Au fil de l’histoire de l’humanité, la relation des êtres humains avec la mort et les morts a évolué. Les croyances et les rituels changent suivant les sociétés, les époques. Dans la majorité des civilisations, des personnes sont les garants de la gestion de cette relation. Elles sont imbues d’un certain pouvoir sur la vie d’ici et celle de l’au-delà. Dans les cultures orientales et africaines, la place de ces personnages est d’une grande importance, au même titre que le pouvoir que nos aïeux ont sur nos destins.
« Ny hanongotsongoina ny maty, tahotry ny handevim-belona » dit le proverbe malgache qui signifie dans un sens global qu’il faut retourner à maintes reprises le décédé par peur d’enterrer un vivant. Suivant les us et coutumes, des gens ont   pour mission de s’occuper des derniers soins prodigués aux morts, notamment les « croque-morts ». Selon des anciennes pratiques de la culture Française et Africaines, le mot croque-mort provient des gestes consistant à mordre l’orteil d’un défunt pour s’assurer de son décès par son manque de réaction. En Belgique, les employés des pompes-funèbres, pour s’assurer de la mort d’une personne et dans la hantise d’enterrer un vivant, mordaient le petit doigt du défunt; d’où le nom de «croque-mort». On ne mordait pas nos morts dans notre culture Malgache mais les veillées funèbres qui pouvaient durer jusqu’à quatre jours se faisaient afin de s’assurer que le mort est bien mort car il n’y avait pas encore de médecins légistes.
De nos temps actuels, les activistes se font croque-morts car les morts-vivants d’âmes et d’esprits qui dirigent nos pays sont si nombreux. En fin d’année, on fait le bilan de la vie de nos Nations, et l’on se rend compte que ces zombies ont frappé encore plus fort. Et ils reviennent en force pour l’année 2017 qui est une année de précampagne électorale à Madagascar. Circonstance de Noël, les uns et les autres s’empressent de se faire photographier ici et là, pour redorer une image ou plus vraisemblable­ment jouer avec les émotions du petit peuple. Pour que la majorité s’attarde sur des broutilles, on balance déjà des sujets débiles comme le facies du fils d’un ancien putschiste, la robe de la première dame, la posture sur une bicyclette d’un ancien président. Et on oublie l’essentiel, la vérité. Comme le formol qu’on injecte au défunt, ces personnages inqualifiables injectent à petites doses dans nos esprits, de la communication abrutissante.
Alors gare à vos orteils car on ne laissera pas mourir vos âmes et notre pays. Quitte à vous les arracher les doigts des pieds avec les dents, il est de notre devoir de vous réveiller durant l’année à venir. Gare également aux orteils de ceux qui continuent de se jouer de la vie de nos compatriotes. Car le croque-mort mord. Mais à force de mordre vos semblants de consciences et d’âmes et que vous ne réagissez pas, mesdames et messieurs, le croque-mort se résout à vous enterrer, mort ou vif.

Par Mbolatiana Raveloarimisa