Tout-terrain d’évacuation, armes à feu, téléphones mobiles, motos et bicyclettes, les dahalo réintégrés ont constitué une armée de milices.

Les dahalo repentis ou « Jado» sous les feux des projecteurs. Reconvertis dans l’autodéfense villageoise après des années de guérilla contre les forces de l’ordre, près de quatre mille ex-bandits de grand chemin ayant écumé la région Anosy ont constitué une véritable armée de milices de mieux en mieux équipés, obéissant au doigt et à l’œil aux gendarmes.
Portant aujourd’hui des pseudo-tenues réglementaires et arborant des écussons,  les JADO d’Amboasary-Sud, rebaptisés Jeunes Accom­modés de Dynamisme Organisé par leur chef, le capitaine Fanevarison Onimihary, commandant de la compagnie territoriale de la gendarmerie nationale de Taolagnaro, se sont dotés dernièrement d’un véhicule d’évacuation des blessés pendant les accrochages, un luxe que les gendarmes des localités lointaines ne peuvent pas encore se permettre.
Bénéficiant de l’appui d’une députée de la région, ces milices ont reçu un tout-terrain pick-up de marque Mazda BT50. Conduit par un Jado qui a le permis de conduire, ce 4×4 est basé à Taolagnaro.
Technologie
Cette armée de civils endurcis par les fusillades, dont le capitaine Fanevarison Onimihary se trouve à la tête, brave la mort sur le champ de bataille à chaque vol de bétails commis dans leurs villages. Elle engage des poursuites et effectue des bouclages.
«Les voleurs de bétails sont équipés de fusils de chasse voire d’armes de guerre. Les Jado sont prêts à en découdre  les plus redoutés mais les envoyer sur le champ de bataille à main nue relèverait d’une pure folie. Des armes saisies ou prises des dahalo leur sont confiées si nécessaires pour les missions les plus périlleuses. Après, elle leur sont aussitôt reprises», explique le commandant de compagnie de Taolagnaro.
En tout cas, les dahalo repentis sont loin d’être ce qu’ils étaient lorsque le vent de la reddition a soufflé dans l’Anosy en 2014. Outre les armes à feu et le tout-terrain, les Jado sont, depuis maintenant près d’une année, équipés d’une soixantaine de téléphones portables pour les télécommunications. Dans ces brousses profondes, les appareils sont rechargés avec des plaques photovoltaïques. Dans les vingt-six communes du district d’Amboasary-Sud, les  milices en chef ont chacun reçu une bicyclette. Depuis le début de l’année, des
remises de motos ont été, de surcroît, effectuées dans trois communes dont Tsivory, Mahaly et Marotsiraka.
«Des élus, ainsi que des entreprises locales soutiennent les efforts que nous déployons dans la préservation de la paix et de l’harmonie sociale», confie le capitaine Faneva.

Andry Manase