C’est pendant les opérations humanitaires de soins gratuits que les populations, surtout celles de la campagne, prennent d’assaut les centres hospitaliers. C’est ce qui se passe dans le chef-lieu du Mangoro, début mai.

On pourrait intituler ce dossier la ruée des malades. En effet, des milliers de patients accourent à l’hôpital de Moramanga, du 1er au 10 mai, durant le passage de la 60e édition de la mission humanitaire médico-chirurgicale et dentaire de l’association des Médecins de l’océan Indien (MOI) à Madagascar. Mises à part les chambres et les salles de consultation médicale, la cour de l’hôpital et celle du centre de santé de base de niveau II (CSB II) de Moramanga sont envahies de malades qui attendent d’être consultés.
La plupart d’entre eux viennent de plusieurs kilomètres à la ronde. « Nous sommes ici depuis samedi pour accompagner notre grand-mère qui souffre d’un problème respiratoire et d’une maladie cardiaque. Mais elle n’a encore pu faire ni analyse ni examen à cause de la foule. Nous resterons ici jusqu’à ce qu’elle soit examinée car la consultation gratuite est une grande opportunité pour nous. Nous n’avons pas d’argent pour acheter les médicaments et pour faire des analyses médicales », témoigne Nomena Rasendrasoa, petite-fille de Germaine Rasendrasoa. Elles habitent à Mandialaza, à 80 km de la ville de Moramanga.

Mission réussie
Tous les malades, et leurs accompagnateurs, mangent dans la cour de l’’établissement hospitalier en attendant leur tour de consultation.
Cette course à la gratuité des soins illustre vraiment l’état de pauvreté des Malgaches. Durant les dix jours de la mission, les gens font la queue dès l’aube dans l’enceinte de l’hôpital pour que les médecins leur prodiguent des soins. La plupart viennent des campagnes et des environs immédiats de Moramanga. Les premiers à faire la queue sont les membres de la famille des malades. Ils sont présents dès 2 heures du matin pour ne pas rater la distribution des numéros qui les placent dans la liste d’attente. Beaucoup doivent louer un logement à Moramanga à cause de l’éloignement.
« Plus de onze mille patients ont déjà été pris en charge du 1er au 10 mai alors que notre objectif, lors du lancement de notre mission, a été de cibler dix mille personnes. La mission est accomplie», déclare le Dr Koytcha Firose, président de l’association MOI. Ce projet est financé par le département de La Réunion, le couple Thierry et Anaar Vaccaro, le Dr Amine et la municipalité de Sainte Suzanne, une petite localité réunionnaise, ainsi que le groupe SMTP.
Les habitants de Nosy Be seront les bénéficiaires de la 61e mission humanitaire de MOI dans la Grande ile, qui se tiendra au mois d’octobre.

Honorine a subi une deuxième opération à Moramanga après avoir dépensé beaucoup d’argent pour son accouchement très difficile qui a provoqué une fistule en 2011.

Honorine a subi une deuxième opération à Moramanga après avoir dépensé beaucoup d’argent pour son accouchement très difficile qui a provoqué une fistule en 2011.

Honorine, une heureuse bénéficiaire

Honorine est une jeune femme de 21 ans. Elle est accourue d’Ambatomanolotra-Andaingo pour se faire soigner d’une fistule après un accouchement très difficile en 2011. Mais ce n’est pas tout. Elle est aussi confrontée à un problème au niveau du vagin et de l’anus. Le samedi 6 mai, elle a subi une opération à Moramanga. Selon sa mère, à 17 ans, elle avait accouché d’un bébé mort-né à cause d’un problème de santé. « D’après les explications du médecin, ma fille avait un problème au niveau du vagin, d’où la mort de son bébé à la naissance. Elle manquait de force, ce qui avait compliqué les difficultés de l’accouchement et avait provoqué une fistule. Nous avions dû l’amener à Toliara pour recevoir une intervention chirurgicale en 2016. Mais sa maladie a perduré. Quand nous avons entendu parler de cette mission humanitaire médico-chirurgicale gratuite, nous sommes venus à Moramanga car nous avons déjà dépensé beaucoup d’argent pour la soigner. Nous avons même été obligés de vendre du bétail et des rizières, pour la traiter », précise sa mère, Hélène Razanatsara. Celle-ci a tellement vécu dans l’angoisse à cause de la maladie de sa fille qu’elle n’a pas hésité à se rendre dans un endroit éloigné pour que sa fille puisse recevoir un soin gratuit.

Les malades avec leurs accompagnateurs mangent dans la cour de l'hôpital en attendant leur tour de consultation.

Les malades avec leurs accompagnateurs mangent dans la cour de l’hôpital en attendant leur tour de consultation.

Objectif atteint

Diverses sortes de maladies ont été gratuitement traitées à Moramanga, pour ne citer que les consultations occulaires accompagnées d’opérations de la cataracte, les soins dentaires, les interventions chirurgicales sur les femmes souffrant d’une fistule, les traitements de l’appareil digestif ou gastroentérologie, les traitements du cœur et la prise de tension artérielle.
Dans son ensemble, l’objectif de la soixantième mission de l’Association des médecins de l’océan Indien à Madagascar est atteint.  Un des obstacles qui empêchent les gens de se faire consulter ou soigner dans les centres de santé, est la pauvreté, mais aussi l’éloignement des établissements, indiquent un grand nombre de malades qui ont fait la queue à Moramanga. Cette mission gratuite est donc une aubaine pour eux et nombreux sont les villageois à venir dans ces établissements hospitaliers, venus de localités situées à des kilomètres de distance de Moramanga, comme Mandialaza, Andasibe, Ampasimbe.

Des formations prodiguées

Cinquante médecins spécialistes malgaches et réunionnais ont contribué à la réalisation  de la mission de la MOI à Moramanga. Outre les soins dispensés, tous les médecins et autre personnel de santé  de Moramanga, ainsi que ceux qui ont déjà exercé dans la ville, ont
bénéficié d’une formation. Une centaine de médecins ont pu être formés tous les soirs pendant dix jours, après les soins.  Parmi eux, Faly qui est en huitième année de médecine à l’Université de Mahajanga tout en exerçant déjà à l’hôpital de Toamasina. Il est venu à Moramanga pour deux raisons, d’abord approfondir ses connaissances, ensuite prendre part à cette mission bénévole.
« C’est un grand avantage pour moi d’avoir partagé des expériences avec les confrères étrangers, car j’ai acquis des connaissances plus approfondies. Nous avons pu renforcer notre pratique pendant cette mission. Le perfectionnement est tangible. Maintenant, nous pouvons manipuler correctement les appareils et autres instruments aux normes internationales, et administrer les nouveaux médicaments aux malades », assure Faly.

Onze mille patients ont été pris en charge  durant la mission humanitaire de l'association MOI  à Moramanga.

Onze mille patients ont été pris en charge durant la mission humanitaire de l’association MOIà Moramanga.

Onze mille patients pris en charge

Parmi les onze mille patients pris en charge, soixante-quinze ont subi des interventions chirurgicales dans différentes spécialités, mais la majorité concerne l’enlèvement d’une hernie chez les enfants âgés entre 9 mois et 15 ans. De plus, deux mille paires de lunettes ont été distribuées dans le service d’ophtalmologie et optique où cent vingt patients ont été consultés quotidiennement pendant les dix jours de la mission de MOI. En outre,  cinq cas de fistule ont été opérés, dont celui extrême d’une jeune fille de 15 ans. Enfin, plus de cinq cents extractions de dent ont été réalisées et cinquante patients ont pu bénéficier d’une prothèse.

Textes: Fanomezana Rasolomahery
Photos: Mamy Maël