Madagascar aura intérêt à raccorder certaines villes à des réseaux à fibre optique sous-marins. Cette mesure lui permettra de bénéficier, en continu, d’une connexion internet performante.

La perturbation de la connexion internet, après l’endommagement du câble optique sous-marin au large du Toliara, le 25 janvier, relance le débat sur la sécurisation de la connectivité internationale à Madagascar. Alors que de nombreux réseaux optiques sous-marins rôdent sur les côtes malgaches, la Grande île ne dispose, pour le moment, que de deux sorties internationales, au niveau de Toliara avec un raccordement au réseau Eassy et un point d’atterrissement du câble optique Lion au niveau de Toamasina.
Les entreprises télécom malgaches avaient envisagé de raccorder certaines villes à des câbles optiques internationaux. À travers le projet Fly Lion 3, Telma et Madagascar espéraient mettre en place une solution de backup de la connectivité internationale avec un point de raccordement au niveau de Mahajanga. Ce projet était prévu démarrer fin 2013, mais il ne s’est pas encore concrétisé. « Fly Lion 3 est la réunion de deux projets, à savoir Fly initié par Telma et Lion 3 de Orange. Le câble devait relier Madagascar, la Grande Comore et Mayotte », explique un spécialiste du marché télécom.
« Il est devenu évident qu’il y a un intérêt économique à s’allier. Il y aura un partage d’investissements. Mais vous comprendrez que plus on est nombreux, plus il est difficile de se mettre d’accord. Il y a un certain nombre d’acteurs à mettre d’accord, alors qu’ils sont installés aussi bien à Madagascar qu’aux Comores, à Mayotte et à Maurice. Tout cela prend du temps parce qu’il faut se partager le montant du coût des investissements et du coût des exploitations. Ce projet, c’est 400 km de câbles sous-marins pour 20 millions euros d’investissement. Mais je suis confiant parce qu’il y a un réel intérêt pour l’ensemble de la région. Quand la décision sera prise, il faudra huit à douze mois pour le mettre en œuvre. Cela ne se fera peut-être pas début 2015, mais j’espère aboutir vers fin 2015-début 2016 », avait expliqué Michel Barré, lorsqu’il était directeur général d’Orange Madagascar, dans une émission Salangalanga d’octobre 2014 sur la RTA.
En effet, derrière ce projet, se forme un consortium d’opérateurs télécom de l’océan Indien constitué de Comores Telecom, Telma, Orange, Emtel et la Société réunionnaise de radiotéléphonie.
L’existence des infrastructures aux normes internationales rassure les investisseurs et donneurs d’ordre dans le secteur des services informatiques et des activités de centres d’appel. Depuis le déploiement du backbone national, un réseau à fibre optique reliant plusieurs villes malgaches, et le raccordement de Madagascar à ces réseaux à fibre optique sous-marin, les investissements ne cessent de s’accroître. De plus en plus d’entreprises ont fait confiance à la destination Madagascar. Les statistiques fournies par l’Economic development board of Madagascar (EDBM), expliquent que quatre vingt cinq centres d’appels ont choisi de s’installer à Madagascar entre 2015 et 2016. Si en 2014, six entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont été créées, à l’heure actuelle, quarante sept entreprises de ce secteur ont été enregistrées l’année passée.

Les différents réseaux de câble optique sous-marin en Afrique.

Les différents réseaux de câble optique sous-marin en Afrique.

 

Backup
Avec des clients très exigeants, ces entreprises réclament une connexion internet très performante. La dégradation de la connexion internet n’arrangerait pas la situation, d’autant que la Grande île se fait déjà un nom dans ce secteur. L’existence des solutions de backup est le plus court chemin pour pallier d’éventuelles coupures de liaison internationale.
«Telma fera tout pour qu’il ne manque plus jamais de connexion internet à Madagascar. Dans ce sens, nous allons investir dans deux projets de câbles optiques sous-marins, Fly Lion 3 et Metiss, avec d’autres opérateurs internationaux pour sécuriser la connectivité internationale, de la Grande île», déclare, lundi, Patrick Pisal Hamida, administrateur directeur général de la société au cours d’une conférence de presse.
La société est très active ces derniers temps, dans un projet de câble optique sous-marin. Blueline et Telma investissent dans le projet MElting poT Indianoceanic Submarine System (Metiss), un réseau long de 3 500 km environ devrait relier La Réunion, Maurice, Madagascar à l’Afrique du Sud. Le patron de Telma se trouve d’ailleurs à la tête de ce projet. Un consortium de huit opérateurs- Emtel et CEB FiberNET Co Ltd de Maurice, Blueline, Telma, et Canal Plus Telecom, SRR (SFR Réunion), Telco OI (Only) et Zeop de La Réunion- travaillent en ce moment dans la mise en place de cette infrastructure à haut débit dont le coût des investissements est estimé à 75 millions euros. D’après ce consortium d’opérateurs, le réseau devrait être opérationnel d’ici 2018.
L’effectivité des deux projets de câbles optiques sous-marins pourrait résoudre en grande partie les problèmes de connexions de secours dans la Grande île. En tout, celle-ci disposerait de quatre sorties internationales avec des points d’atterrissements à Toliara, Tolagnaro, Toamasina et Mahajanga. Il ne reste plus qu’à optimiser la capacité de ces câbles pour supporter les besoins des internautes et entreprises malgaches qui, au fil des ans, ont une grande dépendance à l’internet.
L’histoire du réseau à fibre optique ne date pas d’aujourd’hui. La société malgache Fermatel avait envisagé de déployer pour la première fois, au début de l’an 2000, le raccordement de Madagascar à un réseau optique sous-marin. Détentrice de la licence d’exploitation du transport de télécommunication internationale par fibre optique, elle envisageait de relier Toamasina par le South Africa Far East (Sage) à l’Ile de La Réunion et d’installer un réseau national à fibre optique.
En 2007, au moment où les travaux d’installation du réseau national à fibre optique battait son plein, le gouvernement malgache discutait avec la région île de La Réunion, de la mise en place du projet Ravenale.

Textes : Lova Rafidiarisoa –  Mamy Mael