre».

L’ancienne Mogador et sa medina sont inscrites au patrimoine mondiale de l’UNESCO depuis 2001 : ville phénicienne, forteresse portugaise, port alaouite ouvert sur le monde, «port de Tombouctou» jusqu’au protectorat français. Hébron, ville de Cisjordanie, dans la région de Judée, une des plus vieilles villes du monde (3000 avant J.-C.), conquise par les Romains, aux mains des Croisés, ravie par les Mamelouks. Jérusalem, premier lieu saint du judaïsme, troisième lieu saint de l’islam. Appartenances emmêlées, revendications inextricables, terres de passions multiples : Jésus, Juif de Palestine, fondateur du christianisme…

Bernard Hadjadj, ancien Directeur de l’institution critique vertement l’UNESCO dans un article, «Résolution de l’UNESCO sur le mont du Temple : la France complice d’un mensonge» (lefigaro.fr, 2 mai 2016) : «l’UNESCO est atteinte de deux maux qui risquent de la perdre : le reniement et le déni. Reniement de sa raison d’être en fermant les yeux sur l’éducation à la haine de certains de ses États membres ; déni de l’histoire en amputant le peuple juif de son identité historique et culturelle».

La Science, l’Éducation et la Culture n’ont jamais été aussi indispensables contre l’obscurantisme. Il faudra que Madagascar, de nouveau élu au Conseil Exécutif de l’UNESCO, prenne garde à ne pas laisser instrumentaliser son vote.

Par Nasolo-Valiavo Andriamihaja