Une communication sur des mesures dissuasives prises par la gendarmerie nationale contre les vindictes populaire a été faite en conseil du gouvernement. Le réveil après l’apathie.

Dissuader les éventuels amateurs. Telle est l’objectif annoncé de la mesure communiquée en conseil du gouvernement, hier, par le secrétariat d’État à la gendarmerie nationale. Des « mesures dissuasives », visant à mettre fin aux vindictes populaires.
« Face aux vindictes populaires qui dégénèrent, et afin que la situation ne fasse tache d’huile et ne prenne de l’ampleur pour tourner en conflits tribaux, la gendarmerie nationale a déjà pris ses responsabilités pour ne jamais laisser, en aucun cas, ces actes de vindictes populaires dans l’impunité et ce, afin de dissuader les éventuels amateurs de cette forme de justice », rapporte le communiqué de presse du conseil du gouvernement d’hier. Le constat d’un élan délétère des cas de lynchage publics n’est, cependant, pas nouveau.
Dans un communiqué de presse, en novembre, la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH), a déjà dénoncé une situation qu’elle a qualifiée d’« effrayante ». Rien qu’entre septembre et début novembre 2016, « quarante-six » individus ont succombé à des actes de « justice populaire ».

Déclic
Pour affirmer un attachement à l’État de droit, les autorités étatiques n’ont cessé d’annoncer de prendre des mesures, ou encore, engager des enquêtes et poursuivre en justice les probables auteurs de ces actes barbares.
Force est de constater, toutefois, que lorsque l’autorité de l’État ou ses biens ne sont pas directement ébranlés, ou encore, lorsque l’intégrité physique des éléments ou le matériel des corps des forces de l’ordre ne sont pas atteints, rares sont les enquêtes annoncées sur les cas de vindictes populaires qui connaissent un dénouement judiciaire. Aucune action concrète n’a, par ailleurs, été mise en œuvre pour y mettre fin, jusqu’à la communication d’hier.
Selon le général Didier Gérard Paza, secrétaire d’État en charge de la gendarmerie nationale, « ces mesures sont déjà effectives et ont même déjà été expérimentées, la semaine dernière (…) ». Pour bon nombre d’observateur, le lynchage mortel d’un chef du poste avancé dans la commune rurale de Namorona, sise dans le district de Mananjary, à la fin d’année dernière, est le déclic du sursaut de la gendarmerie. Le gendarme principal de deu­xième classe avait été victime d’une foule enragée alors qu’il s’opposait à la mise à mort populaire d’un « pyromane ».
« La culture d’impunité favorisée et protégée par la corruption, les interventions de hauts responsables civils et militaires, le corporatisme, le régionalisme et le tribalisme, la solidarité politique », ou encore, « les représailles, les intimidations, le terrorisme politique et juridique. La perte de confiance de la population aux institutions étatiques et, particulièrement, à la justice et aux forces de l’ordre. Les « Dina », non homologués qui permettent la mise à mort des présumés coupables », sont autant de raisons des vindictes populaires soulevées par le CNIDH, en novembre.
Si l’on s’en tient à la thèse de la Commission des droits de l’homme, le réveil des bérets noirs, n’est résolument pas suffisant. À l’instar des opérations de réta­blis­sement de l’ordre dans les zones rouges, les mesures communiquées, hier, pourraient n’être qu’une réaction ponctuelle afin de rétablir l’autorité étatique et non pas soigner durablement le mal. Mettre fin à cette pratique qui tend à devenir une règle, nécessiterait le réveil de toutes les autres entités et instances concernées par la bonne marche de la société.

Garry Fabrice Ranaivoson