Pas de surprise, mes deux confrères m’ont précédé dans leurs chroniques d’hier sur l’élection providentielle de notre cher Ahmad en tant que Président de la Confédération africaine de football. Comment ne pas s’y intéresser, moi qui n’ai jamais été autant félicitée d’être malgache depuis…ma naissance. Pour une fois, l’ilienne attire toutes les attentions bienveillantes de ses frères africains footeux. En recevant le premier message par Facebook, je me disais que celui-là était vraiment accro pour autant jubiler  qu’Issa Hayatou ne soit plus le Président. Puis au bout du dixième bravo, je me suis penché sur la chose.
Le « tombeur d’Issa Hayatou » disent-ils, le porteur des rêves de ceux qui souhaitent voir une nouvelle renaissance au ballon rond en Afrique, pour l’Afrique. Trente ans de règne sans partage, même pas des petites passes pour jouer l’esprit d’équipe du footballeur. Le monsieur était à la fois, jouer, arbitre, entraineur, sponsor pour berner le spectateur. Et voilà un inconnu qui aurait fait ses premiers pas dans la « cour des miracles ». Oui ! il l’a fait, il est devenu roi. Mais est-ce trop dire que dans la cour des miracles, les fous deviennent rois.
Si le premier a fait trente ans en tant que Président au niveau continental, le second en a fait presque la moitié au niveau national avec ses quatorze ans en tant que président de la Fédération malgache de football. Si on fait le calcul de proportionnalité simpliste d’une femme qui s’en foot, n’est-ce pas du pareil au même ?  Foot ne dit rien à madame car foot n’est pas allé loin en niveau à Madagascar au point de détourner nos attentions « profanes » vers la chose roulante et trébuchante qu’est le ballon rond.
Foule en liesse en Afrique, foule qui rouspète à Madagascar. Ahmad, l’enfant du pays est adoubé ailleurs, boudé par les siens ?  Et pourtant, on dit qu’il a fait beaucoup, c’est lui qui a fait le plus pour le foot au pays depuis. Normal, il a été le seul depuis longtemps, sans alternance.  Ce qui revient à la réflexion existentielle d’une femme que j’avais soulevé lors de l’élection d’une femme en tant que première Présidente de l’Assemblée Nationale de Madagascar. Dois-je en tant que femme être en liesse pour la trop simple raison qu’une autre soit sur le « trône » ?  C’était une victoire disaient-ils, une grande avancée parce que nous gagnons le combat de la parité.Oui, mais quelle femme. Etre simplement une femme n’est nullement un atout, une gloire en soi.
Alors, qu’un Malgache soit élu à n’importe quel poste, on se doit d’être fier, heureux car il a été élu ?  Motus et bouche cousue sur ce qu’il a fait ou plus précisément ce qu’il n’a pas fait pendant quatorze ans. Puis, ce paragraphe de Africanews : « Dernier dignitaire du football mondial, Issa Hayatou a été épargné par les affaires qui ont emporté Sepp Blatter et Michel Platini dans le cadre du scandale de corruption à la Fifa. Il est notamment soupçonné d’avoir accepté de l’argent en échange d’un soutien au Qatar pour l’obtention du Mondial-2022. Des accusations qu’il a toujours niées. Tout comme Ahmad Ahmad, cité lui-aussi par le Sunday Times comme ayant perçu 30.000 à 100.000 dollars en échange de son vote pour le Qatar ». Mouton blanc, blanc mouton. Non, mouton noir, noir mouton car nous sommes Africains.
Dernière cerise sur le gâteau, l’annonce Anicet Abel Andrianantenaina, un joueur qui évolue actuellement en Bulgarie qui refuse de jouer pour l’équipe malgache. « Je sais qu’on est pauvres, mais toutes les équipes africaines reçoivent de l’argent chaque année de la FIFA […] ». Ce joueur a clamé qu’il ne sera pas de l’équipe nationale car les joueurs locaux reçoivent de misérables miettes, évoluent dans de conditions de misérabilisme total.
Alors, Afrique, Afrique, on va faire mieux au niveau continental après avoir cultivé la défaite chronique au pays. Chut ! Femme se tait, retourne à ses lessives, son ménage. Quand femme s’en foot, ce n’est que baliverne.

Par Mbolatiana Raveloarimisa