Entre l’histoire de l’Imerina à travers ses collines, sacrées ou  non, les cartes d’eaux de restaurants de Los Angeles, des réflexions sur l’Univers…, Tom Andriamanoro emmène ses lecteurs dans des découvertes.

Racines – Collines de l’Imerina

Elle nous attendait, nous a-t-elle avoué, c’est pourquoi elle a bien soigné ses tresses. Comment a-t-elle pu savoir   La femme, qui ne paraît pas ses 75 ans, dit se nourrir exclusivement de tomates et de poissons séchés. Épouse de catéchiste, elle est aussi par ce syncrétisme dont le Malgache a le secret, la vestale du « doany » d’Andriamaheri­tsialainolontany, le Seigneur-puissant-à-qui-on-ne-peut-pas-prendre-ses-terres, au sommet de la colline d’Amboatany. C’est là qu’elle dialogue avec les ancêtres pour ensuite transmettre des recettes de santé, de fertilité, et d’abondance à ses visiteurs…
Le temps a passé, est-elle encore là-haut aujourd’hui   Ce matin-là, notre inspiration nous avait menés dans l’Avaradrano, mais en laissant Ambohimanga aux touristes. Bifurcation vers Lazaina, un village tout fier de l’architecture tout en hauteur de ses vieilles maisons nobles, et qui possède les plus beaux « tamboho », ces enceintes en terre battue qui défient l’usure du temps. Là est aussi la tombe de Ranivo. S’agit-t-il de celle qui devait être exécutée en 1849 avec un groupe de chrétiens   La jeune fille de 16 ans était si belle que le bourreau n’eut pas le courage de la mettre à mort, se contentant de la gifler. Un des villages suivants est Iavoambony où, dans les temps anciens, on fabriquait du savon noir avec du suif et du « iaro », une plante dont la combustion donne une sorte de sel utilisé  pour atténuer le piquant du tabac à chiquer. Au loin, se profilent déjà le chaînon du Mangabe et l’élévation la plus à l’Ouest : la colline d’Amboatany avec, à ses pieds, le hameau de Morarano.
Amboatany devait être d’une certaine importance, puisqu’elle est dotée, à son sommet, de deux portes et de trois rangées de fossés. Plus on monte par une bonne route en terre que l’on peut déserter  à tout moment pour une multitude de chemins de chèvre, et plus la campagne de l’Imerina qui s’étend à perte de vue révèle une impressionnante majesté. Même l’aéroport d’Ivato que l’on domine parfaitement à partir de ce belvédère semble s’être dépouillé de ses atours technologiques pour revenir à son élément premier. Désignant le site à partir des hauteurs, Andrianampoinimerina se serait écrié : « Tena iva ato », c’est vraiment très bas par-là ! Dans d’autres directions, le regard scrute le Palais de la Reine qu’on croyait pourtant avoir semé loin derrière, ou la Colline sacrée d’Imerimandroso. Les sportifs pousseront la promenade en contrebas jusqu’à l’église anglicane d’Ambatoharanana, un bijou architectural en pierre de taille construit en 1882. Il arrive que des parapentistes de passage choisissent ces lieux chargés d’histoire pour s’adonner à leur passion, en planant au-dessus du damier des rizières, vertes ou or selon les saisons.

Le Rova d’Ilafy figure parmi les Douze collines sacrées   de l’Imerina.

Le Rova d’Ilafy figure parmi les Douze collines sacrées de l’Imerina.

Des collines sacrées au nombre varié
Changement complet de cap après l’Avaradrano. Quand on parle des collines de l’Imerina, on pense à celles dites « sacrées » dont le nombre varie selon les sources et les circonstances historiques. D’autres ont pourtant tenu une place non moins importante dans l’Histoire de la royauté. C’est le cas d’Ambohitrombihavana, au PK13 de la RN2. C’est là qu’Andrianamboninolona, fils d’Andriamananontany, trouva refuge après les démêlés de son père avec son oncle Andriamanelo, là-bas du côté d’Ambohitrandriananahary. Cette colline familièrement appelée Ambohitromby a sorti une myriade de grands noms pour ne citer que Joseph Andrianaivoravelona, un des premiers pasteurs du Palais, ou encore, dans notre Histoire contemporaine, les frères Roland et Blaise Rabetafika, ce dernier qui fut récemment honoré par un Centre d’études diplomatiques de la place. Mais peut-être parce qu’on y trouve plus de tombes que de maisons, elle n’est plus que très rarement fréquentée par les « taranaka » ou descendants, dont beaucoup n’y viennent que pour enterrer un des leurs. La nature et la vie ayant horreur du vide, les paysans des petits hameaux en contrebas se sont décidés à monter à la conquête de la forteresse « andriana ». Un culte ordinaire du dimanche matin à Ambohitromby est, de nos jours, un rassemblement on ne peut plus humble de braves paysans aux mains calleuses et d’enfants aux pieds nus. À défaut d’assiduité en matière de présence, les natifs « zanaka ampielezana » n’oublient  heureusement pas d’ouvrir le portefeuille pour les grands travaux de la paroisse. Les réalisations, admirablement gérées et obtenues par une femme-pasteur fauchée par la mort en pleine fleur de l’âge en témoignent. Seul point sombre, une de ces antennes  géantes qui, à tort ou à raison, font polémique quant à leurs effets sur la santé avait été installée sur le clocher, surplombant de quelques mètres seulement la « trano vadim-piangonana »…
En bas de la montée, au bord de la Nationale, une stèle ne payant pas de mine rappelle étrangement un corps enveloppé dans son linceul. Cas unique dans l’Histoire de l’Imerina, Andrianamboninolona avait exigé qu’après avoir « tourné le dos » il soit enterré debout.

Martin Riese est devenu un sommelier en eaux.

Martin Riese est devenu un sommelier en eaux.

Insolite – Profession, sommelier d’eau

« Eau! Tu n’as ni goût, ni couleur, ni arôme, on ne peut pas te définir, on te goûte, sans te connaître. Tu n’es pas nécessaire à la vie, tu es la vie. Tu nous pénètres d’un plaisir qui ne s’explique point par les sens. Par ta grâce, s’ouvrent en nous toutes les sources taries de notre cœur. Tu es la plus grande richesse qui soit au monde, et tu es aussi la plus délicate, toi si pure au ventre de la terre. Tu n’acceptes point de mélange, tu ne supportes point d’altération, tu es une ombrageuse divinité… »
Il est des choix de vie qui ont une drôle de naissance. Ainsi celui de Martin Riese, du temps où il était gérant d’un restaurant berlinois, quand un client lui posa cette question imprévisible : « Vous proposez une carte de vins très variée, pourquoi n’offrez-vous qu’une seule sorte d’eau   » Il est aujourd’hui sommelier d’eau à Los Angeles, une ville où tous les extrêmes sont envisageables à condition d’en valoir la peine. D’ailleurs ses parents lui ont raconté que, petit, il avait toujours soif, et qu’à quatre ans, il aimait collectionner des échantillons d’eau du robinet. Après l’anecdote berlinoise, tout s’est enchaîné très vite : 2008, Martin Riese écrit un livre sur… l’eau. 2010, l’association des eaux minérales allemandes lui décerne un certificat officiel de sommelier d’eau. 2011, il débarque à Los Angeles avec un visa O-1, celui accordé uniquement aux « personnes dotées de compétences extraordinaires ». Aujourd’hui, quatre grands restaurants de la ville proposent sa carte d’eaux de source et d’eaux minérales haut de gamme. Martin Riese donne des cours de dégustation, et roule en Porsche…

À Los Angeles, il existe quatre restaurants où l’on trouve  des cartes d’eaux.

À Los Angeles, il existe quatre restaurants où l’on trouvedes cartes d’eaux.

D’abord incrédule, un journaliste de Santa Barbara a voulu en avoir le cœur net, et s’est vu proposer par l’expert quatre eaux en bouteille, versées ensuite dans des verres à pied. Les différences sont réelles : la première a le goût auquel on s’attend généralement quand on commande de l’eau. La seconde est une eau danoise qui semble pétillante sans l’être : on la cherchera en vain dans les rayons des grandes surfaces, elle ne se rencontre qu’en restaurant. La troisième est une eau gazeuse espagnole au goût assez proche de l’aspirine, mais en plus rafraichissant. La quatrième enfin est une eau pétillante slovène qui, selon Riese, a la plus haute teneur en magnésium au monde. Il la surnomme d’ailleurs le « Red Bull de la nature ». Tout simplement étonnant : ces boissons aussi différentes les unes des autres sont toutes… de l’eau.
Quand l’eau du robinet, à la transparence parfois suspecte, devient une denrée de plus en plus rare et chère, il est permis de se demander si la différence entre des eaux en bouteille va plus loin que leur habillage commercial. Le mot de la faim pour assoiffés à Martin Riese : « Je donne de la valeur à quelque chose qui n’en a pas pour les gens, sans pour autant vouloir en faire un produit de superluxe. Quand il n’y aura plus d’eau, vous pourrez toujours essayer de boire de l’essence ».

Le grand télescope de Guizhou.

Le grand télescope de Guizhou.

univers – Sommes-nous vraiment seuls ?

Les scientifiques s’accordent au moins sur un point : la question de la possibilité de vie extraterrestre est trop sérieuse pour qu’on continue à la traiter sous la forme de films de fiction et de bandes dessinées. Exit donc les petits hommes verts et les humanoïdes à tête de « tarondro » avec pleins d’écailles sur le nez ! Le problème en fait est que l’homme se représente les autres civilisations et planètes selon des schémas qui restent trop humains, malgré toutes les extrapolations artistiques, mais aussi techniques qu’il y apporte.  Exactement le cas de l’image que vous renvoie un miroir déformant et qui reste la vôtre ! Même certains signaux envoyés dans l’espace comme autant de bouteilles à la mer n’échappent pas à cette tare. Trop humains ! Au XVIIe déjà, l’écrivain français Savinien de Cyrano de Bergerac (rien à voir avec l’autre) imaginait un paysage lunaire peuplé de géants mi-hommes mi-animaux mais débattant de philosophie très terrienne. Notre imagination est lamentablement restée au même point.
Les chercheurs qui travaillent loin du sensationnalisme poursuivent heureusement leur travail de fourmi. Le télescope spatial Kepler, lancé en 2009 par la Nasa, a, par exemple, permis de cataloguer 3 443 planètes en orbite autour d’étoiles autres que notre Soleil. En mai 2016, il en a été découvert 1 284 parmi lesquelles une petite minorité se situerait dans une zone pouvant être habitable, c’est-à-dire à une distance par rapport à leur étoile permettant la présence d’eau liquide et de vie. Quant au plus grand radiotélescope du monde, il n’est ni américain, ni russe, ni d’un consortium européen, mais chinois. Installé dans une cuvette naturelle de la province de Guizhou, d’un diamètre de 500m, il a nécessité cinq ans de travaux et un budget de 160 millions d’euros.

Le 4 janvier dernier, un centre de recherche au Nord du Chili  photographie Orion et la poussière de molécules qui l’entourent.

Le 4 janvier dernier, un centre de recherche au Nord du Chili photographie Orion et la poussière de molécules qui l’entourent.

Malgré tous ces équipements à l’affût du cosmos, malgré toutes les intelligences mobilisées, il semblerait qu’aucun signal incitant à l’optimisme ne  nous soit encore parvenu. Selon des chercheurs de l’Université Cornell aux États-Unis, « l’humanité n’a guère de chance d’entrer en contact avec des civilisations de même niveau avant 1 500 ans environ. De plus, il n’y a apparemment pas de civilisation extraterrestre à moins de 40 années-lumière de la Terre ». De quoi doucher bien des enthousiasmes…
Le biophysicien Axel Kowald de l’Université de Newcastle explique que l’exploration de l’univers au-delà du système solaire est une œuvre de colonisation ne pouvant se concevoir qu’à l’aide de sondes autoreproductibles. C’est là un principe emprunté à la biologie selon lequel, de génération en génération, il y a malheureusement un phénomène de dépérissement qui, appliqué aux sondes, se caractérisera par une accumulation d’erreurs et une perte progressive de fonctionnalité. À partir d’un certain seuil critique, les sondes disparaitront d’elles-mêmes, signant l’arrêt du processus de colonisation. Sommes-nous condamnés à ne rien pouvoir découvrir  ?
D’après les astronomes Lisa Kaltenegger et Ramsès Ramirez, il importe de ne pas se tromper de direction dans les observations. Pour trouver des traces de vie extraterrestre, il faut s’intéresser plus aux étoiles mourantes en train de se consumer, qu’aux jeunes. En se référant aux délais constatés sur la Terre, la plupart des scientifiques s’accordent sur le fait qu’il a fallu près d’un milliard d’années pour que la vie y apparaisse, les estimations les plus extrêmes n’allant pas en-deçà d’un demi-milliard d’années après la naissance de la Terre. Au lieu de s’interroger sur le nombre de civilisations existant actuellement, il faudrait se demander quelle est la probabilité que la nôtre soit la seule jamais parue. Et les astronomes de conclure : « À moins que la probabilité pour l’évolution d’une civilisation sur une autre planète dans une zone habitable soit inférieure à 1 sur 10 milliards de milliers de milliards, nous ne sommes pas les premiers. »
À des années-lumière de ces calculs savants, ce croyant préfère, quant à lui, se demander pourquoi Jésus a choisi de ne travailler que trois petites années sur terre, avant de
« remonter au ciel ». Y avait-il d’autres chantiers, d’autres urgences « ailleurs »  ? Pour lui, la réponse ne peut être que oui.

BE7Rétro pêle-mêle

Année 2004. Le président de la République reçoit séparément les représentants des trois communautés karana : les Khojas des Ylias Akbaraly, Hiridjee, Cassam Chenai, Ballou, très costume-cravate à l’occidental, les Bohras arborant barbe fournie et tenue blanche traditionnelle des Souzar Boukha, Asgaraly, Goulam Raza Ali, et les Ismaéliens agakhanistes des Rajabali, Ismail, et autres Karim Nandjee. Ne manquaient plus – était-ce un oubli involontaire   – que les Hindous, leaders dans le domaine de la bijouterie. Les réunions étaient-elles exclusivement économiques au vu du poids des Karana en la matière, et des ouvertures en cours vers l’ile Maurice et l’Afrique de l’Est où ils retrouveront des décideurs partageant leurs origines ?  Ou, à en juger par la langue de bois adoptée à la sortie par tous les participants, la politique y était-elle plus qu’un « Special guest »   L’approche séparée du Président était en tout cas des plus naïves, et il est à parier qu’une réunion entre les trois communautés n’a pas tardé, avec, pour seul ordre du jour, cette question : « Que vous a-t-il dit   » On est Karana ou on ne l’est pas…
Cyril Juge, consul de Monaco à Madagascar et PDG des Grands Magasins de Madagascar, s’est fait rare depuis qu’il a vendu Champion au sud-africain Shoprite. Ne voilà-t-il pas qu’il réapparait au meilleur moment possible, avec la victoire des Monégasques sur les galactiques du Real dans la Ligue des Champions, sachant que c’est une compétition très suivie par les Malgaches ! Ce zanatany qui maitrise bien la culture du pays a, à l’occasion de son  retour médiatique, remis des dons au Comité national de secours, et apporté une contribution de 35 millions Fmg pour la construction d’un barrage à Ambalaretra près d’Ambatosoratra.
Un séminaire économique sur Madagascar est prévu à Paris le 11 mai 2004 sous l’égide d’UBI France. Parmi les participants retenus par l’ambassade, on retrouve les noms de Guy Besnardeau, PDG de Réfrigépêche et des Pêcheries de Morondava, un chiraquien de la première heure, Jean-Claude Berger, DG de Colas et président du syndicat BTP de Madagascar, Vincent Desobry, directeur de l’agence de tourisme Océane Aventure et représentant de Corsair, et des banquiers dont Jean-Pierre Ducroquet de la BFV, et Dominique Tissier de la BNI. De quoi requinquer des acteurs économiques gagnés par une certaine morosité.

Textes : Tom Andriamanoro
Photos : Archives de L’Express de Madagascar – AFP