Il y a exactement 200 ans, jour pour jour en ce 23 Octobre 1917, un acte majeur dans l’Histoire de Madagascar était accompli par la signature d’un important traité dit « Traité de TAMATAVE ». On  ne saurait laisser aux oubliettes cet évènement en raison  de la triangularité des enjeux qui s’y rattachent.
Tout d’abord, au plan diplomatique : le traité de Tamatave signé, entre les représentants du Roi Radama Ier d’une part, et les émissaires du gouvernement britannique d’autre part, était le 1er traité international signé au nom de Madagascar, reconnue ainsi comme État Souverain. Et en l’occurrence, Radama Ier fut reconnu Roi de Madagascar par le Gouverne­ment Britannique, même si le souverain Merina n’avait pas – loin s’en faut – l’effectivité du pouvoir sur toute l’étendue de l’Ile. Ce titre : Roi ou Reine de Madagascar, allait être porté par tous les souverains Merina jusqu’à la fin de la Monarchie en 1897 avec la chute de Ranavalona III. Cette reconnaissance de Madagascar comme État Souverain  allait être adoptée, par la suite, par d’autres puissances occidentales telles que les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie, la France, et même le Vatican (le Pape Pie IX, par exemple, a envoyé un cadeau à Radama II lors de couronnement de ce dernier en 1861)
Ensuite, au plan politique : la marche vers l’unification de l’île allait désormais  franchir des étapes décisives, avec le renforcement de l’autorité de Radama, grâce à une armée de métier de 15 000 hommes, entraînée à l’Européenne, et bien équipée en fusils anglais, bien supérieurs aux anciens fusils de la traite (« Aza manontany basy amin’ny Anglisy » disaient les Anciens….) Unification par les armes, certes, mais il en a été souvent ainsi dans l’histoire de bon nombre de pays.
Mais la suzeraineté de Radama a été, aussi, le fruit de négociations pacifiques : par exemple, avec le Roi du Menabe, dont Radama a épousé la fille, la Princesse Salimo, ou avec le Roi deTamatave, Jean René, qui après avoir reconnu l’autorité de Radama a été traité avec égards, avec la dignité d’Andriam­baventy, …La suprématie militaire de Radama a découlé d’une des clauses du traité de Tamatave.
Enfin, au plan social et humanitaire, la clause essentielle du Traité de Tamatave concernait l’abolition de la Traite des esclaves c’est-à-dire le commerce extérieur (importation et surtout exportation) de cette main-d’œuvre servile, à destination des Iles Mascareignes, actuellement l’Ile Maurice et surtout La
Réunion. Il convient, cependant, de noter que le gouvernement britannique en concluant avec Radama l’abolition de la traite des esclaves – par le Traité de Tamatave –, n’était pas a priori animé par un sentiment humanitaire et philanthropique. Loin s’en faut ! En effet, avant le percement du Canal de Suez, la route des Indes, vitale et stratégique pour les Britanniques du XIXème siècle, passait par le Cap de Bonne Espérance, à l’extrême Sud de l’Afrique. Sur ce trajet, Madagascar constituait un point  de relâche incontournable, pour l’approvisionnement en eau fraîche et surtout en denrées alimentaires de toutes sortes : riz, zébu, volailles, fruits. Or, si la Grande Ile, du fait de la Traite, se vidait de la population servile qui produisait ces denrées,  qu’adviendraient –ils des navires anglais sur la route des Indes, privés d’un point important de ravitaillement   Donc que les esclaves malgaches restent chez eux pour pratiquer l’agriculture et l’élevage, afin de servir les intérêts de la marine de sa Gracieuse Majesté sur la route des Indes, l’Inde considérée alors comme le joyau de l’Empire britannique, Radama a beaucoup hésité avant d’accepter de renoncer à la Traite des esclaves, sa principale source de revenus. Mais il finit par accepter moyennant des compensations, notamment l’octroi annuellement de 100 barils de poudre, de 1000 fusils et de …2000dollars !
Pensons – y en cette année où se commémorent les deux siècles de relations malgacho-britanniques. Justement S.A.R la princesse Anne, fille de la Reine Elizabeth II, est actuellement dans nos murs, accompa­gnée de son époux, dans le cadre de cette commémoration, laquelle a débuté par une visite du Président Malgache à Londres. À notre connais­sance, c’est la deuxième fois que la princesse Anne se rend à Madagascar pour une visite officielle. A-t-elle bu l’eau du Manangareza réputée faire revenir les Étrangers qui y goûtent : Manangareza est une petite rivière coulant au sud de …Tamatave, là où le 1er Traité malgacho-britannique était signé le 23 Octobre 1817. « That is the question… ».

Julien Rakotonaivo