Mananjary, ville maritime de l’océan Indien est constitué de deux parties qui chevauchent le canal des Pangalana par la lagune Ampotamantsina: la ville ancienne bâtie sur une dune étroite et contiguë, et la ville nouvelle construite au-delà de la lagune, sur un plateau de sable parallèle à la dune. Sa fondation se situe au XVIe siècle et attribuée à Ravelarivo, arrière-petit-fils d’un émigrant de la Mecque, Raminia. On raconte qu’évincé du trône dont il est le légitime héritier par un frère consanguin, ce dernier quitte de dépit la Mecque pour émigrer aux îles Comores, où il s’attend à un accueil favorable. Il est accompagné des siens et de ses partisans, en particulier de son frère  Andrianakovatsy qui passe pour l’un des ancêtres des Antanosy de Tolagnaro.
Cependant, arrivé à la hauteur de Dar-es-Salam, le boutre de Raminia est assailli par une violente tempête et dérive bien loin vers l’Est. En essayant de se redresser, il échoue sur la côte Nord-est de Madagascar, « probablement à Ihara, près de Vohémar, comme en témoignent certains vestiges orientaux que, selon Hubert Deschamps, des fouilles récentes ont mis à jour » (Armand Raomelina, 1969). Après quelques vaines tentatives pour vivre à Ihara puis à Ivondro, Raminia et les siens longent la côte Est vers le Sud et ne s’arrêtent qu’à Ambinin’i Sakaleona, au nord de Nosy Varika. Ils y élisent domicile. Bien leur en prend car « la résidence se révéla favorable à la multiplication de la race ».
C’est de là que ses nombreux descendants, un demi-siècle plus tard, se répandent sur cette partie de l’ile, alors que Raminia retourne à la Mecque. Notamment entre la Matitanana et la Fanantara, mais aussi un peu plus au nord, dans les villages d’Ampanotoana, Masomeloka, Ambalafanafa et Amboantalanina. Des monuments bien conservés attestent « le passage massif ou le séjour intensif des émigrants du Sud ». Tel dans le village d’Ambohitsara, localité située sur la rive droite de la Fantara, où « l’on trouve encore de nos jours, une statue d’éléphant pesant plus de 1 000 kg en grès sculpté couvert d’inscriptions en caractères orientaux, témoignage authentique de la lointaine origine, dont se réclament les habitants du village ».
À la suite de quelques aventures passées successivement à Vohimasina sur la Faraony, puis à Vohibola près d’Ambohitsara, et enfin à Mahela, Ravelarivo se replie vers le Sud et parvient à Mahazoarivo, à 3 km à vol d’oiseau, au Sud-ouest de Mananjary, avant de se fixer définitivement dans cette dernière ville. C’est là que le patriarche Ravelarivo vit heureux, « entouré de ses enfants et au milieu de ses partisans auprès desquels sa grande popularité lui valut le nom de Ratiambahoaka, celui qui est aimé du peuple, d’où le nom Antambahoaka par lequel on désigne ses descendants ».
À leur majorité, ses cinq fils- Ramalaza, Rantsiaka, Rafandaharana, Ramindisa et Satrokefa, bâtissent aux environs de la résidence paternelle les villages d’Ankatafana, Tsaravary, Marofody, Manakana et Ambalaromba, « dont ils devinrent les patriarches et où ils formèrent en quelque sorte, les piliers sur lesquels est fondé l’édifice de la tribu Antambahoaka ou Zafiraminia ».
Ravelarivo bénéficie du prestige personnel de Raminia et devient « l’incontestable détenteur de Sourates». Ce qui lui permet d’en imposer aux autres peuples qui entourent sa ville et ne manquent d’être éblouis par sa science. Mais le développement de la ville est surtout dû à sa position près d’une importante porte d’accès de l’île. Cela lui vaut d’être surnommée par les Hova, Manan-jara-tanàna (la chanceuse), « nom qui se corrompit en Mananjary lequel fut transmis ensuite au fleuve qui la baigne».
De fait, cette ville est déjà un port à l’époque du gouvernement hova. Selon Hubert Deschamps en 1826, le roi des Betsimisaraka, Jean René, une fois soumis à Radama Ier et devenu son allié, se charge d’une expédition militaire dans le Sud-est de l’île, accompagné du Grec Nikolos qui est par la suite nommé Andriambaventy (chef avec droit de justice) à Mananjary. Sous Ranavalona Ire, le Breton Napoléon de Lastelle, reconnu comme citoyen malgache, investi du pouvoir d’un agent principal du commerce extérieur et établi à Toamasina, achète une plantation à Mahela, à 2km de Mananjary. Un port y est créé, mais il est plus tard supprimé au profit de celui de Mananjary.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles