D’emblée il va falloir se détromper. Il ne s’agit pas de la panacée à la torture au délestage qui pourrit complètement la vie de 14% de Malgaches. Un pourcentage négligeable aux yeux du représentant de la Banque Mondiale «perroquetisee» par le Président de la république trop heureux de trouver un excellent avocat pour plaider la cause de son incompétence, pour défendre les méfaits de sa piètre gouvernance. On se demande comment on peut concevoir un programme de développement sans source d’énergie. Tant pis pour les industries, les entreprises grandes, petites ou moyennes ainsi que les entreprises individuelles, les professions libérales dont les activités sont toutes paralysées par les coupures d’électricité  de 10 heures par jour en moyenne. Des clients du petit coiffeur obligés de s’y reprendre à trois fois en trois jours pour se faire tondre, aux établissements hôteliers frappés d’un surcoût dans les charges avec la consommation de carburant des groupes électrogènes, en passant par les poissonneries contraintes de jeter dans l’Ikopa des tonnes de marchandises avariées , les fabricants de yaourt maison qui subissent des pertes énormes, tout le monde est à genoux devant sa majesté le délestage.
Les abonnés de la Jirama et les fonctionnaires ont ceci de commun qu’ils représentent le même pourcentage de la population et partagent la même mésaventure. Le demi-million de fonctionnaires, la classe des misérables, sont également victimes d’un éternel mépris de l’État, depuis la deuxième république de Ratsiraka. Choyés par Tsiranana, les fonctionnaires étaient enviés mais la révolution socialiste allait sonner le glas pour eux. Ratsiraka peut se vanter d’avoir donné une augmentation moyenne de 10 % à chaque nouvelle année, mais elle était insignifiante face au taux d’inflation boosté par la dévaluation régulière et fracassante du FMG depuis 1982.
La descente aux enfers s’est amplifiée pour les pauvres fonctionnaires en général et les enseignants en particulier devenus littéralement des laissés-pour-compte du système.
À l’image du délestage, l’énergie salaire n’arrive plus que jamais à entretenir un fonctionnaire. Certains ont recours à d’autres activités pour mettre un peu de beurre aux épinards mais tout est annihilé par le délestage.
C’est d’autant plus vrai que Rajaonarimampianina a revu à la baisse le tarif de la hausse, le ramenant à 7 %. En revanche il insiste sur la nécessité absolue d’appliquer la vérité des prix concernant les carburants, dont le coût, conjugué à la dépréciation de l’ariary, détermine le prix des biens et des services. Une incohérence flagrante, étant donné que le prix du carburant est le même à La Réunion et Maurice où le revenu moyen est respectivement de 1425 euros et 714 dollars contre deux dollars par jour (60 dollars par mois) pour Madagascar. Aucune comparaison n’est ainsi possible et on fait avaler la pilule à la population. La privatisation du secteur pétrolier ne profite qu’aux sociétés pétrolières qui ont repris les activités de la Solima. À l’époque l’État avait subventionné le prix des carburants. «Moins cher qu’un litre d’ordinaire ( 250FMG), aller au cinéma c’est super» , un slogan du Cinemedia, la société qui gérait les salles obscures résumant parfaitement le niveau du prix des carburants à l’époque où Ratsiraka avait tenu tête aux bailleurs de fonds.
Affirmer avec fierté l’application de la …sévérité des prix, se gargariser que la réussite des sommets du Comesa et de la Francophonie signifient que les conditions du décollage économique sont réunies, sont des incroyables inepties. C’est prendre des vessies pour des lanternes et faire croire à la population que l’énergie salaire constitue l’avenir. Un sacré toupet.

Par Sylvain Ranjalahy