Lors de la réunion de la Conférence des présidents ou recteurs d’Institution d’Enseignement Supérieur du 16 novembre dernier, les « grandes » personnes ont déclaré qu’il manque terriblement de relève. Même si les médias ont relayé la chose, ce n’est plus à notre avis de l’ordre des « nouvelles ». Mais qui ne le sait pas ? Depuis les cinquante dernières années, vu  les moyens, méthodes qui ont été mis en œuvre pour « cultiver » ou plutôt « supprimer » la relève ; pensaient-ils avoir un autre schéma ? Oui, cinquante ans car à voir l’âge de nos enseignants, beaucoup ont quatre-vingts ans.
Il est bien plaisant de faire chaque année l’état des lieux, mais on n’a pas eu vent des efforts pour intéresser les jeunes. Précisons, jeune veut dire moins de quarante ans voire trente-cinq ans. Au cas où les « grandes personnes » pensent qu’il s’agirait de ceux qui touchent déjà la cinquantaine. Puis, soyons honnête, on devient enseignant à l’Université car quelqu’un nous y a poussé et soutenu. Très peu, deviennent enseignants par mérite et vocation. Beaucoup le sont par clientélisme, népotisme.
Une fois dedans, ce n’est pas non plus une victoire. D’abord, enseigner à l’université ne veut pas dire être enseignant avec les prérogatives que cela sous-entend. Les jeunes restent des vassaux. Je me demande réellement combien de jeunes de moins de trente-cinq ans, qui ont un pied dans les enseignements supérieurs sont titulaires de cours. Un, deux ? Puis, combien de jeunes qui sont dedans ont la possibilité d’innover, d’apporter de nouvelles chaires, de rendre les cours plus accessibles à tous et de parler du contemporain.
Nous venons de toucher ce que l’État nous devait pour les heures d’enseignements effectuées en…2015. Entre 2015 et le mois de décembre 2017, comment fait-on pour payer les factures et vivre ? Puis, le montant, ce n’est même pas le carburant d’une journée d’un député. Cinq cent mille ariary et quelques poussières. Faisons rapidement le compte. Nous avons dispensé au moins une quinzaine de séances. Soit, environ trente-quatre mille ariary par cours. Comme il n’y a pas assez de salle, on doit enseigner le samedi ou le dimanche. Si on prend un taxi, l’aller-retour nous fait vingt-mille Ariary. Puis, il reste dix mille Ariary. Un petit bonbon, une bouteille d’eau et le mouchoir à jeter : tout est dépensé. Alors, à qui doit-on facturer le vidéo projecteur, la petite sonorisation, les feuilles et surtout notre matière grise et le temps dépensé ?
Quand est-ce que le ministère et ces « grandes personnes » feront un appel ouvert pour embaucher d’une manière transparente et viable les jeunes ? Quand est-ce que ceux qui sont là depuis deux générations s’en iront pour donner la place à ceux qui pourraient apporter un nouveau souffle à nos universités, nos jeunes, nos futurs rebelles ? L’enseignement supérieur ne peut pas aller plus mal que maintenant. Les étudiants sont des « écoliers », l’enseignement est d’une autre époque, les infrastructures sont plus que désuètes et insuffisantes.
Tout cela est question de choix, de volonté et de…poigne. Déjà, très peu de jeunes ont la fibre pour être des professeurs à l’université. Entre la demande et l’offre, les universités publiques sont à des années-lumière de ce que nous pouvons demander, avoir, voire imposée comme rémunération dans les autres structures d’enseignement et domaines d’expertise. Alors, au lieu de tenir ce discours interminable, pourquoi ne pas dialoguer avec nous, nous écouter et trouver comment nous convaincre de reste, de continuer notre sacerdoce.

Par Mbolatiana Raveloarimisa