La situation du fort d’Ikala­mavony, éloigné et peu contrôlé, laisse aux autorités locales merina une grande liberté d’action. « Il n’est pas difficile au gouverneur d’acquérir, en usant de tous les moyens, légaux ou illégaux, une main-d’œuvre personnelle, qu’il s’agisse d’esclaves ou de ‘prisonniers’. » C’est ainsi que David Rasamuel explique l’existence des « déportés d’Ikalamavony vers l’Imerina  XIXe siècle » ((revue universitaire d’études historiques Omaly sy anio, N°15, 1982). L’un des plus grands initiateurs de ce business est le gouverneur nommé dans la région d’Ikala­mavony
en 1866.
Ce dernier reste à son poste pendant vingt ans. Selon l’auteur, il en profite pour recruter un « contingent » important d’hommes. En réponse à des lettres de Ranavalona II en date de 1868 et de 1882, qui lui donne des instructions sur le recrutement de Miaramila
(militaires) dans le Foloalindahy (armée), le gouverneur précise d’emblée que seuls les Ambaniandro (merina) peuvent être engagées.
Ainsi, dans la liste des nouvelles recrues qu’il envoie au Premier ministre en 1882, ils ne se trouvent que « des sujets libres provenant des six districts de l’Imerina, des Mainty (noirs libres) et des Merina installés dans la province ». Pour l’auteur, s’il n’y a que des Ambaniandro dans la garnison pour garder le fort, « rien ne prouve qu’un autre contingent formé de Betsileo et d’Andevo n’ait été recruté, non pour être enrôlé dans le Foloalindahy, mais pour les besoins en main-d’œuvre, servile ou non ». Le gouverneur et commandant du fort tire sûrement le plus d’avantages dans cette affaire.
D’ailleurs, d’autres lettres font état des « ankizilahy » (esclaves) que le gouverneur a dans sa résidence. Pourtant, il n’en déclare officiellement à sa hiérarchie que le minimum, pas plus d’une dizaine, des hommes adultes qu’il aurait achetés à un particulier. C’est du moins ce que l’on lit dans son rapport du 17 février 1886 à Ranavalona III.
Ces hommes, précise-t-il, lui servent d’émissaires de confiance pour certaines missions (rapport de 1883). Ou l’accompagnent, au même titre que les soldats, dans ses expéditions (rapport de 1884). Quelquefois, il les charge de faire du commerce sur la côte
(rapport du 17 février 1866)…
« En fait, le gouverneur ne parle que de quelques esclaves- ceux qu’il garde au fort pour
ne pas éveiller les soupçons de l’administration-, des moyens de leur acquisition (achat) et de leurs attributions légales. » Mais il passe sous silence les pratiques plus ou moins régulières
évoquées par les informateurs de l’auteur.
Ce dernier indique que certains rapports officiels permettent de supposer d’autres moyens pour obtenir des prisonniers ou des esclaves, tels les guerres contre les fahavalo (ennemis) dont les attaques sont fréquentes dans la zone d’Ikalamavony. Les lettres du
« Komandy » ne disent pas clairement le sort réservé aux prisonniers de guerre, elles ne signalent même pas leur existence.
Voici ce qu’il écrit dans un rapport au Premier ministre sur un affrontement contre des « jirika » (pillards, brigands) qui ont
attaqué un village : « L’affrontement fut dur. Les ennemis furent vaincus… et un bon nombre tués et blessés, mais ils furent entrainés dans la forêt si bien qu’on n’a pas pu les compter. »
Ce qui est assez invraisemblable, pour David Rasamuel, car selon lui, les forces militaires n’auraient pas laissé s’échapper des brigands, sinon des assassins, sans les poursuivre afin de les capturer pour les punir. C’est d’autant plus incompréhensible qu’ils peuvent récupérer tout le butin. Ainsi, les rapports du gouverneur ne traduisent pas toutes les réalités sur le terrain.
Pour réaliser son étude, l’auteur arrive à trouver une informatrice. C’est la descendante d’une « déportée » qui tient directement son récit de sa mère. « Celle-ci avait réellement vécu l’histoire des gadralava (condamnés pour une longue durée sinon à perpétuité) ou des mpanompo. » C’est ainsi qu’elle appelle les personnes capturées envoyées loin de chez elle. Contre leur volonté certes, mais elles se soumettent car avant de partir, elles se retrouvent quelque temps dans la garnison du fort et en fait, elles ne font que se plier à la volonté du gouverneur.

Pela Ravalitera