Avec 34 voix favorables à l’issue du scrutin présidentiel, hier en Ethiopie, Ahmad devient le nouveau président de la CAF. C’est la fin de l’ère Hayatou qui règne depuis 1988.

Ahmad, président de la Fédération malgache de football (FMF) a été élu jeudi, à la surprise générale, président de la Confédération africaine de football (CAF) lors de l’élection qui l’opposait au Camerounais Issa Hayatou, à la tête de l’organisation depuis 1988.
A l’annonce des résultats officiels, les poings victorieux se sont levés et une clameur a éclaté dans la salle rassemblant les représentants des fédérations africaines votantes: 34 voix pour Ahmad, contre 20 pour Issa Hayatou.

C’est désormais une affirmation: Ahmad est président de la CAF.

C’est désormais une affirmation: Ahmad est président de la CAF.

Relativement méconnu par rapport à son adversaire, Ahmad a déjoué la plupart des pronostics en obtenant un mandat de quatre ans à la tête de la CAF. Hayatou, 70 ans, dernier dignitaire du foot mondial épargné par les affaires qui ont emporté Sepp Blatter et Michel Platini, en était le favori.
«Si je pensais que je ne pouvais pas y arriver, je ne me serais pas présenté », a déclaré à la presse Ahmad, dès après le vote, alors que son rival était escorté en dehors de l’auditorium, refusant de s’adresser aux journalistes.
Le vice-président de la puissante fédération ghanéenne, George Afriyie, a lui commenté auprès de l’AFP que « son excellence Issa Hayatou a fait beaucoup pour le football africain », mais « il était temps pour lui de se retirer ».

La date du jeudi 16 mars marque la fin de 39 années de règne de Issa Hayatou.

La date du jeudi 16 mars marque la fin de 39 années de règne de Issa Hayatou.

« Scandales »
Issa Hayatou avait évoqué jeudi matin « une expérience et une sagesse inégalées », tandis que Ahmad avait mené campagne en promettant « une transparence dans la gestion » de la CAF et la fin des « pratiques obsolètes ».
Pourtant, aucun des deux hommes ne peut se targuer d’une réputation sans failles. Le nom de Ahmad a ainsi été cité par le Sunday Times dans l’affaire de corruption qui a entouré l’attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Selon le journal britannique, il aurait perçu 30.000 à 100.000 dollars en échange de son vote pour le Qatar, ce que l’intéressé dément formellement.
Personnage controversé, soupçonné notamment d’avoir accepté de l’argent en échange d’un soutien au Qatar pour l’obtention du Mondial-2022, Issa Hayatou a toujours rejeté ces accusations. Il n’a jamais été suspendu par la Fifa, dont il avait assuré la présidence par intérim quand Sepp Blatter a été emporté par les affaires et les scandales.
Le président de la Fifa, Gianni Infantino, était présent à Addis Abeba pour assister au vote, et des rumeurs ont fait état de son soutien – non déclaré publiquement – à Ahmad. Le patron du foot mondial, dont l’éventuelle influence dans l’élection reste à établir, y aurait vu un moyen de prendre sa revanche sur Issa Hayatou, qui avait soutenu Sheikh Salman bin Ebrahim Al Khalifa lors de l’élection à la présidence de la Fifa en février 2016.

Sportif et homme politique

Beaucoup ne le croiraient pas : Ahmad a déjà démissionné. C’était en mai 1995. Le Leader Fanilo, le parti sous les couleurs duquel il a été nommé commissaire général au Sport en 1994 dans le gouvernement Ravony, avait alors décidé de claquer la porte du gouvernement. Mais l’ancien enseignant d’éducation physique et sportive (EPS) n’en a pas pour autant laissé ses ambitions politiques au placard. Au lendemain de sa démission, il devient conseiller technique à l’Assemblée nationale, puis devient directeur de cabinet du ministre de la Pêche et des ressources halieutiques. Un ministère qu’il retrouve près de vingt ans plus tard lorsqu’il est nommé lui-même ministre par Hery Rajaonarimampianina.
Sur le plan sportif, Ahmad a été joueur puis entraineur au club de la Sotema. Mais il a aussi été enseignant en Education physique et sportive (EPS) à Tambohorano et à Mahajanga. Avant d’intégrer le service régional des Sports à Mahajanga où il a été pendant plusieurs années chef de service, et conseiller technique régional. En 2003, il devient président de la Fédération malgache de football, poste qu’il doit quitter aujourd’hui.

Ahmad, chaleureusement félicité par ses pairs.

Ahmad, chaleureusement félicité par ses pairs.

Un nouveau souffle

Durant sa campagne, Ahmad a donné l’image de celui qui incarne le changement dont semble avoir besoin le monde du football africain. C’était donc la ligne directrice de sa campagne et de son programme. Un programme contenu dans les 13 pages de l’ouvrage intitulé « Ensemble pour le Changement », où il évoque notamment « la refondation des structures de la confédération pour une nouvelle CAF», ainsi que la transparence en « rendant publics les contrats et les montants ». On y remarque également « la protection des jeunes talents » et « la révision du système de libération des jeunes talents vers les autres continents » ainsi que
« l’implication des joueurs professionnels dans certaines activités en faveur des jeunes comme des camps de perfectionnement mobiles ».
Ce programme comprend également la mise en place d’une « convention Etat-Association nationale », en guise de garantie de l’engagement de chaque État à développer le football, « le renforcement de capacité périodique des directeurs techniques nationaux » ou encore « la formation des entraineurs » et « le recyclage sur les méthodes d’entrainement modernes pour la licence d’entraineur ».

Intérim

Elu président de la CAF, Ahmad quitte bien évidemment la présidence de la FMF, à un an de la fin de son troisième et dernier mandat. Poste qu’il a tenu à conserver malgré sa nomination au gouvernement en 2014, puis son élection au Sénat. « Un poste politique et la présidence d’une fédération nationale sont compatibles », avait-il déclaré le 10 octobre 2013 alors qu’il était l’invité de l’émission Salangalanga. « Cela se fait en Afrique », avait-il poursuivi. En attendant l’élection de son successeur, Doda Andriamiasasoa, premier vice-président, assurera l’intérim à la tête de la FMF

Textes : AFP – Haja Lucas Rakotondrazaka – Bodo Voahangy Photos : AFP