Le jubilé à l’occasion du 500è anniversaire du placardage des 95 « thèses sur les indulgences » de Martin Luther  est une occasion à ne pas rater pour l’économie et le tourisme allemands. Par ailleurs, la marina de Nosy Be n’a rien à envier  à celles sous d’autres mers. Enfin, la rétrospective de Tom Andriamanoro mentionne un certain Président qui a eu recours à un interprète pour traduire en français son message oral, exprimé en malgache : suivez mon regard.

La commémoration du 500è anniversaire de la Réforme par Martin Luther a débuté par un service religieux au Schlosskirche (l’Église de tous les Saints) de Wittenberg, le 31octobre 2016.

La commémoration du 500è anniversaire de la Réforme par Martin Luther a débuté par un service religieux au Schlosskirche (l’Église de tous les Saints) de Wittenberg, le 31octobre 2016.

Commémoration – Ce très cher Martin Luther…

Le 31 octobre 1517, une main anonyme affichait sur la porte de l’église de Wittenberg en Saxe-Anhalt les 95 « thèses sur les indulgences » d’un professeur de théologie local, du nom de Martin Luder. Des  imprimeurs passant là par hasard flairèrent tout de suite l’affaire du siècle, s’ils parvenaient à les diffuser dans tout le monde germanique. Ce fut chose faite avec, au bout, une longue querelle avec la Papauté romaine.  L’Église occidentale était désormais divisée. Quant à Martin Luther sorti de son anonymat, il devenait à jamais une figure de l’histoire universelle.
C’était il y a très exactement un demi-millénaire, et on se souvient bien d’évènements moindres, comme la Fête de la bière ! L’année du jubilé a donc commencé le 31 octobre dernier à Berlin, pour se terminer tout naturellement à Wittenberg en octobre prochain, après une année entière riche en évènementiels en tous genres. Cinq cents ans après l’affichage par qui tout est arrivé, Luther est toujours très cher, au sens littéral du terme. Le budget établi pour les seules manifestations programmées à Wittenberg s’élève à 50 millions d’euros, tandis que le Land de Saxe-Anhalt s’engage pour environ 100 millions d’euros. La ministre fédérale de la Culture, pour sa part, est parvenue à débloquer plus de 40 millions d’euros pour différents projets. À tout cela s’ajoutent le développement d’infrastructures, la restauration de bâtiments historiques comme la gare ou le château de Wittenberg, les campagnes de communication, la remise en état des rues… Même l’Union européenne y est allée de ses subventions, et pas avec le dos de la cuillère. Au bout du compte, les investissements cumulés doivent atteindre le montant astronomique d’un demi-milliard d’euros. Très cher Luther !

L’Église luthérienne malgache FLM présidée par le Dr David Rakotonirina, fêtera sûrement le jubilé.

L’Église luthérienne malgache FLM présidée par le Dr David Rakotonirina, fêtera sûrement le jubilé.

 

Méga-pèlerinage
Comme d’habitude, l’Office central du tourisme allemand y va de son sempiternel refrain : « Cet évènement doit attirer l’attention du monde entier sur l’Allemagne en tant que destination touristique ». Selon les professionnels du marketing, les centaines de millions de protestants dans le monde vivent, pour la plupart, dans des pays où le goût des voyages, et les moyens de les réaliser, sont très développés. Luther superstar, une figurine à son effigie s’est déjà vendue à plus de 400 000 exemplaires avant même que ne débute l’année du jubilé…
Les sites qui bénéficieront directement de la commémoration ne se comptent plus. Beaucoup se trouvent dans des régions où l’économie tarde à décoller : Wittenberg bien sûr, mais aussi Eisleben, lieu de naissance et de mort de Luther. Mansfeld où vécurent ses parents. La Thuringe, où Luther a traduit la Bible. La Saxe qui fut la puissance protectrice du mouvement pendant les moments difficiles. Leipzig par l’entremise des œuvres de Jean-Sébastien Bach sur qui l’influence de Luther a été très forte. L’Ouest n’est pas oublié pour autant, à commencer par Augsburg où fut publiée la profession de foi devenue la véritable Constitution de l’Église luthérienne, ou Worms, immortalisé par l’intervention de Luther au Reichtag, sans oublier La Veste Coburg où il trouva temporairement refuge. Tout ce qui touche au grand homme est sur le marché, depuis les thèses, et antithèses sur la Réforme jusqu’aux « chaussettes de Luther » et autre merchandising habituel.
Le 28 mai prochain, un méga-pèlerinage reliera Berlin à Wittenberg où se tiendra la grande célébration officielle. Ce jour-là, plus de 200 000 visiteurs sont attendus sur les rives de l’Elbe, dont très certainement une forte délégation de la Fiangonana Loterana Malagasy. Les organisateurs tiennent à ce que, dans cette Rome de la Réforme, tout se passe dans une ambiance décontractée et conviviale pour au moins deux raisons : la première est que le nombre des membres des Églises protestantes allemandes a fortement chuté depuis la réunification. Luther ne peut donc arriver à meilleur moment. La seconde est que pendant seize semaines il s’y tiendra une exposition mondiale où il sera beaucoup question de spiritualité, d’œcuménisme, de paix, et de mondialisation. Encore faut-il que tous ces ingrédients soient
« enrobés » à bon escient pour être digestes. Ulrich Schneider, un des organisateurs et spécialiste de l’évènementiel, ne cache pas ses ambitions : créer une atmosphère de « fan zone » qui n’ait rien à envier à celle du… Mondial 2006. Espérons que ce cher Luther et sa doctrine connue pour son austérité parviendront, à s’y retrouver.

La « sharing economy » pèse plus lourd que les réseaux sociaux comme Facebook.

La « sharing economy » pèse plus lourd que les réseaux sociaux comme Facebook.

Société – Le quotidien en chiffres

On peut tout faire dire aux chiffres, même l’indéchiffrable. Affirmer par exemple que tous les paramètres (chiffrés  ) sont réunis pour que le pays le plus pauvre du monde entame son émergence, alors que le « un, deux, trois, émergez ! » paraît plus que jamais à l’eau … Toujours est-il que les chiffres restent la lecture la plus rapide, à défaut d’être la plus fiable des réalités du quotidien. Dans certains pays développés par exemple, il semblerait que les jeunes de 13 à 19 ans passent treize heures par semaine sur Internet. Que 50 % surfent le soir dans leur lit et, conséquence logique, 30% peinent à se réveiller le matin. On les appelle les enfants numériques…
Pour passer du coq à l’âne sans vague à l’âme, les Français sont-ils, à ce point, brouillons   Six Hexagonaux sur dix ne savent pas gérer leur budget, et leur mauvaise connaissance des principes élémentaires de la finance expliquerait certaines situations de surendettement. Aux États-Unis, la « sharing economy » ou économie du partage, a le vent en poupe. En 2015, elle pesait déjà 17 milliards de dollars et employait 60 000 personnes. Beaucoup de ces start-up sont devenues des entreprises multimilliardaires en l’espace de quelques années. Encore à ses prémices, cette économie collaborative réussissait à lever quelque 15 milliards de dollars de capitaux, davantage que l’ensemble de la sphère des réseaux sociaux qui a pourtant vu l’émergence de géants comme Facebook ou Twitter.
D’une vaste enquête d’opinion initiée par l’ONU, et qui pouvait ,de ce fait, être considérée comme le plus grand débat citoyen jamais organisé sur le changement climatique, il est ressorti que 80% des sondés se disaient « très préoccupés » par les conséquences du dérèglement climatique. Un pourcentage démenti par les chiffres sortis de France, où le quart de la population se désintéresserait royalement des problématiques environnementales.
Parole de banquière qui a su compter avant même de zézayer, l’électricité ne concerne dans ce pays que 14% de la population. Quels ont été ses paramètres, elle seule le sait. Toujours est-il que selon l’Africa Progress Panel, le think tank de Koffi Annan, 621 millions d’Africains subsahariens, Afrique du Sud excepté, ne sont pas reliés à l’électricité. Il faudrait huit années à un Tanzanien pour en consommer autant qu’un Américain en un mois. Cinquante-cinq milliards de dollars par an seront nécessaires pour garantir l’accès au réseau électrique à tous les Africains d’ici 2030. Où trouver tout cet argent, je vous le demande   Mais auprès de la Banque mondiale, parbleu !

Les eaux calmes de Nosy Be accueillent des voiliers de tous types.

Les eaux calmes de Nosy Be accueillent des voiliers de tous types.

Nautisme – La marina de Nosy Be

On ne le sait pas toujours, mais une centaine de voiliers monocoques et multicoques croisent à Nosy Be, dont certains pratiquent une activité commerciale entre les différentes îles de l’archipel. Véritable paradis de la navigation à voile, la région Nord-Ouest offre en effet tous les atouts d’une destination idéale pour les amoureux du nautisme.
Au fil des ans, les croisières en voiliers se sont organisées et professionnalisées, les attentes sont devenues de plus en plus exigeantes, et c’est tout naturellement qu’une marina a vu le jour. Née de l’initiative de Rudy et Geneviève Larcher du prestataire spécialisé Madavoile en 2008, le port du Cratère est ainsi devenu la base opérationnelle des yachts. Un ponton de 20 mètres a été construit en 2010, et les services aux bateaux se sont progressivement mis en place.

Un catamaran ayant jeté l’ancre à Nosy Be.

Un catamaran ayant jeté l’ancre à Nosy Be.

Coté terre, le quai disposait de vieux wagons réformés et abandonnés par la Sirama. C’est ainsi qu’est née l’idée d’aménager ce train d’une autre époque en bar restaurant. Comme quoi rien ne se perd, il suffit d’y penser… Le « Quai 13-48 » – son nouveau nom – est ainsi rapidement devenu le rendez-vous incontournable des navigateurs et des résidents. On y déguste d’excellentes  pizzas, des salades, un plat du jour autour d’une bière, et on y refait le monde avec de nouvelles connaissances de tous horizons dans un décor original. L’espace est aussi utilisé pour l’organisation d’évènements  mémorables comme les projections de film, les soirées musicales, ou des essais de « cuisines du monde » peut-être pas toujours réussies…

Jumelage
C’est en octobre 2010, que la délégation du Gard se rend à Nosy Be dans le cadre d’un partenariat entre le Comité du tourisme de ce département et l’Office du tourisme de l’Ile aux Parfums. Le directeur de Port Camargues découvre ce qu’il qualifiera d’un des plus beaux plans d’eau qu’il ait jamais visités, et une activité en pleine expansion. Conscient des retombées économiques et sociales que peut engendrer la création d’une marina dans ce site du bout du monde, il décide d’apporter son soutien. C’est ainsi qu’est signé, en mars 2011, le jumelage entre la plus grande marina d’Europe et la plus petite marina de l’océan Indien. Une coopération en matériel, en formation de personnel, en gestion et conseils techniques est mise en place.
Le premier conteneur, chargé de passerelles et de toute une gamme d’équipements, débarque en novembre 2011. L’installation débute en fin de saison des pluies. En même temps, un stagiaire part pour une formation de trois mois afin de se familiariser avec tous les secteurs d’une marina. Parmi les services proposés figurent l’accès au ponton, la location de mouillage, le parking fermé et sécurisé, la plateforme de carénage et le quai de mise à sec, l’eau et l’électricité, les informations météo. L’accès à ces services se fait moyennant une cotisation annuelle ou mensuelle. Les bateaux de passage bénéficient, pour leur part, d’une semaine gratuite. Last but not least, le premier Salon du nautisme de Madagascar a porté la signature de cette marina de Nosy Be. C’était lors de la Fête nationale de 2011.

Le couple Ravalomanana à Dakar en 2002.

Le couple Ravalomanana à Dakar en 2002.

Retro pêle-mêle

En cet après-midi du 29 avril 2002, et dans l’attente de sa deuxième investiture, le Président reçoit la presse avec, au programme, ses commentaires à chaud après la proclamation des résultats par la Haute cour constitutionnelle. Quelque chose de très important se passe ce jour-là, qui remet en question un usage vieux de plus de quarante ans. Pour la première fois depuis l’Indépendance en effet, un Président malgache a recours aux services d’un interprète, au lieu de s’exprimer lui-même dans la langue de Molière pour les parties de son message qui le requièrent.
La chose peut être mise sur le compte des limites linguistiques de l’élu – peu importe désormais la manière dont il l’a été -, lequel est resté foncièrement Malgache, pour ne pas dire paysan, dans sa pensée comme dans son expression. Toujours est-il que la nouveauté est une réussite, l’orateur se sentant plus libre car débarrassé des embûches d’une langue qui non seulement n’est pas la sienne, mais qui n’a joué aucun rôle dans son cursus. Les journalistes étrangers, pour leur part, peuvent couvrir tout le point de presse grâce à la traduction intégrale.
L’interprète de service est un intellectuel qui maîtrise cinq langues, en l’occurrence Elie Rajaonarison, secrétaire général du ministère de la Communication. Mais comme on dit, « traduction, trahison », quand bien même ce ne serait pas intentionnel. À la phrase « nanontany tena toa anareo koa aho » concernant le décompte contradictoire, l’interprète donne une traduction totalement erronée : « car j’ai suivi la chose de très près ». Une bévue confortant la thèse, fondée ou non, selon laquelle le vainqueur a la mainmise sur cette HCC, simple montage à sa solde.

Textes : Tom Andriamanoro
Photos : L’Express de Madagascar – AFP