Ce Chevalier des Arts et des Lettres de la République française loue les vertus d’un dialogue culturel à travers la langue française et notre langue maternelle.Entretien captivant avec un brillant journaliste

Pourquoi cette intérêt particulier pour la langue de Molière ?

Pour ma part, c’est plus qu’un simple intérêt que j’ai pour la langue française. C’est une toute une passion que je voue à cette langue qui est tout aussi riche que la nôtre. Depuis ma tendre enfance, je me suis plu à la pratiquer aussi bien grâce à mes parents qu’à travers mes diverses rencontres. De même, l’environnement dans lequel j’ai grandi a aussi contribué au fait que je me suis facilement imprégner de la langue française. Que ce soit en écoutant les émissions radios de l’époque qui véhiculaient en grande partie la culture francophone, mais par dessus tout à travers la littérature en général. De plus, à Antsirabe, la Ville d’Eaux, où j’ai grandi, la communauté française était assez importante bien avant le retour de l’indépendance. Du coup, bien au-delà des salles de classe, il m’a été d’autant plus facile de pratiquer cette langue au quotidien. À un tel point que dans ma jeunesse, on me surnommait même « Le petit Vazaha ».

En étiez-vous fier ?

Je peux l’affirmer. Car, ma passion pour la culture francophone et de la littérature française m’a permis d’accomplir des choses dont je me suis senti particulièrement honoré. Malgré mon jeune âge, grâce à mon appropriation du français, on m’avait, entre autres, confier la tâche d’écrit un petit discours lors du passage du Général de Gaulle à Madagascar en 1958. Un événement qui m’a marqué et dont j’en étais très fier, en effet. Comme je le dis toujours, il n’y a aucun complexe à assumer sa passion, surtout concernant l’usage d’une langue, que ce soit le français, mais par-dessus tout notre langue maternelle qui me tient à cœur également. Comme on dit, ma langue je la fais souveraine, quant à celle d’autrui, je la maîtrise en la faisant mienne aussi. De ce fait, qu’on n’ait plus de complexe à nous approprier de la langue française, tout comme les autres doivent parler la nôtre. La preuve en est ma rencontre avec l’évêque breton Claude Rolland qui était à l’époque le premier évêque d’Antsirabe. J’ai beaucoup appris de lui, car autant il m’apprenait le français, autant il parlait couramment le malgache.

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Cet engouement pour le français est-il resté le même, et comme l’expliquez-vous ?

Il est resté le même, car comme toute langue, le français est évolutif et s’adapte au contexte dans lequel on l’utilise. C’est pareil pour notre langue maternelle qui, elle aussi, évolue au fil des générations. En fait, je pense qu’au fil du temps un faux problème a surtout vu le jour. Celui qui persiste à afficher la langue française comme la langue des colonisateurs, alors qu’on est bien au-delà de cela maintenant. Notamment auprès des jeunes, qui voient en la langue française une langue vivante qui enrichit leur culture. Les jeunes sont continuellement passionnés de culture et de langue malgache, mais respectent tout aussi bien la culture francophone et la langue française. En dépit de ce que l’on peut imaginer, ils prennent toujours en compte la culture malgache, tout en étant conscients de l’intérêt qu’ils peuvent tirer de la langue française. D’ailleurs, le réseau des Alliances françaises dans la Grande île contribue vivement à faire valoir les valeurs de la francophonie. À savoir les valeurs humanistes ainsi que celles de la liberté, de la fraternité, du respect et de la tolérance.

Les mêmes valeurs que vous véhiculez à travers vos écrits…

À travers mes écrits, j’affectionne particulièrement la mise en avant de cette double culture qui m’anime. Notamment à travers ce recueil de contes inédits que j’ai réalisé, intitulé « Échos et murmures du temps jadis ». J’y véhicule avec fierté dans ces contes typiques de la Grande île, grâce à la langue de Molière, les richesses de notre culture, ainsi que ses valeurs. Humblement et en toute modestie, j’ai reçu le premier Prix de l’océan Indien pour ce recueil en 2004. De plus, à travers mes écrits je voudrais contribuer à la sauvegarde de notre patrimoine littéraire, oral et traditionnel. Les contes se diluent avec le temps et se désagrègent dans l’espace et le temps. C’est pourquoi il importe de les revisiter, tout en prônant un dialogue culturel, d’où cette redécouverte de nos contes à travers la langue française.

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Vous êtes Chevalier des Arts et des Lettres de la République française…

C’est une distinction honorifique qui représente pour moi ces valeurs et cette richesse culturelle qui régit la langue française. On m’a demandé à quoi elle pourrait me servir : elle me sert à mieux valoriser aussi bien ma culture que celle d’autrui. Je ne me sens pas particulièrement investi d’une mission, mais malgré son intitulé j’invite surtout les jeunes à préserver notre culture, tout en s’ouvrant aux autres. N’ayons aucun complexe et encore moins de préjugé. Ayons la sagesse de conjuguer au mieux notre culture avec celle d’autrui, tout en nous épanouissant aux yeux du monde. Rehaussons à la fois notre culture, ainsi que notre identité, car la perte d’une culture mène à la perte de l’humanité elle-même. Que chacun aille à la rencontre de l’autre, les bras chargés de ce qu’il a de mieux dans sa culture.

Propos recueillis parAndry Patrick Rakotondrazaka

Photos Ihandry Andriamaro