Eh oui, c’est la fête dont on ignore l’existence et qui n’existera jamais dans le calendrier. Mais il arrive des jours où on va de maladresse en inadvertance, d’impair en bourde. Le pire est qu’on ne s’en rend même pas compte. Quand le gouvernement décrète dans un premier temps que toute manifestation publique est interdite pendant le mois de juin, sans doute pour éviter les attentats à la bombe, il est le premier a transgresser la loi qu’il vient de publier une semaine auparavant en organisant le carnaval de Madagascar dont on ignore les véritables objectifs. Dans la foulée la même manifestation crée un indescriptible désordre public dans le centre de Tana où toutes les rues sont fermées a la circulation. Si le carnaval avait pour prétention de préserver l’intérêt supérieur de la Nation, il a surtout ignoré l’intérêt de millions de gens dont les activités ont été sinon suspendues du moins perturbées pendant quatre jours. Ailleurs, où le réseau routier permet pourtant d’emprunter d’autres axes, on ne se permet pas ce genre d’ineptie. Pour le marathon de Londres, de Paris ou de Boston, la fermeture des axes ne dépasse pas cinq heures. Reste à espérer que le carnaval de Madagascar sera le pendant de celui de Rio d’ici quelques années pour rameuter un million de touristes et mériter cette faveur totalement déplacée.
Le gouvernement a apporté une précision dans le décret en soulignant qu’il s’agit des manifestations politiques à caractère politique. Il semble avoir oublié que le parti HVM avait programmé son congrès régional à Toliara depuis vendredi avec défilé à travers la ville où les rues sont également bloquées. On se demande s’il s’agit d’une manifestation politique ou folklorique pour avoir une autorisation. À croire que les décrets ne concernent finalement que les partis et citoyens en dehors du cercle du pouvoir. Si le TIM ou le TGV organise son congrès à Tana, avec défilé dans les rues ou meeting dans un stade, on voit mal le préfet lui donner une autorisation.
L’impair qui a marqué la semaine passée est aussi le transfert de Claudine Razaimamonjy, opérateur économique accusée de détournements de fonds, à la prison de Manjakandriana. Elle n’a pas supporté les affres de la prison d’Antanimora où elle était en détention préventive pendant quatre jours. Un traitement de faveur dont ne bénéficient pas beaucoup de prisonniers dont certains attendent la tenue de leur procès depuis plusieurs années dans l’enfer d’Antanimora.
La prison de Manjakandriana accueille normalement de célèbres prisonniers déjà jugés à l’instar du commandant Richard Andriamaholison condamné à la déportation en 1983 par Ratsiraka ou le regretté Gaston Ramaroson condamné à des années de réclusion toujours par Ratsiraka. Un personnage mis en détention préventive ne devrait pas en principe bénéficier de cette faveur.
L’État n’a qu’à mettre aux normes les prisons qui se trouvent dans un état lamentable indignes d’héberger des êtres humains, soient-ils des criminels et qui accueillent trois fois de prisonniers qu’elles n’en peuvent. En particulier celle d’Antanimora.
Une situation mainte fois déplorée par la communauté internationale et les organisations de protection des droits humains mais personne ne bouge le petit doigt pour que cela change. Plusieurs ambassadeurs, plusieurs personnalités étrangères dont le commissaire européen Louis Michel ont effectué une visite guidée à Antanimora mais aucun projet de réhabilitation ou de construction de nouvelles prisons n’a jamais été conçu.
Le gouvernement Ravalomanana avait prévu la construction d’une nouvelle prison du côté d’Anjanamasina mais comme la Transition de Rajoelina comptait l’interner comme Premier pensionnaire, le projet a été logiquement abandonné.
La même logique reste vraisemblablement valable aujourd’hui étant donné qu’avec les dossiers de détournements de fonds ou de deniers publics que le Bianco affirme avoir sous la main, personne ne veut construire une nouvelle prison, même à cinq étoiles, pour en être le premier locataire. Ce serait le pire des impairs.

Par Sylvain Ranjalahy