Le Parlement européen dresse un tableau sombre de la situation socio-politique et économique à Madagascar. Il recom­mande des élections crédibles pour soutenir une conjoncture politique qu’il estime toujours instable.

Cash. À s’en tenir aux échos des débats au sujet de Madagascar, durant la session du Parlement européen mercredi à Strasbourg, la conjoncture politique, sociale et économique à Madagascar reste sombre aux yeux des eurodéputés. Qu’une élection présidentielle en 2018, sans exclusions, libres, crédibles et transparentes seraient une manière d’éclaircir l’horizon de la Grande île.
« Le Parlement européen appelle le gouvernement de Madagascar, le président Hery Rajaonarimampianina, et la Communauté internationale à garantir des élections présidentielles libres, démocratiques et transparentes en 2018 », indiquerait la résolution adoptée jeudi, dont la version intégrale n’est pas encore publiée. Elle sera remise à la Commis­sion de l’Union européenne (UE) et au gouvernement malgache, entre autres.
Dans la proposition de résolution présentée en débat mercredi, l’entité législative « (…) invite la communauté internationale à adopter toutes les mesures utiles pour que les élections présidentielles de 2018 soient libres et régulières (…) invite l’UE à s’attacher à veiller à ce que les préparatifs des élections présidentielles prochaines n’excluent personne, soient transparents et soient acceptés par tous, notamment par des mesures de soutien de deux ans au cycle électoral ».
À la lecture de la proposition de résolution qui fait une dizaine de pages, pour le Parlement européen, la présidentielle de 2018 aura pour enjeu l’apaisement. Il estime en effet que la conjoncture nationale est « toujours explosive », malgré le retour à l’ordre constitutionnel et la levée des restrictions internationales.

Intérêts 
Soulignant le fait qu’« aucune date précise n’est encore fixée » pour la présidentielle annoncée pour l’année prochaine, les eurodéputés égratignent également le souhait affirmé du chef de l’État pour une révision de la Constitution. La proposition de résolution présentée mercredi soutient que les vives contestations entrainées par cette initiative « risquent d’accroître les tensions dans un contexte politique déjà fragile ».
Selon les explications d’un membre de la délégation de l’UE à Madagascar, l’inscription du débat sur la Grande île à l’ordre du jour de la session de cette semaine découle d’une initiative d’un groupe politique au sein de l’hémicycle européen. « Ils adoptent de temps en temps des résolutions en matière d’affaire étrangère », ajoute-t-il. La séance de mercredi à Strasbourg a porté l’intitulé : « Débats sur des cas de violation des droits de l’Homme, de la démocratie et de l’état de droit ».
Durant les prises de parole, Dominique Bilde, bien qu’eurodéputée de l’extrême droite, a notamment plaidé pour une intensification de l’appui européen à la Grande île. Bien qu’elle souligne les lacunes en matière de démocratie à Madagascar, la parlementaire européenne soutient que « cela ne justifie pas d’acculer sa population dans la pauvreté (…) mes collègues ont justifié à juste titre les conséquences dramatiques du gel des financements européens de 2009-2014 ».
À la lecture du document soumis au débat, les parlementaires ayant eu l’initiative ont préparé leur sujet. La version initiale de la résolution, qui aurait été adoptée jeudi, donne des détails indiquant qu’ils suivent de près le cas de Madagascar, comme au sujet de l’affaire Razaimamonjy, ou encore de l’épidémie de peste, les trafics de bois précieux et les investissements miniers. Les recommandations faites flirtent pourtant avec les limites de l’ingérence.
Ce qu’a dénoncé Younous Omarjee, eurodéputé de gauche, originaire de la Réunion. « Sous couvert de résolution sur les droits de l’Homme, ce qui vous obsède dans la relation avec Madagascar, ce sont les intérêts des multinationales européennes », a-t-il asséné. Dans la Grande île, l’UE ces derniers temps a semblé afficher une retenue face aux affaires nationales. Reste à voir quel effet aura la résolution de Strasbourg sur les démarches de la délégation conduite par l’ambassadeur Antonio Sanchez-Benedito. Un dialogue politique entre les deux parties est justement annoncé incessamment.

Garry Fabrice Ranaivoson