Les contraintes imposées par la Constitution aux lois électorales ont été au centre des débats, hier, au Sénat. Une initiative parlementaire pour la révision de la loi fondamentale a été soulevée.

Prévisible. Comme l’a annoncé Rivo Rakotovao, président du Sénat, lors du face-à-face entre les sénateurs et le gouvernement, la semaine dernière, les lois électorales ont été au centre des échanges durant la journée parlementaire d’hier, au palais de verre, à Anosy. Les débats se sont, notamment, concentrés sur l’opportunité ou non de réviser la Loi fondamentale.
D’un côté, les parlementaires pro-pouvoirs qui défendent la nécessité de réviser la Constitution afin de lever les contraintes que son article 47 impose au déroulement de la présidentielle. Freddie Mahazoasy, vice-président de l’Assemblée nationale, a lancé que les parlementaires devraient user de leurs prérogatives constitutionnelles pour permettre la révision de la Consti­tution. En face, ceux réputés d’opposition, contestent cette option craignant une manœuvre dilatoire dans le but de manipuler le processus électoral à l’avantage du pouvoir.
La posture des parlementaires partisans du pouvoir était prévisible, deux jours après leur rencontre avec le gouvernement dans le cadre de la consultation sur les textes électoraux.

Jeux d’interprétation
La plaidoirie gouvernementale sur les impératifs de l’alinéa 1er de l’article 47 semble avoir fait mouche. « L’élection du président de la République a lieu trente jours au moins et soixante jours au plus avant l’expiration du mandat du Président en exercice », prévoit cette disposition. Ce qui imposerait, selon l’Exécutif, que les deux tours se fassent entre le 24 novembre et le 24 décembre.
Durant la consultation à huis-clos de mardi, le gouvernement a mis en exergue les amputations de délai nécessaire pour respecter la tranche temporelle prescrite par la Constitution. Pour le camp du pouvoir, il semble n’y avoir que deux options, retoucher l’article 47 pour se donner de l’air, ou le laisser en l’état. « Nous avons pris conscience des contraintes que cette disposition impose. Les députés ont décidé de prendre leur responsabilité », ou encore, « les débats et la révision s’il y en aura, ne concernera uniquement que l’article 47 de la Constitution », se chuchotaient lors de la consultation de mardi.
Des observateurs avancent, qu’avoir organisé la première consultation avec les parlementaires pro-pouvoirs pourrait être une manière de les pousser à prendre l’initiative de la révision de la Constitution. Une mission accomplie si l’on s’en tient au déroulement des débats d’hier. Une proposition de révision de la Loi fondamentale par le Parlement, pourrait épargner la foudre de l’opinion publique à l’Exécutif. Il a été suggéré, hier, que les parlementaires demandent la convocation d’une session extraordinaire sur cet ordre du jour.
L’alinéa 1er de l’article 162 de la Constitution prévoit qu’« en cas de nécessité jugée impérieuse », l’initiative de sa retouche appartient aussi, « aux Assemblées parlementaires statuant par un vote séparé à la majorité des deux tiers des membres ». Il faudra le feu vert « des trois quarts des membres de l’Assemblée nationale et du Sénat », pour que la proposition de révision soit adoptée prescrit l’ali­néa 2 de cet article. Le camp du pouvoir n’aura aucun mal à atteindre le gap des trois quarts au Sénat.
C’est du côté de la Cham­bre basse que la partie risque de se corser. Au regard des débats d’hier, les députés, réputés d’opposition, rejettent toute idée de retouche de la Loi fondamentale. Seulement, certains pourraient avoir dans l’idée de jouer sur l’interprétation de l’alinéa 2 de l’article 162. Contrairement à l’alinéa 1er, qui prescrit expressément « un vote séparé », l’alinéa 2 dispose juste que « le projet ou proposition de révision doit être approuvé par les trois quarts des membres de l’Assemblée nationale et du Sénat ».
Dans l’éventualité où la proposition de révision passe, il faudra encore, qu’elle soit soumise à un référendum. Outre les contraintes techniques, « surmontable même si la présidentielle est maintenue en fin d’année », d’après certains arguments, la loi de finance 2018, ne prévoit qu’une enveloppe électorale de 40 milliards d’ariary. Une somme dédiée à l’élection présidentielle selon l’exposé des motifs de la loi budgétaire. Mais le texte parle également, d’élec­tion au pluriel en disposant que « l’année 2018 sera celle des élections majeures ».

Garry Fabrice Ranaivoson