Les Jeux Olympiques d’hiver ont commencé en Corée du Sud, juste à temps pour la fête du Nouvel An lunaire, du 15 février 2018. Une Franco-Malgache, Mialitiana Clerc, participera à ces Jeux d’hier en ski alpin. Déjà en 2006, aux Jeux de Turin, Mathieu Razanakolona, un Malgacho-canadien, s’était aligné en slalom et slalom géant. Intérêt malgache anecdotique et sporadique envers des Jeux qu’on imagine volontiers se dérouler sur une neige qui n’existe pas à Madagascar. Mais, occasion opportune pour attirer notre attention sur la Corée dont l’histoire présente certains parallèles avec la nôtre.

Tandis que la Corée découvrait un peu brutalement l’ère Meiji, en 1895, Madagascar entrait sous domination française. Auparavant, en 1889, par une série d’articles en malgache, intitulé «Japana sy ny Japanesa», le docteur Rajaonah avait attiré l’attention du public malgache sur le Japon. Le Dr. Rajaonah avait-il eu vent du Japon et de ses réalisations alors qu’il séjournait à Édimbourg (Pays de Galles), ou l’actualité de l’ère Meiji était-elle déjà parvenue dans le Madagascar de la fin du XIXème siècle ? En 1913, 1914 et 1915, en pleine première Guerre mondiale, le Pasteur Ravelojaona, un des fondateurs du dictionnaire «Firaketana», encyclopédie «des choses et de la langue malgache», unique encyclopédie de ce genre dans les pays du Sud, allait développer de nouveau ce thème du Japon. En 1882-1883, une mission diplomatique malgache obtint la signature de traités avec les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie ou la Suède : nos ambassadeurs avaient pu découvrir l’Occident, avaient-ils rapporté de ces voyages la même moisson que la mission d’études que le Japon avait dépêchée en Occident, de décembre 1871 à septembre 1873 ?

L’ère Meiji, qui s’ouvre au Japon en 1867, avait été inspirée par la théorie de l’Allemand Friedrich List (1789-1846), le père du nationalisme économique allemand, faisant intervenir l’État pour imposer un «protectionnisme éducateur». Les préceptes de son ouvrage, «Système national d’économie politique», parvinrent au Japon grâce à la traduction de Hirata Mosuke, diplômé d’une université allemande.

Freidrich List avait auparavant analysé l’industrialisation rapide des États-Unis au XIXème siècle. Le «système américain» avait été théorisé par Alexander Hamilton (1757-1804), le tout premier Secrétaire au Trésor en 1792 : il proposait de subventionner les industries naissantes jusqu’au moment où elles pourraient affronter la concurrence internationale, investir dans les infrastructures et promouvoir un système financier capable d’apporter des crédits aux entreprises locales. À leur tour, ces idées parvinrent au Japon parce que le Gouvernement japonais avait embauché un Américain familier des idées d’Alexander Hamilton.

De part et d’autre du 38ème parallèle, la Corée a toujours été une crevette entre les deux baleines que sont la Chine et le Japon. En 1895, et pour cinquante ans, la Corée tomba sous la domination du Japon. Une colonisation brutale mais qui a permis l’industrialisation du pays transformé en «usine» par les entreprises japonaises. Après la fin de la guerre de Corée, 1950-1953, la Corée du Sud allait s’inspirer de l’expérience du Japon de l’ère Meiji qui avait fait de l’industrie sa priorité. Le «miracle» coréen, et Est-asiatique, valut, en 1993, la publication par la Banque Mondiale de «The East Asian Miracle», un ouvrage parrainé par le Japon pour que soit reconnue la vertu de certaine politique interventionniste de l’État.

En 1965, la Corée du Sud était encore un des pays les plus pauvres au monde, «où seules l’armée et la flicaille mangeaient à leur faim». En 2016, la Corée du Sud était devenue la 11ème puissance économique du monde : pays des smartphones Samsung ; des automobiles du groupe Hyundai-Kia ; du groupe industriel Daewoo, dont l’incursion d’une des filiales à Madagascar, avait provoqué un scandale médiatico-politique contre le régime de Marc Ravalomanana en 2008…

En 1965, Madagascar était encore ce «pays d’avenir», qui allait devenir l’un des pays les plus pauvres au monde en 2016. «Miracle» là-bas ; «Paradoxe» ici : étranges destins croisés de deux «filleuls» de l’ère Meiji.

Par Nasolo-Valiavo Andriamihaja