Genre artistique qui conjugue littérature, poésie, chant et spectacle, le théâtre malgache occupe depuis des décennies une grande place dans la scène culturelle et artistique. Retour sur l’histoire de cet art populaire et folklorique.

Des personnages hauts en couleurs, un décor parfois sobre, fantaisiste ou somptueux, ainsi que des costumes qui émerveillent tout autant le spectateur. Le tout est sublimé par une histoire transcendante, éveillant la passion d’un public de tous âges et de tous horizons. Ce sont là généralement ce qui compose la bonne recette d’une pièce de théâtre en bonne et due forme.
Le théâtre s’affirme depuis des siècles comme une grande vitrine de la société, et ne cesse de fédérer et d’enchanter le grand public. Cet art a conquis depuis maintenant près de cent ans les Malgaches, dont la pérennité est assurée par plusieurs générations d’acteurs, de comédiens, de metteurs en scène et d’auteurs émérites. Officiellement, l’âge d’or du théâtre malgache a débuté bien avant l’administration coloniale. L’année 1951 marque un tournant de son histoire, lorsque la maison commune « Tranompokonolona » Analakely fut construite pour rassembler les amateurs autour de ce genre littéraire populaire. S’ensuivit l’inauguration du théâtre municipal d’Isotry en 1962, laquelle s’accompagne de l’institution de l’Association des artistes du théâtre malgache (AATM). En fait, la première salle de théâtre, construite en 1898 et aujourd’hui disparue, se trouvait à Ambatovinaky.

La thématique du patriotisme a toujours été brillamment mise en scène  depuis le retour de l'Indépendance.

La thématique du patriotisme a toujours été brillamment mise en scène depuis le retour de l’Indépendance.

Des troupes mythiques

Suite à la création de l’Association des artistes du théâtre malgache (AATM), plusieurs troupes de théâtre, toutes débordantes de créativité les unes les autres, ont vu le jour. Dans leur majorité, elles ont comme point commun un esprit familial, convivial et fraternel qu’elles retranscrivent brillamment sur scène. On peut, notamment, mentionner les troupes Jeannette, Antananarivo Teatra, Georgette, Lisin’Iarivo, Kanto Fehizoro Teatra, la compagnie Vaniala ou encore la troupe Tsimihatsaka, ainsi que la compagnie Miangaly Théâtre. Outre, les deux salles municipales d’Isotry et d’Analakely, les institutions culturelles étrangères accordent également leurs scènes à ces troupes. À savoir, l’Institut français de Madagascar (IFM) Analakely, l’Alliance française d’Antananarivo à Andavamamba et le Cercle Germano-Malgache (CGM) Analakely.

Les pièces théâtrales d’avant l’Indépendance  étaient toujours agrémentées de chants.

Les pièces théâtrales d’avant l’Indépendance 
étaient toujours agrémentées de chants.

 

Émergence de la version radiophonique

Une variation du théâtre scénique, le théâtre radiophonique occupe également une grande place dans le folklore malgache. Diffusé dans tout le pays à travers la Radio nationale malgache (RNM), le théâtre radiophonique est proposé sous forme de feuilleton quotidien au cours de la semaine, et une pièce entière chaque samedi soir. Connaissant un vrai succès auprès des auditeurs, il acquiert un essor au début des années 90 avec l’ouverture des radios privées. On commence alors à voir l’émergence de plusieurs auteurs émérites, comme Ener Lalandy, Vahandanitra et Élysée Ramamonjisoa. A suivi plus tard la nouvelle génération tout aussi talentueuse, notamment Jean Louis Rafidy dont les récits continuent à être joués jusqu’à maintenant, Solofo José, Lydiary, Faustin Raharison.

Le romantisme représenté avec ses mille  et un rebondissements.

Le romantisme représenté avec ses mille 
et un rebondissements.

Des thématiques riches et enrichissantes

Au gré de l’évolution de l’histoire du pays, les thèmes abordés par le théâtre malgache ont aussi bien évolué. Celui classique, qui s’illustrait durant la colonisation, s’est ainsi surtout centré sur les sentiments amoureux, notamment à cause de l’interdiction d’évoquer la situation nationale de l’époque. Après l’indépendance recouvrée, le théâtre malgache s’est alors senti plus libre d’évoquer et de mettre en scène le patriotisme dans toute sa splendeur. Actuellement, il aborde toujours aussi bien le romantisme que la poésie d’une vie à deux. Mais il se plaît également à aborder des faits de société, notamment la corruption, la pauvreté, mais aussi les menaces face à la perte de notre identité culturelle.
Autrement, le théâtre malgache peine à se renouveler et à innover depuis des années, l’insuffisance notoire d’écriture théâtrale étant son plus gros handicap. Le public se contentant ainsi du « déjà vu », de l’adaptation de pièces dites iconiques dont des jeunes renouvellent la mise en scène. Les nouveaux talents se font ainsi rares.
Aussi, le ministère de la Culture, de la promotion du l’artisanat et du sauvegarde du patrimoine, en collaboration avec l’Organisation internationale de la Francophonie, a-t-il organisé, cette semaine à Soavina Ambanintsena, une formation des formateurs de l’industrie culturelle du théâtre ainsi que le renforcement de capacité des écoles de théâtre à Madagascar pour y remédier.

Le théâtre municipal d'Isotry, utilisé quelquefois comme lieu de prière de certaines églises  « évangéliques », se trouve dans un état lamentable.

Le théâtre municipal d’Isotry, utilisé quelquefois comme lieu de prière de certaines églises 
« évangéliques », se trouve dans un état lamentable.

Un patrimoine culturel national

On a répertorié plus de mille pièces théâtrales durant la période coloniale, toutes écrites en malgache et en français. Tselatra, Rakoto de Monplaisir, Albert Ramanda, Odéam Rakoto et Charles Ravaloson figurent parmi les auteurs les plus célèbres de cette époque. Ils ont écrit des pièces intemporelles, faisant désormais partie du patrimoine culturel national, qualifiées de « classiques ».

Textes : Andry Patrick Rakotondrazaka
Photos : L’Express de Madagascar