Dans de récentes Notes, nous avons résumé l’étude de Faranirina V. Esoa­velomandroso sur les « Commer­çants malgaches de nationalité française à Tananarive, de 1910 aux années 1930 »(revue historique Omaly sy Anio, 1982). L’attrait que le commerce, activité plus lucrative, exerce sur les fonctionnaires, ne manque pas d’alarmer les responsables de l’Assistance médicale indigène et du service de l’Enseignement, bien avant la fin de la première Guerre mondiale. L’historienne cite l’exemple de médecins qui se livrent ouvertement au commerce ou à l’exploitation de concessions, ou celui d’infirmiers, instituteurs, personnel de l’administration indigène et, plus rarement, de médecins, qui démissionnent pour faire du commerce.
Pour le seul groupe des commerçants tananariviens naturalisés, tous les cas énumérés se sont présentés. La longueur des études et le prestige dont jouissent les médecins, limitent les démissions. S’ils le font, c’est plutôt pour exercer à titre privé.
« Signalons aussi le cas d’instituteurs privés qui se libèrent des missions pour s’occuper de commerce. »
Les commerçants naturalisés commencent leur carrière en tant qu’employés et ont, cependant, la possibilité de se déplacer pour affaires, d’autant plus que « pendant l’entre-deux guerres, on note à travers l’ile, une plus grande mobilité après le tracé des principaux axes ferroviaires et routiers ».
Les employés peuvent alors envisager des mutations volontaires, dans la mesure où les compagnies n’hésitent pas à recruter le plus d’auxiliaires malgaches. C’est ainsi, explique Faranirina Esoavelomandroso, que le tiers environ des commerçants qui ont acquis le droit de cité, effectuent leur « stage » dans les grands établissements financiers comme le Comptoir national d’escompte de Paris, les compagnies de traite comme la Lyonnaise et la Marseillaise, les maisons ayant pignon sur rue comme Micouin et Pochard, Paoletti, ou des particuliers (avocat, publiciste…).
L’auteure indique que, travaillant en tant que caissier, comptable, collecteur de produits…, l’employé se livre lui-même à un commerce personnel et se constitue ainsi un capital suffisant (argent, relations). Il n’est alors pas étonnant qu’il devienne un collaborateur intéressé de l’employeur, associé d’un Européen ou, quelquefois, d’un riche négociant malgache. Et « dès que la conjoncture lui parait favorable- entre 1920 et 1925 et après 1936- il s’installe à son propre compte ». Bref pour cette catégorie de personnes, la situation d’employé n’est qu’une solution d’attente.
Un autre type de carrière est celui de personnes qui, dès le début, s’installent à leur compte. Certains prennent la relève de leur père. « Ainsi, propriétaires de l’une des plus grandes quincailleries de la capitale, les frères Randriambololona ne manquent pas de rappeler pour leur publicité qu’ils succèdent à leur père Rainizafindralambo, fondateur d’une maison renommée depuis 1875. »
D’autres fondent eux-mêmes leur maison. Dans ce cas, « le milieu familial, les alliances jouent un rôle essentiel ». Ils investissent dans les affaires à Antananarivo, une partie de leur héritage, « ce qui suppose l’appartenance à un milieu de notables »  Comme le fils d’un ancien officier, originaire de l’ouest de l’Imerina, devenu l’un des plus gros négociants de la capitale. Ils peuvent aussi bénéficier du soutien financier de beaux-parents aisés.
Mais il y a aussi les commerçants qui ont fait leur propre percée dans le monde des affaires, en partant de presque rien. L’historienne évoque le cas d’un commerçant ambulant, issu d’un milieu humble, qui « se livre à un menu trafic hétéroclite, amasse peu à peu les fonds nécessaires pour s’installer à Tananarive où il jette les bases d’une entreprise dont le rayonnement dépasse largement la capitale» Capital que le commerçant peut aussi constituer en province, comme « ce riche négociant de la place, s’occupant d’exportation de chapeaux et rabanes, activité très rémunératrice ». Installé à Fianarantsoa en 1896, il a ensuite ouvert une agence à Mananjary et pris, en 1918, la succession d’une importance société de commerce à Antananarivo, tout en conservant les agences en provinces.

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Agence nationale Taratra