Un restaurant a ouvert ses portes au cœur du centre-ville et, hourrah, l’architecture du nouveau bâtiment reprend un cachet oublié de la vieille cité. Pour les amoureux d’Antananarivo – on existe, contre vents et marées, bouchons et déchets -, c’est un petit soulagement de voir cette grande bâtisse, qui deviendra sans nul doute un repère dans la capitale, reprendre cet esprit architectural, même avec quelques modernités, qui redonne son sceau à Analakely.

Antananarivo regorge de ces rues et quartiers emblématiques et chargés d’histoires, malheureusement noyés dans une vague incertaine de nouveautés urbaines aux formes aléatoires. Mais cette tradition architecturale qui fait le cachet de ces vieux quartiers n’est pas toujours ou presque plus jamais respectée, donnant une allure de patchwork peu ragoûtant aux lieux qui devaient pourtant conserver leur cachet.

Les immeubles-pavillons inaugurent cette tendance à une « modernité », indifférente, sacrifiant l’esthétique des lieux à la seule fonctionnalité du bâtiment, dont souvent, le niveau de sécurité, d’hygiène et d’évacuation en cas d’incendie est aléatoire. Des nouveaux immeubles avoisinent des demeures anciennes, tranchant par l’absence totale de cohérence et de logique, tuant toute idée d’harmonie. L’un des cas les plus flagrants est ce nouveau bâtiment qui jouxte la demeure ancienne, aujourd’hui occupée par le CNTMAD Ankadifotsy : deux styles diamétralement opposés et complètement incohérents, si bien que le passant ne peut que s’étonner de l’indifférence du concepteur en créant une telle dissonance dans un quartier qui aurait pu rehausser son cachet par une petite touche de cohésion architecturale.

Antananarivo, bien que capitale malgache, reste souvent une ville d’escale des vacanciers, en partance pour des destinations  touristiques où la plage et la mer, la montagne et le paysage offrent plus de découvertes. Le potentiel touristique de la capitale, c’est son cachet touristique et patrimonial, ces petites différences architecturales qui redonnent une âme à la vieille cité et qui donnent envie d’y rester plus longtemps et d’apprécier son histoire. Et pourtant, c’est en préservant cette cohérence d’idées, avec l’aide d’architectes, d’urbanistes et de paysagistes passionnés que nous garderons cette identité propre à la ville et rendre justice à la beauté de notre capitale.

Aujourd’hui, pour retrouver cet esprit, il faudrait flâner dans l’enceinte de Tana Water Front Ambodivona et apercevoir, derrière leurs hauts portails, ces grandes demeures de briques roses aux grandes vérandas, telle une inaccessible exposition de ce qui faisait autrefois la beauté tananarivienne.

Il est vrai que la ville évolue et ces bâtisses que nous qualifions aujourd’hui d’anciennes avaient dû scandaliser les habitants d’Antananarivo d’il y a un siècle, habitués aux cases de bois ancestrales – elles aussi, magnifiques, entendons-nous bien. La transition de la case d’Andrianampoinimerina à la maison à véranda – aujourd’hui, baptisée à tort de « tranogasy » – ne s’est sans doute pas forcément faite dans la douceur, ne serait-ce que pour tenir compte des matériaux très différents que l’on utilisait pour la construction, puisque l’on passait de l’usage du bois à celui de la brique et de la pierre. Mais la ville a fini par s’habituer et même à apprivoiser le nouveau visage tananarivien, parce qu’une certaine cohésion perdurait. Cohésion que l’on voit difficilement dans le visage informe et aveugle des grands immeubles en boîtes d’allumettes.

Donc oui, l’on ne peut que féliciter ce nouveau haut-lieu tananarivien sur Analakely, mariage bien pensé entre hier et aujourd’hui. Espérons que l’idée fasse tache d’huile et qu’aucun bâtiment en boîte d’allumettes ne gâche la vue de Manjakamiadana, juste parce que les moyens de le faire ne manquent pas.

Par Mialisoa Randriamampianina