Soixante centimètres et poids plume, ce petit-là ne laisse personne insensible. Et même dans la rue, on croise des regards pleins de questionnements en le voyant. Il se prénomme Igor et il a été chargé d’une mission importante pour le peuple malgache. Très sûrement que c’est la toute première fois pour lui que tant d’intérêt soit si soudainement tourné sur sa petite personne. Mission importante disait-on que de se mesurer à un Président de la République. Pire, Igor le terrible a été mandaté pour moraliser ce dernier.
Mais il ne risque pas de choper la grosse tête notre Igor. Car il est habitué à la simplicité. Un gars si simple au point de ne point se soucier des futilités de la vie : pas de Facebook ni de high tech, pas de dépense pour les vêtements, nourritures. Pourtant, quel charisme, quelle aura. Ce n’est point un hasard qu’Igor soit la vedette. Un appel à manifestation d’intérêt a été lancé sur les réseaux sociaux, il y a quelques jours. On cherche un gars exceptionnel qui peut, à lui tout seul, attirer l’attention du monde sur le cas de Madagascar. Il doit être en mesure de délivrer le message en un seul regard, sans piper un mot. Croyez que la tâche fut ardue pour trouver le bon candidat car ni Brad Pitt, ni Leonardo DiCaprio n’a eu l’audace de se présenter. Mais on a reçu celle du jeune Igor. Il est prêt, mais il prévient : il a une clavicule qu’un petit farceur lui a volée. Aussi, il a du mal à tenir la tête bien droite. Il semble convaincant et a un atout terrible : ses soixante centimètres, son poids plume et son…ossature.
Igor a rempli sa mission haut-la-main. Couvert du drapeau Malagasy comme ces grands athlètes du monde qui remportent la première place, il se laisse photographier par la presse, les passants qui le regardent avec tellement de vrai dans les yeux. On entend les commentaires sur la prestation d’Igor : « c’est tout à fait vrai, c’est tout à fait nous ». Igor, petit squelette en plastique de 60cm, couvert du drapeau malagasy est assis à même le sol devant une gamelle de chien vide et essayant de tenir une cuillère.
Les symboles sont forts, le message est passé. Igor, squelette d’enfant qui représente sans factices ces milliers de gamins du Sud de Madagascar dont la seule différence avec lui est la fine peau qui recouvre leurs os. La gamelle montre que ces êtres humains sont démunis de leurs droits fondamentaux et qu’ils n’ont même pas accès à des nourritures que ces hauts dignitaires de l’État donnent à leurs animaux domestiques. Finalement, depuis l’année dernière à la même période, il ne resta plus qu’un petit squelette attendant des âmes humaines se pencher sur l’horrible sort de ceux qui sont loin de nos yeux citadins.
Ils étaient 1 400 invités à Iavoloha, ils sont 1 400 000 dans le grand Sud. Igor le terrible a été terriblement bon communicateur quoiqu’il ne pût rien dire. Mais à bien y réfléchir, y-a-t-il encore quelque chose à dire   « La voix intérieure ne sait point se faire entendre à celui qui ne songe qu’à se nourrir » Jean-Jacques Rousseau.

Par Mbolatiana Raveloarimisa