Les ménages les plus vulnérables ne peuvent pas toujours mener à terme leurs propres projets sans un appui financier. Grâce à un fonds de soutien, ils arrivent à réaliser leurs rêves et concrétiser leurs idées.

Les efforts fournis finissent par aboutir à une récompense. À condition cependant, de rester honnête et intègre dans la gestion des fonds. Ce mercredi-là, le 15 novembre, dès 7h30, la cour de la commune rurale de Vinaninkarena rassemble une foule immense. Ce beau monde, composé d’hommes et de femmes adultes, attend le signal du responsable qui lui indique l’endroit de perception du fameux « fonds de soutien ».
Il s’agit d’un programme de filets sociaux initié par l’État et financé par la Banque Mondiale. Ceux-ci se déclinent en  Projet d´urgence de sécurité alimentaire et de protection sociale (Pursaps) et en Projet d’urgence pour la préservation des infrastructures et de la réduction de la vulnérabilité (Pupirv). Le Fonds d’intervention pour le développement (FID) assure leur mise en œuvre dans les fokontany bénéficiaires.
Le Pursaps comprend une composante « Pourvoir un filet social pour les populations » qui englobe le système « Argent contre travail » (ACT) et le « Transfert monétaire conditionnel » (TMC). Les ménages qui, pendant trois ans, ont fait preuve d’assiduité dans les deux systèmes, jouissent d’un fonds de soutien, une somme qui leur permet de concrétiser leurs projets.
Communément appelé « Asa avotra », l’ACT engage les ménages aptes et inaptes qui participent à la technique de la Haute intensité de main-d’œuvre (HIMO). Les familles travaillent cinq heures par jour, à raison de 3 000 ariary. Ils exécutent des travaux communautaires de quarante-cinq jours sur une année (suivant les besoins du fokontany) et au bout de trois années, ils gagnent 240 000 ariary, à titre de fonds de soutien. Somme qui les accompagne vers une autonomie financière.
Rakotondrafara, septuagénaire du fokontany d’Anjanamanjaka, fait partie des bénéficiaires. Il raconte qu’il a été sélectionné dans la catégorie « inapte » parce qu’il est enregistré parmi les personnes âgées. « J ’ai 79 ans, je suis paysan et le reste malgré mon âge. Mon petit-fils m’aide dans les travaux car nous nous soutenons dans tout ce que nous entreprenons. Nous allons nous concentrer sur l’aviculture », explique-t-il.
Razafirisoa, 62 ans, agricultrice, a entendu qu’il y aura du travail pour les familles vulnérables. « Après des séances de sensibilisation, je me suis inscrite et j’ai été retenue. Je cultive du riz et du pois de bambara. Je voudrais me lancer dans la culture maraîchère, mais sans maîtrise d’eau, l’arrosage s’avère difficile », relate-t-elle. Elle compte se lancer dans l’élevage porcin.

Des bénéficiaires inaptes perçoivent aussi leur fonds de soutien.

Des bénéficiaires inaptes perçoivent aussi leur fonds de soutien.

Bourse familiale
Célestin Rakotondrazaka, membre du comité de suivi à Ankarinomby, précise que le processus d’identification, jusqu’au paiement, forme une chaîne qu’il faut bien respecter. « J’ai 70 ans et, normalement, je dois être à la retraite, mais des habitants m’ont sollicité pour intégrer le comité de suivi dans notre fokontany. Nous intervenons sur terrain pour identifier les cibles et les besoins sur place. Nous surveillons les travaux ainsi que les travailleurs. Nous les éduquons dans le sens où l’ACT traduit un travail pérenne. Nous souhaitons que ce système se poursuive puisque les familles rencontrent des problèmes durant la période de soudure. Ils ne sont pas en mesure de trouver du « sarakatsaha » pour assurer leur quotidien. »
Le TMC ou « Vatsin’ankohonana » vise à transférer aux ménages pauvres et vulnérables un appui monétaire tous les deux mois. Une assiduité des enfants sur 80% des jours d’école, conditionne la répartition. La subvention aidera les chefs de famille à améliorer l’état nutritionnel des enfants âgés de moins de cinq ans et à scolariser leurs enfants entre 6 et 12 ans. Bref, c’est un moyen de réduire la déscolarisation et de lutter contre l’abandon scolaire. Ce système a été lancé, pour la première fois, en 2014, dans le district de Betafo et touche huit communes.
L’allocation de bourses familiales s’étale aussi sur une période de trois ans. Les familles bénéficiaires s’instruisent grâce aux diverses formations sur la bonne gouvernance, le leadership, la citoyenneté ou encore le développement de la petite enfance. Les ménages qui ont poursuivi une formation, ont ébauché leurs projets et une fois qu’ils ont perçu leur fonds de soutien de 240 000 ariary, ils peuvent démarrer ce qu’ils ont amorcé.

Les bénéficiaires de « Tosika fihariana » fréquentent le marché de cochons de Vohimasina afin de trouver les porcelets dont ils ont besoin.

Les bénéficiaires de « Tosika fihariana » fréquentent le marché de cochons de Vohimasina afin de trouver les porcelets dont ils ont besoin.

«Tosika fihariana» en faveur du développement économique

Le fonds de soutien (Tosika fihariana) consiste en une allocation destinée à financer les projets développés par les bénéficiaires d’ACT et de TMC. Il concerne environ 250 000 personnes réparties dans 45 000 ménages qui vivent dans les régions Vakinankaratra, Itasy, Matsiatra-Ambony, Menabe, Amoron’i Mania, SAVA. Chaque bénéficiaire utilisera la somme de 240 000 ariary dans le développement d’une activité génératrice de revenus et pérenne. Celle-ci contribuera à la fois à l’épanouissement du ménage et au développement économique du fokontany et de la commune. Les projets tournent autour de l’élevage à cycle court, l’agriculture familiale, l’artisanat et le commerce. Le montant total du fonds de soutien s’élève jusqu’à 11 500 000 000 ariary pour l’ensemble des districts ciblés, à l’instar de Betafo, Andapa, Faratsiho, Miandrivazo, Miarinarivo, Ambalavao, Ambositra, Lalangina…
Dans la commune de Vohimasina, Bernadette Pascaline Rabakonirina, a reçu son premier TMC en 2014. « J’ai utilisé la somme pour acheter de la nourriture et pour couvrir la scolarité de mes enfants. Je viens d’acquérir le Tosika fihariana avec lequel j’ai acheté des porcelets ainsi que du manioc et du maïs pour les nourrir », confie-t-elle. La mère de famille ne plaisante pas en disant qu’il ne faut jamais gaspiller l’argent alloué par l’État. Elle achète les porcelets petit à petit et quand ils grossissent, elle les vendra sur le marché communal d’Ambohimasina. Elle réinvestira les profits dans l’achat de nouveaux cochonnets.

Les mères leaders éduquent, forment et se chargent du suivi des projets.

Les mères leaders éduquent, forment et se chargent du suivi des projets.

Les mères leaders comme boosters

Le contrôle s’impose une fois que les chefs de famille perçoivent leur ACT et TMC. Des femmes leaders ou « Reny mavitrika », désignées pour s’assurer du suivi, ont reçu une formation. À leur tour, elles dispensent des formations préalables aux bénéficiaires pour qu’ils puissent avoir en tête le projet à développer.
« Dans le fokontany de Fiakarandava, sept femmes leaders s’occupent de cent quarante bénéficiaires. Après l’encadrement, nous les accompagnons dans la réalisation», détaille Émilienne Rasoanantoandro, mère leader.
Au cas où les bénéficiaires présentent une certaine faille dans la concrétisation du projet, les mères leaders se mobilisent de nouveau pour s’enquérir des difficultés rencontrées et discuter des possibilités pour remettre les roues sur les rails.

Témoignages

MAG5Lalao Herizo Solonambinina, agricultrice à Ankarinomby
« Quand les séances de sensibilisation sur le Asa avotra se sont produites dans notre fokontany, l’offre m’a intéressée. Je me suis inscrite et j’ai été retenue. J’ai convenablement effectué les travaux exigés et en retour, j’ai gagné la somme promise de 3 000 ariary pour cinq heures de travail. Cette somme assure le dîner, le petit-déjeuner et le goûter de mes enfants. Pour renflouer la caisse familiale, mon mari et moi sommes obligés de nous atteler au sarakatsaha. Maintenant que je dispose du Tosika fihariana, je vais me consacrer à l’élevage porcin, une source de revenus rapide. »

MAG6Marie Jeanne Razafiniary, commerçante à Inanantonana

« Outre l’agriculture, je me concentre sur l’aviculture et l’élevage porcin. Quand j’ai gagné le « Vatsin’ankohonana » pour la première fois, j’ai ouvert une épicerie et vendu du sel et du tabac à chiquer. Plus tard, j’ai dû ajouter d’autres produits tels que du poisson séché, du café, du riz et de l’huile pour mieux servir les habitants de notre fokontany. Avec « Tosika fihariana », je compte étendre ce petit commerce et accroître l’élevage. En tant que mère leader, je tiens le cahier de comptabilité des bénéficiaires pour une gestion simplifiée. Ce cahier contient les recettes et les dépenses de chaque bénéficiaire, ce qui facilite le suivi de ses activités. »

MAG7Jean José Randriamparany, garant d’une inapte  
« Je me charge d’une bénéficiaire inapte. Après chaque  réception de la bourse, je lui remets ce qui lui est dû. Cette mère célibataire est aussi une femme handicapée. Elle a déjà  commencé l’élevage porcin car c’est le type d’élevage qui rapporte rapidement de l’argent dans les campagnes. Mais l’entretien et les soins vétérinaires lui coûtent beaucoup. Elle engage une aide pour s’occuper des bêtes et de leur vente après quatre mois d’engraissement. »

Textes et photos : Farah Raharijaona