La détention préventive de Claudine Razaimamonjy continue dans une résidence privée. Un mandat de dépôt sous-entend, cependant, l’incarcération dans une prison.

Condition particulière. Le responsable de la maison d’arrêt d’Antanimora, affirmait le contraire lors de son transfert de sa chambre d’hôpital, à son lieu d’incarcération, le 12 juin dernier. La situation serait, toutefois, complètement différente, à Manja­kandriana, où Claudine Razai­mamonjy, femme d’affaires, continue sa détention provisoire, depuis le jeudi 15 juin.
Selon des informations confiées par une source con­cordante, le boss de l’A&C hôtel passerait son placement sous mandat de dépôt « dans une résidence privée ». Il s’agirait « d’une maison cossue appartenant à un sous-officier et louée par un député proche du pouvoir ». Le parlementaire serait un élu d’une des circonscriptions majeures voisines de Manjakan­driana. Le lieu de « détention », par ailleurs, serait « à une trentaine de mètres de la prison ».
La baronne de la branche fianaroise du parti « Hery vaovao ho an’i Madagasikara » (HVM), par ailleurs, serait surveillée « par deux policiers », et non par des agents pénitentiaires. La source ajoute que, l’hôtelière ne partagerait pas les mêmes repas que les détenus de la prison voisine. « Son repas est cuisiné dans sa résidence », indique-t-elle. La source fait état, par ailleurs, de va-et-vient d’un véhicule 4×4 « depuis jeudi ».
Après qu’une commission spéciale ait décidé que son état de santé ne nécessitait plus une hospitalisation, Claudine Razaimamonjy a rejoint la prison d’Antani­mora, dans la soirée du 12 juin. Un transfert discret, tout comme le déplacement du lieu de sa détention provisoire, à Manjakandriana, jeudi. Le 15 juin, en début d’après-midi, cette proche des tenants du pouvoir a été conduite, en catimini, vers Manjakandriana.

Illégale
« Claudine Razaimamonjy est arrivée dans cette résidence, jeudi. La maison, du reste, a été préparée pour accueillir un nouveau résident, depuis quelque temps », affirme la source. Aucune source officielle ne veut donner de détail quant aux conditions de détention de la femme d’affaires. La discrétion semble de mise sur ce sujet, au même titre que son transfert, de jeudi, où les responsables de l’administration pénitentiaire ont tenté de noyer le poisson.
Dans les rangs des pénitentiaires, hier, l’on affirme, néanmoins, que l’hôtelière « est détenue dans la prison de Manjakandriana et sous bonne garde ». Contactée, Eva Ravaloriaka, maire de Manjakandriana déclare : « Je n’ai su que la femme d’affaire Razaimamonjy a été transférée dans la prison sise dans ma commune, que par le biais de la presse ». La première magistrate de la ville de Manjakandriana affirme, par ailleurs, n’avoir aucune idée des conditions de détention du boss du palace d’Ivato.
Intervenant dans une émission de la radio Antsiva, dans la soirée de jeudi, le ministre Harry Laurent Rahajason, porte-parole du gouvernement, a indiqué que le transfert de la baronne du HVM Fianarantsoa, d’Anta­nimora « vers la prison de Manjakan­driana », a déjà fait l’objet d’une communication officielle par le ministère de la Justice. La presse, jusqu’à l’heure, n’a pas encore, reçu cette communication faite par le département de la Justice.
Du côté du Syndicat des magistrats de Madagascar (SMM), l’on indique avoir eu vent du fait que Claudine Razaimamonjy ne serait pas en prison mais, « détenue », dans une résidence privée. Fanirisoa Ernaivo, présidente du SMM, préfère, néanmoins, rester circonspecte face à l’information. Elle soutient, toutefois, que « si cela est avéré, c’est tout à fait illégal ».
Celle qui exerce comme substitut du procureur au parquet d’Antananarivo, explique que « le juge a prononcé un mandat de dépôt qui doit impérativement s’effectuer en prison. Il ne s’agit pas d’une ordonnance d’assignation à résidence, ni de placement dans une résidence surveillée ». La présidente du SMM ajoute: « Le respect de l’État de droit suppose que la loi est la même pour tout le monde quel que soit son statut. Ce n’est pas parce que l’on est influent que l’on peut bénéficier d’une villa en guise de prison ».

Garry Fabrice Ranaivoson