La Coupe du Monde à 48 équipes. La FIFA (Fédération internationale de football) compte 211 membres, dont 135 nations n’ont jamais participé à une (vraie) Coupe du Monde. La réforme, adoptée à l’unanimité (100%) des 37 membres du Conseil de la FIFA, ce mardi 10 janvier 2017, est censée offrir du rêve à tous ces petits pays qui, auparavant, savaient d’emblée qu’ils n’avaient qu’une chance miraculeuse d’accéder à une phase finale de Coupe du Monde.
Seize groupes de trois équipes, dont les deux premiers seront qualifiés pour la phase à élimination directe. 80 matches au lieu de 64, mais toujours 32 jours de compétiton, et toujours 7 matches pour les finalistes. L’élargissement du format à 48 équipes conjuguée à l’augmentation du nombre de matches devrait générer 640 millions de dollars supplémentaires, selon la FIFA.
«More teams, more cash», toujours plus d’équipes, encore plus de sous : titrent déjà les les sceptiques. Un jour, trop de Coupe du Monde, tuera la Coupe du Monde. À part les principaux concernés (et encore !), qui attendrait minuit pour regarder un improbable Madagascar-îles Marquises, Chypre-Cap Vert, Cuba-Afghanistan   D’accord, c’est caricatural, mais la logique du projet de Gianni Infantino, le nouveau président de la FIFA depuis février 2016, voudrait qu’aucun scénario ne soit a priori impossible.
Dans ce nouveau format, l’Europe aurait un quota (+3), l’Afrique (+4), l’Amérique du Sud (+6), tandis que l’Océanie aurait un ticket garanti. Comme disait une vieille publicité de la loterie malgache, «izay tsy milalao ihany no tsy mahazo» : l’essentiel sera de participer, pour gagner.
Bien entendu, la Coupe du Monde a toujours évolué. Mexique, 1970 : invention du remplacement, avec deux joueurs, et création des cartons rouge et jaune ; Espagne, 1982 : format porté de 16 à 24 finalistes, pour 52 matches disputés, déjà dans l’optique d’une meilleure visibilité et davantage de revenus financiers ; Mexique, 1986 : élimination directe à partir des quarts de finale ; France, 1998 : 174 nations dans les éliminatoires, 32 équipes en phase finale ; 2002 : co-organisation par le Japon et la Corée du Sud (qui atteindra les demi-finales). Pour l’édition de 2022, au Qatar, la canicule qui rendrait suicidaire toute activité physique en plein air, impose le déplacement du calendrier en hiver septentrional, du 21 novembre au 18 décembre.
Mais, cette ultime évolution laisse dubitatif. Une Coupe du Monde ne se mérite-t-elle donc pas que n’importe quelle fédération à l’incompétence notoire peut se voir récompensée d’une présence parmi l’élite mondiale, en une sorte de prime à la médiocrité   J’aimais bien l’idée de ces éliminatoires qui permettaient une première décantation avant la consécration d’une phase finale. À 24 équipes (Espagne), on eut droit à un Hongrie-Salvador de 10 à 1 ; à 32 équipes (Corée), on vit l’Allemagne étriller l’Arabie saoudite 8 à 0 : on parle bien de «vraie» Coupe du monde, et pas son avatar de Playstation avec ses scores fleuves ?
Le populisme égalitariste aura aussi contaminé la Coupe du Monde d’un football qui se pratique déjà dans chaque quartier du village planétaire sans tripatouillage de la FIFA. Le gamin d’Isotry comme son homologue de la favella de Rio, l’enfant migrant fuyant les guerres moyen-orientales et affublé d’un maillot bricolé de Lionel Messi comme le gosse persécuté par les islamistes dans le film Timbuktu, rêvent déjà. Mais, des plus grands, des meilleurs.
La Coupe du monde se démocratisera donc en Coupe de tout le monde. À partir de 2026, et au-delà, le vrai haut niveau se réfugiera dans des niches mondialement courues comme la Premier League anglaise, avec son «Big Four» ou son «Top Five», que personne ne souhaite niveler par le bas des quinze équipes restantes. Et, grâce à l’UEFA, il nous restera la Ligue des Champions et son aristocratie si peu bouleversée des grands clubs historiques.

Par Nasolo-Valiavo Andriamihaja