Du positif. L’exportation de cette année atteindra quinze mille tonnes. Une nette amélioration par rapport à la production exportable d’il y a quelques années. Celle-ci n’a été que de quatre mille tonnes en 2009, six mille en 2013 et quatorze mille l’année dernière. « La production de girofle a été en dents de scie pour diverses raisons », explique Jean Luc Dama, président du Groupe­ment des exportateurs de girofle de Madagascar (GEGM). « L’arrivée de soi-disant acheteurs indiens en 2008 qui avaient proclamé haut et fort que la qualité du girofle de Madagascar n’était plus fiable, a tout chamboulé. Tout se vendait, la bonne comme la mauvaise qualité », explique-t-il.
« Sont ensuite venus la spirale spéculative, le racket effectué par certains fonctionnaires auprès d’exportateurs qui ne respectent pas le processus de production de qualité, le vol dans les champs et dans les entrepôts, les exportateurs qui échappent au contrôle, les achats avant campagne, le vieillissement des plants, pour ne citer que cela », continue le président du GEGM.
Commissionnaires
Des problématiques confirmées, en effet, par un exportateur chinois à Toa­masina, qui dénonce l’arrivée de «nouveaux venus dans la filière». « Depuis quelque temps, des Indiens et des Chinois continentaux expérimentent la filière, mais sont loin de suivre les règlementations dans la production, le respect du taux de l’humidité et se servent d’un local de deux mètres carrés comme entrepôt de séchage et de triage », révèle-t-il.
« La mise en place d’un groupement des exportateurs en 2012, ayant réfléchi sur l’établissement d’une liste des exportateurs agréés de girofle a nettement conduit à la hausse de production », confirme Jean Luc Dama. Cent six exportateurs figurent sur la liste des exportateurs agréés.
« Ce sont des opérateurs des régions Sava, Diana,Est, Sud Est, Analanjirofo et Vakinan­karatra qui s’astreignent au contrôle de sécurité, d’hygiène, de processus de triage et de séchage, effectué par le ministère du Com­merce et de la consommation, et remplissent bien sûr les conditions d’exportation », précise encore le président du GEGM.
Le kilo se vend aux alentours de huit dollars cinquante. Si on compte un prix moyen de 24 millions d’ariary pour une tonne de clous de girofle, cela fait entrer près de 300 milliards d’ariary par an. Madagascar détiendra ainsi près de
42 % du marché international pour ces prévisions de quinze mille tonnes de girofles. La suppression des
commissionnaires ou intermédiaires qui effectuent des collectes auprès des paysans producteurs, qualifiés de «grands-gagnants» dans la filière, est au cœur des débats. Une option qui ne persuade pas trop ni les exportateurs ni le GEGM, car ces commissionnaires jouent un grand rôle d’hommes de confiance et de logisticiens assurés pour la brousse, face à l’insécurité actuellement grandissante.
Mirana Ihariliva