Une petite fille de 10 ans, est en train de pêcher à la nasse, quand elle est « capturée ». C’est vers les dernières années du « Royaume de Madagascar ».  Elle est ensuite trainée au fort d’Ikalamavony où elle est gardée avec d’autres personnes. Elle y grandit et y a son premier enfant, avant d’être transférée comme « gadralava » dans une concession du gouverneur en Imerina. C’est là que résident encore après l’indépendance, ses descendants dont l’une de ses filles est l’informatrice de David Rasamuel (revue universitaire d’études historiques « Omaly sy anio », N°15, 1982).
C’est à partir de ce témoignage de la jeune captive qu’elle transmet à sa fille, que l’auteur essaie de  reconstituer l’histoire des déportés d’Ikalamavony. « D’après elle, ces gadralava, amenés en Imerina, sont des personnes capturées, notamment des enfants en train de garder le bétail, de pêcher ou de travailler dans les champs. »
Selon l’auteur, ce cas n’est pas unique car d’autres enfants et adolescents disparaissent de cette façon au XIXe siècle. « Le rapt est sans doute une pratique courante à l’époque, car l’on nous a rapporté aussi le cas analogue d’une petite fille originaire d’Ambohimanganiovana qui jouait dans les champs. Elle fut enlevée et ramenée dans le Vorimahery » , relate l’auteur dans la même revue universitaire, mais en 1979.
Le kidnapping de personnes existant, David Rasamuel en recherche les responsables. D’après son informatrice, il s’agit d’une initiative du gouverneur d’Ikalamavony qui aurait lancé lui-même ces rapts : « Des personnes capturées… qui lui obéissent puisqu’il est le gouverneur », soutient-elle. Mais l’auteur apporte une précision à cette assertion : elle semble ne pas se souvenir  ou elle ignore que sa mère « avait été capturée puis vendue au Komandy ». Toutefois, ajoute-t-il, s’ils ne sont pas responsables directs ou complices des trafiquants d’esclaves, « le gouverneur et ses collaborateurs tolèrent cette pratique puisqu’ils achètent le produit ».
Dans certains cas, il ne s’agit pas de rapt, mais de véritables razzias organisées par des groupes armés, comme le spécifie Decary en 1958. « Les villages sont alors attaqués le soir, puis les habitants et leurs biens enlevés, et parmi les villageois se trouvent des femmes et des enfants. »
En 1961, Jean-Pierre Domenichini commente: « Les pillards avaient… des appuis et des alliés parmi les fonctionnaires merina ou betsileo. » Il est donc difficile pour David Rasamuel de concevoir que « les grands du fort d’Ikalamavony ne bénéficient pas du butin provenant de ces razzias ».
Il résume alors que ce sont autant de différentes possibilités qui permettent au gouverneur d’acquérir une main-d’œuvre particulière. D’après son informatrice qui se réfère toujours aux propos de sa mère ancienne captive, avant d’envoyer en Imerina ces personnes, il les réunit à Ikalamavony. « Ces gadralava étaient alors enfermés tous ensemble dans une cellule en attendant leur déportation. Là, ils vivaient dans des conditions peu enviables. »
L’informatrice insiste : « On les rassemblait dans une sorte de garage… on les gardait là comme on élèverait des poules. »
Quand ces gens qui perdent leur liberté (esclaves, condamnés, prisonniers de guerre, captifs…), sont assez nombreux, ils sont confiés à des « Manamboninahitra » (officiers) et des « miaramila » (soldats) chargés de les convoyer en Imerina. Pour cela, « les déportés, reliés les uns aux autres, voyagent de nuit, et le jour, ils se cachent ou, plus exactement, on les oblige à se cacher… »
Selon Domenichini, les prisonniers sont « attachés avec une même corde aux mains et au cou… Les personnes sont entravées et conduites par des marches nocturnes jusqu’à la caverne de la forêt d’Imaina. »
David Rasamuel précise enfin, que c’est dans les mêmes conditions que les Bara déportent les Betsileo faits prisonniers lors de leurs razzias et destinés à la vente en pays sakalava en 1883. C’est-à-dire à une époque où le trafic d’esclaves est déjà interdit dans tout le « Royaume de
Madagascar ».
Pela Ravalitera